Comment ’sortir du chômage’

26 septembre 2005

Au fond, il n’y a rien de plus simple que de "sortir du chômage" et donc de ne pas être chômeur ; si chacun acceptait de faire un petit effort, les vœux du gouvernement seraient exhaussés. Et cela, sans pour autant créer un emploi de plus.
Car, "sortir du chômage", c’est bien sûr ne plus être chômeur. Et, pour être chômeur tel que recensé par l’ANPE, la Direction du travail ou tout autre service, il faut rechercher un contrat de travail à durée indéterminée (CDI) et à temps plein. Il faut en plus faire la preuve que l’on recherche bien un travail, car c’est celui qui est victime du chômage qui doit faire la preuve qu’il est bien au chômage et qu’il cherche bien un travail. Et enfin, il doit être "immédiatement disponible" pour le cas où un travail se présenterait... Rien n’est laissé au hasard : pour la recherche d’emploi, "les demandeurs, disent les textes officiels, sont tenus d’accomplir de manière permanente des actes positifs et répétés en vue de retrouver un emploi (...) Ces démarches doivent présenter un caractère réel et sérieux", parce qu’on ne sait jamais avec ces chômeurs !
Voilà ce que dans le langage officiel on appelle un "demandeur d’emploi de la catégorie 1" : le chômeur "normé" et qui est officiellement compté pour calculer le taux de chômage
L’ennui, c’est que ces contrats à durée indéterminée et à temps plein est la seule catégorie d’emplois qui n’augmente pratiquement pas, et du coup, on est obligé de se rabattre sur autre chose, mais alors, on n’est plus considéré comme chômeur, et l’on n’entre pas dans le calcul du taux de chômage.
Si on est sans travail et que l’on recherche un CES ou un CEC, on ne compte pas comme chômeur ; les "contrats aidés" sont en effet des contrats de travail à durée déterminée et à temps partiel !
Donc, tous ceux et toutes celles qui sont sans travail et qui recherchent un contrat à durée déterminée (CDD), tous ceux et toutes celles qui, à défaut d’autre chose, recherchent un travail à temps partiel ne sont pas à proprement parler des chômeurs et n’entrent pas dans le calcul du taux de chômage.
Voilà d’ailleurs la classification officielle des demandeurs d’emploi :

Les "vrais chômeurs" , qui comptent et sont comptés pour le taux de chômage

Catégorie 1 : Personnes sans emploi, immédiatement disponible, tenues d’accomplir des actes positifs d’emploi, à la recherche d’un emploi à durée indéterminée et à temps plein.

Les pas "vrais chômeurs" qui ne comptent pas et qui n’entrent pas dans le taux de chômage

- Catégorie 2 : Personnes sans emploi, immédiatement disponibles, tenues d’accomplir des actes positifs d’emploi, à la recherche d’un emploi à durée indéterminée à temps partiel,

- Catégorie 3 : Personnes sans emploi, immédiatement disponibles, tenues d’accomplie des actes positifs d’emploi, à la recherche d’un emploi à durée déterminée, temporaire ou saisonnier, y compris de très courte durée,

- Catégorie 4 : Personnes sans emploi, non immédiatement disponible, à la recherche d’un emploi,

- Catégorie 5 : Personnes pourvues d’un emploi, à la recherche d’un autre emploi,

- Catégorie 6 : Personnes non immédiatement disponible, pourvues d’un emploi supérieur à 78 heures par mois, à la recherche d’un autre emploi, à durée indéterminée à temps plein, tenues d’accomplir des actes positifs d’emploi,

- Catégorie 7 : Personnes non immédiatement disponibles, pourvues d’un emploi supérieur à 78 heures par mois, à la recherche d’un autre emploi, à durée indéterminée à temps partiel, tenues d’accomplir des actes positifs d’emploi,

- Catégorie 8 : Personnes non immédiatement disponibles, pourvues d’un emploi supérieur à 78 heures par mois, à la recherche d’un emploi supérieur à 78 heures par mois, à la recherche d’un autre emploi, à durée déterminée, temporaire ou saisonnier, y compris de courte durée, tenues d’accomplir des actes positifs d’emploi.

Chacun comprend bien que pour être officiellement un "vrai" chômeur, celui qui compte aux yeux du gouvernement et de l’administration, il ne faut pas s’inscrire dans les catégories 2, 3, 4, 5, 6, 7 ou 8. (plusieurs dizaines de milliers de personnes aujourd’hui). Et, en revanche, pour "sortir du chômage", il suffit de s’inscrire dans ces catégories-là.
Mais l’on peut également "sortir" de la catégorie 1, et donc du chômage, si on ne fait pas la preuve que l’on fait "de manière permanente des actes positifs et répétés en vue de retrouver un emploi" et si ces démarches ne présentent pas "un caractère réel et sérieux".
Ce n’est pas là le seul moyen de "sortir du chômage" ; il y a en, effet ce seuil de 78 heures par mois. Très concrètement, un CES par exemple, qui est au chômage avant d’avoir son CES et qui se retrouvera au chômage à la fin de son contrat, travaille 20 heures par semaine. Comme cela fait un peu plus de 78 par mois, il ne peut entrer dans la catégorie 1 et ne compte pas pour le taux de chômage. Dans le commerce où les contrats de 20 heures par semaine se multiplient, le chômage n’existe pas.
Et cela n’est pas tout. Il y a encore le fameux revenu de solidarité (RSO) qui permet de "sortir du chômage". Il s’agit là des allocataires du RMI âgés de plus de 50 ans et qui sont au RMI depuis deux ans : il leur suffit de "renoncer", de la manière la plus officielle, à rechercher un travail jusqu’à leur retraite et qui sont autour de 7.000 dans cette situation. À eux de se débrouiller pour vivre et faire vivre leurs familles avec les quelque 420 euros par mois qu’on leur versera. En tout cas, à partir de là, ce ne sont plus des chômeurs !
Il y a encore les chômeurs indemnisés par l’ASSEDIC (régime assuranciel ou de solidarité) qui atteignent 56 ans : eux ne sont plus obligés d’aller pointer à l’ANPE et du coup, ils "sortent du chômage". Ils sont quelques milliers qui sont "sortis du chômage" et donc qui ne comptent pas pour le taux de chômage. Comment ils font pour vivre et faire vivre leurs familles, c’est là une autre question... qui ne figure pas dans le tableau officiel des chômeurs.
Sans oublier ceux qui suivent des stages : plusieurs milliers dans l’année. Ils sont au chômage avant le stage, la plupart vont se retrouver au chômage après, mais pendant le stage, ce ne sont pas des chômeurs ; en tout cas, ils ne sont pas comptés comme tels et n’entrent dont pas dans le calcul du taux de chômage.
Et puis, pour "sortir du chômage", la méthode la plus simple, c’est de ne plus se faire inscrire du tout.
D’abord parce que s’inscrire à l’ANPE et rechercher "de manière permanente" un travail, faire dans ce but des "actes positifs et répétés", cela coûte de l’argent que le chômeur n’a pas : de ce point de vue, cela coûte moins cher de rester chez soi que de sillonner l’île à la recherche d’un travail si introuvable ; d’autant qu’en restant chez soi, dans son quartier, on peut béquer une clé et améliorer son ordinaire, alors que se déplacer continuellement, cela fait des dépenses supplémentaires. Si on était assuré de trouver un travail, ce serait un investissement, mais comme on est plutôt assuré du contraire, c’est une dépense. Avec l’argent qu’on n’a pas.

La dernière étude de l’ODR révèle par exemple qu’un quart des allocataires du RMI a abandonné toute recherche en vue de retrouver du travail. Ce qui fait une vingtaine de milliers de personnes, de tous âges, "sortis du chômage". Chiffre qu’il faudrait quasiment doubler si l’on sort du champ des allocataires du RMI.
Mais cela ne suffit pas au gouvernement qui veut, lui, avec ses dernières dispositions "sortir" encore plus de monde du chômage.
Raison de plus pour tous ces chômeurs - ceux qui "comptent" et ceux qui "ne comptent pas" - de se retrouver dans l’action le 4 octobre, dans la manifestation pour l’emploi qui se prépare. Car c’est par l’emploi que l’on combattra le chômage - et toutes ses dérives - alors que le gouvernement, lui, n’entend que combattre les chômeurs, en les éliminant de ses statistiques. Quitte à les faire passer pour des paresseux, des tricheurs et autres.

Isménie


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Messages

  • Bonjour,

    Je me permets de vous écrire pour le fils d’une amie qui a été obligé de déposé le bilan et, est actuellement en saisie judicière. Il n’a pas d’emploi, pas d’argent et, ne peut même pas bénéficier de la sécurité sociale pour se soigner. Que peut-il faire ? Il a environ 28 ans.
    Merci d’avance pour lui.
    Vous pouvez m’écrire à l’adresse suivante : [email protected]

    Merci beaucoup. Ce jeune homme habite Lyon et a l’équivalent et, l’expérience d’ingénieur en informatique.

    Carole.

  • Pas facile ^^ je suis en plein dedans depuis 12mois ^^ , J’ai quitté mon emploi d’ingénieur en 2007, par soucis éthique et parce que je n’aimais plus ce que je devais faire pour soi-disant "réussir ".
    Je suis parti en Californie pour quelques mois afin de reprendre contact avec mon anglais...Puis suite a cela j’ai joint un master a sydney en australie pour 9mois, financé par mes allocations chomage, la bas il m’a suffit de 3 jours pour trouver un emploi a la télé ^^, le reve...l’australie est encore un pays où tout est possible...Manque de bol la bas j’ai rencontré mon amie qui est européenne, j’ai décidé de revenir en europe pour vivre avec elle. Revenant de la bas avec le "tout est possible pour ceux qui le veulent" en tete, je suis tombé dans une spirale infernale...plus de 300 candidatures ciblées, et une centaine de candidatures "je suis pret a prendre n’importe quoi", étant inscrit a l’anpe, l’apec, adecco engineering, keljob, une dizaine d’agences de recrutement,...aujourd’hui je me retrouve sans sécu, sans argent (car il est inconcevable pour moi d’aller piailler a gauche a droite) et a 26ans je me retrouve chez mes parents qui travaillent dur pour pas grand chose...
    Bien sur il reste les reves de gamins en tete et la motivation pour les réaliser, mais je pense honnetement qu’ici pour réussir il y a d’autres facteurs...qui me dégoutent par ailleurs...
    Pour Témoignage, voici le miens...

  • Mais il ne faut pas se démoraliser !!! Il y’ a aussi de nombreux jeunes qui réussisent ... Je pense notamment à ce bon vieux Jean Sarkozy... Qui, du haut de ses 23ans et de son baccalauréat, va prendre la présidence de l’EPAD.

     ???? Quel talent !!!!

  • Bande de jaloux, vous avez pas de bol c’est tout

    • Quelle indécence à et pour celui qui @ ce 15 novembre 15:05 et a écrit : "Bande de jaloux, vous avez pas de bol c’est tout".

      Voilà où de plus est confiné l’esprit de ceux qui ont la chance d’avoir une place rémunérée et de ne pas considérer ceux qui sont dans l’impasse du chômage.

      C’est le reflet des idées élitistes de ceux qui nous gouvernent et qui sous l’empreinte sarkoziste profite de la liberté d’écriture de "Temoignages OnZeWeb" de venir déblatérer leur fiel.

      Ce n’est pas avec des exemples comme le votre, qui plus est : non signé, avec comme ressentiment : la jalousie et l’opportunité : pas de bol, que vous parviendrez à oeuvrer pour ce qu’annonce le titre.

      Je ne vous souhaite surtout pas un jour de vous retrouver dans cette situation, car la main qui a écrit votre propos je ne sais pas où vous allez la mettre.


Témoignages - 82e année


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