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Le "modèle" de la réforme agraire n’est plus « viable »

Comment vivre aujourd’hui avec 5 hectares ?

17 décembre 2008

Le type d’exploitation issu de la vente des terres des usiniers n’est plus « viable ». C’est en substance le message de Jean-Jacques Vlody. Deux solutions sont possibles : soit poursuivre la concentration et pousser les petits à disparaître comme c’est le cas depuis 40 ans, soit donner la possibilité aux planteurs de pouvoir vivre sur cinq hectares en diversifiant leurs revenus.

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« Il ne faut pas se voiler la face : cinq hectares de cannes, ce n’est pas viable. En monoculture, le seuil moyen de rentabilité est à 12 hectares en irrigué, à 15 hectares en non irrigué. En dessous, il faut compléter ses revenus avec de l’élevage, du maraîchage ou des cultures fruitières. C’est irresponsable de ne pas l’entendre et de ne pas travailler pour atteindre ces modèles. La tentation spéculative sera alors réduite ». Dans le dernier numéro de "Caro Canne", Jean-Jacques Vlody reconnaît donc que la structure foncière issue de la réforme agraire effectuée sous l’égide de la SAFER n’est donc pas « viable ». Et pourtant, au moment où a été faite cette réforme foncière, il a été clairement affirmé qu’une superficie de 5 hectares devait suffire pour faire vivre correctement un planteur et sa famille. Ce qui a conduit à la suppression de milliers d’exploitations, et à la ruine de 20.000 planteurs. D’ailleurs, à cette époque, ceux qui cultivaient sur cinq hectares étaient considérés comme des gros.

La liquidation des "petits"

Ce changement de structure coïncidait avec la mise en application des accords de 1969 qui ont permis la séparation du capital foncier du capital industriel, en dépossédant le planteur de la propriété de la canne et de ces produits.
Plus de trente ans après cette réforme structurelle, ceux qui étaient des "gros" sont devenus des "petits", et les "petits" de l’époque ont été quasiment tous transférés du travail productif vers l’aide sociale.
Le découpage de l’intégralité des terres détenues et vendues par les usiniers a débouché sur des exploitations d’une taille moyenne de 6,4 hectares.
Cette moyenne relève de fortes disparités. En 2005, la moitié des exploitations agricoles avait une superficie de moins de 5 hectares, et 83% moins de dix.
Autant dire que si les planteurs n’ont pas d’autres sources de revenus que la canne, leur entreprise n’est pas rentable, comme l’indique Jean-Jacques Vlody. Dans ces conditions, il n’est guère étonnant que des planteurs soient séduits par différentes formes de diversification, d’autant que leur partenaire usinier a diversifié ses activités dans la grande distribution, l’énergie photovoltaïque, l’immobilier sur des anciennes terres agricoles ou industrielles, le plastique...
Cela montre bien que pour maintenir les emplois, voire en créer, il est nécessaire que le planteur puisse avoir droit à des revenus suffisants. Car la canne qu’il livre est une matière première à partir de laquelle l’industriel fait prospérer de nombreuses industries. Des marges de progressions sont possibles, la requalification de la bagasse en biomasse le prouve.

Faire face aux crises énergétique et alimentaire

Mais il existe une autre thèse pour le développement de la filière. Cette dernière vise à continuer sur la lancée de la casse sociale provoquée par les accords de 1969. Autrement dit, il s’agit de concentrer encore davantage ce qui peut l’être, afin que les gains de productivité aux champs soient partagés entre le moins de travailleurs possible. Cette concentration implique une augmentation de la superficie des exploitations, et donc la disparition d’une grande partie des planteurs. En somme, il s’agit de reconstituer les grandes propriétés.
Voilà où mène une décision politique prise en 1969. La Convention Canne interdit au planteur la possibilité de se diversifier au-delà d’une certaine limite, alors que l’industriel peut le faire comme il le souhaite. L’usinier pense qu’il pourra continuer à pressurer le planteur sans partager les fruits de la croissance. C’est une bataille perdue d’avance.

Manuel Marchal


Exploitations selon leur taille

1989 2005 Variation Variation (%)
Moins de 5 hectares 11984 2465 -9519 -79,43%
Entre 5 et 10 hectares 1896 1651 -245 -12,92%
Entre10 et 20 hectares 414 637 223 53,86%
Plus de 20 hectares 195 234 39 20,00%
Total 14489 4987 -9502 -18,49%

Source : Enquête structure de la DAF (2005)

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