Le Premier ministre voudrait utiliser le livret A pour aider les entreprises
2 octobre 2008
Le capitalisme est un système qui condamne les pauvres à payer pour que les plus riches puissent faire des profits. Voici une nouvelle illustration avec la proposition de François Fillon de mobiliser l’épargne populaire pour financer des crédits pour les entreprises. Force est de constater qu’en France, la social-démocratie soutient le fond de cette orientation structurelle, elle compte même l’inscrire dans ses statuts en reconnaissant l’économie sociale de marché lors de son prochain congrès.
Dans une interview publiée hier dans "les Echos", le Premier ministre fait trois propositions pour maintenir l’accès des entreprises au crédit malgré la crise : « S’agissant des entreprises, nous avons déjà relevé le volume des prêts aux PME, qui peuvent être faits grâce à la Banque européenne d’investissement, il y a deux semaines. Nous travaillons aussi au plan national sur le renforcement des dispositifs d’aide aux PME, via Oséo. Il y a par ailleurs des excédents de la collecte du Livret A par rapport aux besoins du logement social qui doivent pouvoir être réaffectés ».
C’est la troisième qui est essentielle : réaffecter des excédents de collecte du Livret A. Si cette proposition est appliquée, elle veut tout simplement dire que les pauvres doivent payer pour financer les profits des plus riches. C’est l’illustration même du capitalisme, un système que la social-démocratie française s’apprête à reconnaître dans ses statuts sous couvert d’économie sociale de marché.
Le Livret A est une épargne populaire. Le taux d’intérêt est plafonné par le gouvernement. Et on constate qu’aujourd’hui avec 4%, ce taux est inférieur à l’inflation des produits de première nécessité. Le produit de la collecte du Livret A sert notamment à financer le logement social, ainsi que les grands projets d’infrastructure. Concernant le logement social, force est de constater l’ampleur de la crise à La Réunion. Ce qui explique pourquoi évoquer « des excédents de collecte (...) par rapport aux besoins du logement social » apparaît comme difficilement compréhensible.
Mais au-delà de ce fait, c’est l’affectation d’une partie de la collecte d’une épargne populaire au taux plafonné pour les besoins d’entreprises aux profits sans plafond qui est le plus choquant.
De plus, pour réaliser des profits mirobolants, des entreprises n’hésitent pas à licencier. Piocher sans condition dans le Livret A pour continuer à mener de telles politiques est un coup porté à la morale. Car parmi les épargnants se trouvent des travailleurs qui ont vu leur emploi sacrifié sur l’autel du profit. Si une telle mesure était appliquée, la moindre des choses est que les entreprises qui bénéficient d’un accès facilité au crédit s’engagent à embaucher des travailleurs.
Rappelons que pour le financement du RSA, la proposition est de taxer les revenus des capitaux, et les petits épargnants sont également concernés par cette mesure. Ce qui fait que le système se dévoile : les pauvres doivent financer le traitement social du chômage, et l’accès au crédit de ceux qui font des profits sans limite. Ils sont donc condamnés à payer pour que les plus riches.
Manuel Marchal
Caisse d’Epargne en difficulté : démenti gouvernemental
C’est un membre du gouvernement en personne qui a démenti les informations parues hier dans "le Canard enchaîné" selon lesquelles la Caisse d’Epargne est à la recherche de 6,5 milliards d’euros pour faire face à l’impact de la crise financière. La veille, la direction du groupe Caisse d’Epargne avait publié un communiqué infirmant la nouvelle annoncée par notre confrère. Ce dernier s’appuie sur des propos d’un cadre du groupe qui indique que Caisse d’Epargne « a besoin d’une recapitalisation d’ici à la fin de l’année ». Ce besoin serait lié aux difficultés de Natixis, de la filiale immobilière Nexity, et d’une filiale américaine CIFG. En février dernier, les caisses régionales avaient dû renflouer le groupe Caisse d’Epargne en transférant 3,2 milliards d’euros.
Malgré tout, dans son démenti, le ministre de l’Emploi reconnaît que « tous les établissements peuvent être menacés ». En tout état de cause, cette information tombe mal. Car c’est hier également que François Fillon a annoncé qu’il comptait utiliser le livret A, géré notamment par la Caisse d’Epargne, pour relancer le crédit destiné aux entreprises.
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