Dans le droit fil de l’économie libérale

4 juin 2007

Dès le début du siècle précédent, avec la loi de 1919 instituant la journée de travail de huit heures, on s’inquiétait déjà de la montée du chômage et dans l’exposé des motifs du texte voté par la Chambre des députés issue de la victoire du Front populaire en 1936, on pouvait lire : « le projet... contribuera, en même temps, à donner du travail à un grand nombre de chômeurs ». C’est la même préoccupation qui est exprimée près d’un siècle plus tard dans la loi des 35 heures présentée par Martine Aubry : « Le combat contre le chômage est pour nous l’objectif qui ordonne tout le reste ».
Mais ce qui semble procéder du simple bon sens et de la morale la plus élémentaire, n’est pas dans la logique du système dit libéral ou néolibéral qui régente le monde, et dans lequel s’inscrit notre Président de la République Nicolas Sarkozy avec son slogan mille fois répété : « Travaillez plus pour gagner plus. »
À ceux qui disent que les Français ne travaillent pas assez, il faudrait d’abord demander : mais lesquels ? En tout cas, pas les cadres de chez Renault qui ont mis fin à leurs jours sur le lieu même de leur travail... Il faut ensuite leur rappeler les chiffres fournis par la Caisse Nationale d’Assurance-Maladie : plus de 1 million 200.000 accidents de travail chaque année et, selon la CFDT, plus de 7.000 personnes, tuées par le travail ou une maladie professionnelle, soit une mortalité plus élevée que sur la route. Et pour ceux qui s’acharnent à vouloir retarder le temps de la retraite sous prétexte que les Français vivent aujourd’hui plus longtemps, reprendre ces lignes accablantes d’Ignacio Ramonet dans son éditorial du ‘‘Monde diplomatique’’ de juin 2003 : « des centaines de milliers de salariés... n’atteignent la fin de leur vie active qu’usés, échinés, délabrés. Sans pouvoir profiter de leur troisième âge. Car si l’espérance de vie a augmenté, cela se traduit aussi, en raison des séquelles de l’activité professionnelle, par une explosion des maladies du retraité : cancers, affections cardiovasculaires, dépressions, attaques cérébrales, handicaps sensoriels, arthrose, démences séniles, maladie d’Alzheimer, etc. »
C’est aussi le cri d’alarme, lancé de nouveau ces temps-ci aux Japonais, qui sont invités par leur ministère de la santé à « travailler moins pour vivre mieux ». La campagne pour la limitation des heures supplémentaires, si courantes dans ce pays dont l’économie ultralibérale est souvent citée comme modèle, n’a en effet pas suffi à venir à bout du “karoshi”, (la mort par surmenage) : l’année dernière, le nombre de décès liés à un “excès de travail” y a augmenté de 7,6 %.
Le thème du travail vu dans une optique compétitive rentre bien dans la stratégie des patrons et des chefs d’entreprise. Ce n’est pas pour rien qu’il est si souvent exploité, comme du reste l’ont été sous Vichy le thème de la famille et de la patrie !

Georges Benne


Signaler un contenu

Un message, un commentaire ?


Témoignages - 82e année


+ Lus