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Le BTP à La Réunion : un outil réunionnais cassé par des décisions politiques irresponsables — 2 —
28 avril 2010
Il n’y a pas de décision innocente. Quand la Direction de la municipalité de Saint-Denis prend la décision d’arrêter le chantier du Pôle Océan déjà démarré, elle prive le BTP d’un investissement de 150 millions d’euros, et des dizaines de familles d’un logement, et des centaines de travailleurs d’emploi. Deux ans après, aucune solution réaliste de remplacement n’est en vue. Le nouveau projet présenté est tout aussi pharaonique que la route à six voies que Didier Robert dit vouloir faire construire dans l’océan Indien. Ce sont les travailleurs qui ont payé le prix de cette décision.

Deux ans après l’arrêt d’un chantier de 150 millions d’euros, voilà la situation… Où est le projet de remplacement ? Où sont passés les emplois ? (photo Toniox)
Le Pôle Océan était sur les rails. C’est un chantier de 150 millions d’euros qui devait commencer au moment où l’activité sur la route des Tamarins allait diminuer.
Le Pôle Océan devait se composer d’une grande surface alimentaire, de plusieurs commerces, d’un multiplexe de 7 salles de cinéma, d’un parking de 1.200 places, car ce centre commercial allait également être la principale gare du tram-train de Saint-Denis, plate-forme multimodale accueillant aussi la gare routière de Saint-Denis.
Les différents recours déposés avaient reculé la livraison du chantier. Mais le 6 juillet 2006, tout était en route.
Ce jour-là, une conférence de presse réunissait la Mairie et le groupe des investisseurs. Parmi eux figurait la Caisse des dépôts et des consignations, ainsi que plusieurs acteurs économiques de La Réunion désireux de s’implanter dans cette nouvelle structure commerciale au cœur de la capitale.
Le tour de table était donc effectué, et les travaux pouvaient désormais entrer dans la phase opérationnelle.
Au cours des deux années suivantes, le chantier allait déblayer de toute construction la zone comprise entre le Boulevard de l’Océan, la rue du Maréchal Leclerc, la rue des Limites et le Boulevard Lancastel. D’autres maisons situées aux alentours sont également rasées.
En mars 2008, c’est une nouvelle Direction qui est élue à la tête de la municipalité de Saint-Denis. Tout comme la nouvelle Direction en place à la Région depuis le mois dernier, elle a à son programme la démolition des projets. Quelques semaines après l’élection du nouveau maire, le chantier du Pôle Océan est arrêté. Au lieu de l’investissement de 150 millions d’euros prêt à démarrer, il n’y a qu’un parking payant et un terrain vague.
Il a fallu attendre la veille des Régionales pour que la municipalité dévoile enfin un nouveau projet. Ce moment n’a pas été choisi au hasard : une liste mal en point dans les sondages comportait notamment une demi-douzaine d’adjoints de la Mairie de Saint-Denis.
Au lieu de 150 millions d’euros du projet arrêté, le montant passe à 300 millions d’euros, alors que c’est précisément le coût qui avait été l’argument de la nouvelle équipe pour faire capoter le Pôle Océan. Mais le montage financier proposé laisse pour le moins perplexe. Quasiment tout va reposer sur des investisseurs privés. Nul doute qu’avec le climat de défiance issu de l’annulation du Pôle Océan par l’équipe actuelle, les investisseurs vont se précipiter pour miser sur un projet de 300 millions d’euros à Saint-Denis !
Là aussi, la municipalité de Saint-Denis montre une convergence avec la nouvelle Direction de la Région : remplacer un chantier prêt à démarrer par un projet pharaonique. Car, à son échelle, ce Pôle Océan est de la même veine que la Route en mer à 6 voies promise par Didier Robert.
Mais le drame, il est vécu par les travailleurs. Le prétexte du coût avait été mis en avant pour mettre fin au projet initial. Mais quel est le coût supporté par les travailleurs qui ont perdu l’emploi auquel ils avaient droit ? Combien coûte l’arrêt de ce projet pour toutes les familles qui attendent un logement décent ?
(à suivre)
Manuel Marchal
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