Le sens des responsabilités
10 juin, parNote de la Rédaction au sujet d’une tribune intitulée « Nommer le privilège zorey pour construire l’égalité à La Réunion »
13 novembre 2006

Le 4 septembre 1996, Paul Vergès alertait les Réunionnais sur les changements climatiques et ses menaces. Il les appelait à s’y préparer. Cela lui valut des remarques ironiques et beaucoup de sarcasmes de la part de la presse écrite locale. Surprise, celle-ci manifesta sa totale incompréhension devant un problème qui allait prendre de l’ampleur.
C’est en compagnie de Philippe Berne que l’ancien Président du Parti communiste s’exprima sur le sujet. « Des données scientifiques convergentes massives conduisent à considérer que le réchauffement de la planète va poser à l’humanité des problèmes très graves », exposait d’emblée Vergès. Se référant à des études de scientifiques et à des prises de positions politiques - dont celle des Ministres de l’Environnement des G7- l’élu communiste rappelait qu’il y avait un débat sur les causes et les origines du phénomène. Il soulignait cependant qu’une unanimité existait quant à la certitude du réchauffement et de ses effets catastrophiques. Pour La Réunion, Paul Vergès estimait que les conséquences pouvaient être de plusieurs ordres (écologiques, économiques, urbanistiques et scientifiques). Il préconisait la mise en œuvre d’un plan de recherche afin de mieux apprécier les effets du phénomène en vue d’élaborer des mesures pour y faire face. « La Réunion a son mot à dire sur des problèmes que l’État ne réglera pas à notre place », affirmait-il.
Cette conférence de presse intervenait dans un contexte assez particulier. Pour cause de cumul de mandats, Paul Vergès avait abandonné son mandat de député de la deuxième circonscription. Une élection partielle était organisée. Elle opposait Claude Hoarau et Margie Sudre. Paul Vergès, qui était vice-président d’un Conseil régional dirigé par la candidate de droite, n’avait pas encore pris publiquement position entre les deux candidats. Une rumeur laissait même entendre qu’il était favorable à la Présidente de Région. On attendait de sa part des éclaircissements.
Sur cette question, la conférence du 4 septembre laissa la presse sur sa faim. Elle exprima son étonnement en se demandant quelle mouche avait piqué Vergès et comment il pouvait se désintéresser d’un scrutin qui passionnait tant.
Les commentaires qui s’en suivirent furent d’une autre tonalité. L’ironie mais surtout le sarcasme dominaient.
Ce genre de problème ne peut intéresser un élu de La Réunion, dira-t-on en substance. Vergès aurait eu mieux à faire en s’occupant des problèmes réunionnais que de cette question. Ce débat, diront-ils, doit être mené par des experts et non par des politiques à commencer par ceux de La Réunion. Le tout étant illustré par des considérations ironiques du style : « Vergès à la tête dans la stratosphère mais pas à La Réunion ».
La meilleure illustration de ce genre de position se retrouve dans une déclaration de Thierry Sam-Chit-Chong. Se confiant au “Journal de l’île”, il affirmait que les paroles de Paul Vergès « détournent l’attention des gens sur les réalités et son incapacité à mener à bien le développement de l’île. On ne peut plus se contenter d’un exposé des problèmes, il faut donner des solutions ». Tout en réclamant des « solutions », l’élu saint-louisien n’était pas à une contradiction près. Poussant sa logique jusqu’au bout, il n’hésitait à aller jusqu’à remettre en cause l’actualité du problème : « Il faut arrêter de considérer les hommes comme une espèce nuisible pour la planète. Ainsi, Louis Aragon (NDLR - que l’intéressé confondait avec Louis Arago) estimait, à l’arrivée du chemin de fer, que le sang des voyageurs gèlerait dès 40 km/h. Heureusement que personne n’y a cru ! ». Ce discours n’aura pu être tenu s’il n’y avait pas entretenu ce climat de suspicion autour de la démarche de Paul Vergès.
Aujourd’hui, rares sont ceux qui mettent en doute le rôle central joué par le Président du Conseil régional.
Le 17 décembre 2004, consacrant un dossier sur le réchauffement climatique, le “JIR” constatait : « À La Réunion, Paul Vergès semble désespérément le seul élu à occuper le terrain environnemental ». Le journaliste rappelait que « pas une conférence, pas un discours, sans que le responsable de la Région ne s’en aille de son laïus sur ces termites qui ont franchi La Loire, ces vins du Sud que le Nord pourra bientôt cultiver, ces poissons tropicaux que l’on retrouve en baies de l’Écosse... Initiateur de l’Observatoire national des effets du changement climatique (ONERC) dont il est le président, l’homme n’a de cesse de se professer chantre défenseur de la cause climatique ».
Il reste aux détracteurs du Président de la Région deux attitudes possibles : dire qu’il n’est pas passé des paroles aux actes ou alors laisser entendre qu’avec certaines de ses actions, il est en contradiction avec lui-même.
Dans le cadre du dossier du “JIR” signalé plus haut, Michel Vergoz déclarait : « Les actes sont des témoignages bien plus dignes de foi que les paroles. Ils servent la crédibilité politique » mettant ainsi implicitement en doute la crédibilité de Paul Vergès.
Ce dernier peut pourtant se prévaloir d’actions concrètes. Il a apporté une contribution conséquente - comme le signale le “JIR” - dans la sensibilisation de l’opinion réunionnaise. Il a su mobiliser les parlementaires français sur la nécessité de créer un Observatoire des effets du changement climatique. Il a réussi à faire adopter par la Commission du Développement du Parlement l’avis qu’il présentait en juillet 2005 et qui a été considéré comme « une contribution dans l’action globale des institutions européennes pour "vaincre le changement climatique planétaire" ». Il a mené un même travail de sensibilisation auprès d’instances comme la COI (Commission de l’Océan Indien), la Conférence des Présidents des RUP (Région ultrapériphériques) ou la Conférence des Régions Périphériques et Maritimes (CRPM) de l’Union européenne.
Au-delà de ce travail de prise de conscience, Paul Vergès a milité pour la mise en place de structures d’observation ou de recherches. Avant d’envisager de proposer des solutions, une étape était nécessaire : apprécier le mieux possible le phénomène et ses conséquences pour leur trouver des parades. Si certains effets du réchauffement sont bien définis, d’autres restent mal connus sinon ignorés. Paul Vergès a donc été à l’origine de la création de l’ONERC (Observatoire national des effets du réchauffement climatique).
En termes d’actions et de projets pour La Réunion, le Président de la Région n’est pas resté inactif. Il a été un des initiateurs de l’Agenda 21 arrêté dont les orientations arrêtées le 10 décembre 2004 et qui fixe les grandes orientations de développement durable. Il a fixé comme objectif de rendre La Réunion autonome dans sa production d’énergie domestique pour 2025. Il a fait construire les premiers établissements Haute Qualité Environnementale (HQE) de l’île avec deux lycées (Saint-André et le Tampon). Il a lancé un concours d’architecture pour détermimer ce que pourrait être un logement écologique pour La Réunion demain. Il a été à l’initiative du tram-train.
Ne pouvant nier ces acquis, il reste aux plus critiques de faire valoir que Paul Vergès est en contradiction avec lui-même. Il est d’un côté pour la diminution des gaz à effet de serre mais, de l’autre, il favorise le développement de la circulation automobile en faisant construire la route des Tamarins.
C’est ce point de vue que défendait encore recemment le jouranaliste Franck Cellier dans “Le Quotidien”. On pourait épiloguer et débattre longtemps.
Ce genre de situation est le lot de tout élu responsable. Il est constamment placé devant la nécessité de faire des choix qui portent sur des échéances plus ou moins le lointaines tout en tenant compte des contingences contemporaines. Ne pas répondre aux besoins qu’impose aujourd’hui le déplacement par la route - seul moyen existant - des personnes et des marchandises, c’est contraindre l’économie locale et, quelque part, réduire la liberté de circulation. L’essentiel est de voir quelle est la tendance générale, le sens dans lesquels on pousse la perspectrive qu’on trace.
La pression est forte, dans la population, chez les politiques ou les médias, pour qu’on construise des routes ou qu’on améliore l’existant : déviation de La Saline, déviation de Saint-Leu, la liaison Tampon-Saint-Benoît, la route du Maïdo, la pénétrante de Saint-Joseph, le Boulevard Sud etc... L’élu qui n’apporterait pas des solutions est un irresponsable et sera dénoncé comme tel. à ses demandes est un irresponsable et sera dénoncé comme tel. Sa responsabilité est de metre ls choses ne perspective : répondre aux urgences tout en avançant des solutions sur le long terme.
JMS
Note de la Rédaction au sujet d’une tribune intitulée « Nommer le privilège zorey pour construire l’égalité à La Réunion »
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