Quand le communisme chinois séduit l’Américain
13 juin, parLe monde a changé
9 janvier 2004

« Sauve-nous des grands maux qui déchirent l’humanité en ces premières années du troisième millénaire ! »
Cet appel a été lancé par le pape Jean-Paul II dans son message de Noël devant la foule des pèlerins venue en masse et débordant le parvis de la basilique Saint Pierre à Rome. Il avait en cette fin d’année 2003 quelque chose d’encore plus pathétique.
Comment ne pas être bouleversé en effet par le ton poignant de ce vieil homme, rongé par la maladie, s’adressant à son Dieu, "Prince de la paix" comme il l’appelle, pour implorer son intercession devant l’état dramatique du monde !
Mais ce qu’il n’a pas évoqué, en priorité, c’est la part de responsabilité qui revient aux humains dans la fin justement de tous ces « grands maux », l’arrêt des guerres et du terrorisme, la construction de la paix.
Depuis si longtemps que Dieu est l’objet de semblables appels - et Dieu seul sait combien il en a reçus tout au long de l’Histoire -, on avait fini par croire qu’il y était devenu totalement insensible.
Comme pour Voltaire, choqué en son temps par le terrible tremblement de terre de Lisbonne, celui tout récent qui a rayé de la carte presque toute une ville et provoqué la mort de dizaines de milliers d’habitants en Iran, serait-il là pour nous confirmer dans la croyance en un dieu bien au-dessus du monde, bien loin, totalement étranger à nos malheurs, indifférent voire impassible, et même cruel ?
On aura beau répéter à l’infini : "sauve-nous des guerres et des conflits armés qui dévastent des régions entières du globe, de la plaie du terrorisme et des nombreuses formes de violence qui atteignent gravement des personnes faibles et sans défense", on ne changera pas grand-chose et l’on attendra encore longtemps, trop longtemps, une éternité peut-être, tant que l’on ne s’attaquera pas aux racines du mal par une remise en cause de fond en comble de la société.
Il en sera ainsi tant que les divisions subsisteront, attisées - paradoxalement et trop souvent hélas ! - par des mouvements religieux animés, il est vrai, par des fanatiques. Tant que l’on continuera d’entretenir cette adoration pour le moins équivoque pour un Dieu tout-puissant, gouverneur plutôt que créateur, affublé du titre usurpé de Dieu des armées - et qui, en définitive, réduit l’être humain à un sujet passif et résigné.
C’est peut-être là le danger majeur d’une lecture erronée de la Bible, par une exploitation perverse du péché originel et du sacrifice demandé à Abraham, qui nous empêche de prendre en mains notre part de responsabilité dans l’accomplissement de notre propre destin comme dans le déroulement de l’Histoire.
Avons-nous bien saisi toute la portée et le sens profond de ces deux cris qui nous viennent du Grand Livre : « Lève-toi et marche ! », « Ce n’est pas ceux qui crient Seigneur ! Seigneur ! qui entreront dans le royaume des cieux, mais ceux qui feront la volonté de mon père »… ?
Car la volonté du Père, quoi qu’on en dise, ce n’est pas refuser de prendre ses responsabilités, de s’assumer, avec les autres, devant l’Histoire, mais au contraire travailler de toutes ses forces, avec ses frères et ses sœurs en humanité, pour faire reculer la guerre et advenir la paix.
Le monde a changé
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