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Billet philosophique
15 mai 2009
Nous tenons à saluer la parution la semaine dernière de l’ouvrage collectif "KAF. Étude Pluridisciplinaire", publié par un groupe d’une quinzaine de chercheurs sous la coordination du sociologue réunionnais Laurent Médéa, président du Cercle Philosophique Réunionnais. (1) En effet, la démarche de ce livre sur la place des Kaf dans notre société va dans le même sens que ce combat essentiel évoqué ici même dans plusieurs "billets philo" : la lutte contre toutes les formes de racisme à La Réunion et dans le monde.
Et cet ouvrage collectif est une contribution très utile à cette lutte.
Comme nous l’avons déjà dit, rien n’est plus important ni plus urgent pour tous les Réunionnais que de combattre les inégalités et les discriminations dont souffrent les descendants d’esclaves et d’engagés dans notre pays. Et le week-end dernier, au 6ème congrès du Parti Communiste Réunionnais, Élie Hoarau comme Paul Vergès ont souligné qu’il est indispensable de continuer ce combat mené depuis plus de 50 ans par les communistes et par d’autres démocrates à La Réunion.
Alors, allons poursuivre la réflexion sur les moyens d’intensifier cette lutte.
« L’héritage de l’esclavage et de l’engagisme »
Comme l’explique Laurent Médéa dans la présentation de son livre, il faut d’abord être pleinement conscient que « soixante-trois ans après la Départementalisation, l’île de La Réunion demeure hantée par son passé colonial et esclavagiste, (…) le Kaf est avant tout Noir et montre des difficultés à assumer son histoire ».
Il rappelle aussi que nous avons besoin d’« une meilleure connaissance de la construction identitaire réunionnaise à travers l’héritage de l’esclavage et de l’engagisme ». D’où la nécessité d’amplifier tout le travail autour de la mémoire historique, de la connaissance de notre histoire, de l’égalité de nos cultures ancestrales.
C’est tout le travail qu’a commencé à faire la Région avec la Maison des Civilisations et de l’Unité Réunionnaise, que certains racistes et néo-colonialistes se font un plaisir de dénoncer.
Les causes profondes du racisme anti-Kaf
Mais il faut aller encore plus loin pour s’interroger sur les causes profondes du racisme anti-Kaf et sur les discriminations dont sont victimes ces Réunionnais. Car si l’on analyse la situation sociale dans notre île, on se rend compte que d’autres Réunionnais sont également frappés par des inégalités et par le mépris raciste.
On sait aussi que globalement le peuple réunionnais subit des traitements discriminatoires et racistes très graves sur le plan des droits sociaux, du respect de leur identité culturelle et de leur droit de gérer leurs affaires de façon libre et démocratique.
Dans un entretien accordé à un confrère de France, l’écrivain martiniquais Patrick Chamoiseau confirme cette analyse à partir de l’évolution de la situation aux Antilles : « Dans les années 40, on a eu le processus de départementalisation mais l’esprit et les structures coloniaux sont demeurés en place. Jusqu’à aujourd’hui, on peut dire qu’il y a une alliance objective entre les tenants du pouvoir économique, en grande partie et de manière déterminante les békés, et le pouvoir administratif de la France, les préfets, les hauts fonctionnaires et même les ministres. Pourquoi y a-t-il cette alliance objective ? Simplement parce que, dans un cadre archaïque aux relents coloniaux très marqués, on a la même prééminence de l’économique sur le politique ».
« Le problème derrière la question béké »
Patrick Chamoiseau explique où est la question de fond : « Le problème derrière la question béké, c’est que ce sont des capitalistes. Ils sont dans une logique de profit et d’exploitation, de dénationalisation, de transnationalisation. Ceux qui ont l’impression que derrière la vie chère il n’y a que des békés profiteurs se trompent. Il y a un discours, un système, une violence économique, un système capitaliste dont il faut se débarrasser, en tout cas qu’il faut questionner et problématiser. La question raciale et raciste béké nous cache le vrai problème, qui est de s’affronter à ce système capitaliste. (…)
Beaucoup de Guadeloupéens et Martiniquais se retrouvent sous le seuil de pauvreté. (…) En Martinique et en Guadeloupe, il y a le mal-être qui provient du fait qu’il y a un désir de faire peuple, de responsabilité, de prise sur son destin. (…) On peut aménager, moraliser les principes d’import-export, mais si on ne pose par véritablement la question du capitalisme, on ne va pas avancer », conclut Patrick Chamoiseau. (2)
Du Kaf au capitalisme, voilà donc quelques éléments pour continuer à réfléchir sur les voies et moyens de lutter contre le racisme. Nous poursuivrons ces réflexions vendredi prochain.
Roger Orlu
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(1) Pour tous renseignements, appeler au 0692 22 36 80 - contact@zarlor.com
(2) Voir "l’Humanité-Dimanche" du 23 avril 2009.
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