Un vestige de la société esclavagiste est en train de tomber
11 juin, parCourrier des lecteurs
11 juillet 2007

Les lecteurs du “Monde” ont dû être les premiers surpris en découvrant dans le numéro du 6 juin l’éditorial consacré au nouveau Président de la République française, Nicolas Sarkozy, - qualifié d’« hyper-président » -, et au pouvoir « sans partage » et sans « réel contrepoids » qu’il s’apprête à exercer à la tête du pays. Le plus étonnant, c’est que ce journal, qui se dit à la pointe de l’information et qui a acquis de ce fait une certaine autorité, ait attendu aussi longtemps quand la machine est déjà mise en place, pour annoncer publiquement ce qui crevait les yeux, mais qui a été jusque là soigneusement occulté par la plupart des médias, y compris “Le Monde” ; alors que tant de signes qui jalonnent le parcours politique de Nicolas Sarkozy auraient dû l’éclairer bien avant : ses brusques réactions, ses comportements pour le moins inattendus voire imprévisibles, ses accès d’autorité comme ses propos parfois cassants envers ses contradicteurs.
Point n’est besoin de remonter bien loin en arrière. Qu’il nous suffise de repasser le film de sa dernière campagne, menée tambour battant, parfois avec fracas et surtout sans aucun ménagement pour ses adversaires. En l’espace de quelques mois, réussir à ce point à faire oublier à un aussi grand nombre de ses compatriotes qu’il était partie prenante d’un gouvernement autant décrié, dans lequel il occupait jusqu’à la dernière minute l’une des premières places, tient du prodige ! Et si un mois après son élection, le président se trouve dans un tel état de grâce, il le doit, nous explique “Le Monde”, « à son style direct, son art de la communication, son omniprésence sur tous les fronts intérieurs et extérieurs, sa volonté affichée d’engager les réformes promises, d’autant plus aisément que l’on est encore, jusqu’à l’élection de la nouvelle assemblée nationale, dans le temps des annonces ».
Il l’avait claironné, qu’il ne serait pas là pour inaugurer les chrysanthèmes : « Je serai un président qui gouverne », avait-il répété. « Le pouvoir exécutif est entre les mains du président de la République puisque le suffrage universel direct lui en donne la légitimité », avait-il tenu à préciser dans un livre paru en 2006. Et quelle légitimité, plus de 53% des voix et une participation électorale dépassant les 80% ! « Les Français doivent savoir qui décide », avait-il ajouté, le Premier ministre étant assigné à jouer le rôle de « coordinateur de l’action gouvernementale ». Ce qui, au moins dans les termes, est en contradiction avec l’article 20 de la Constitution, comme n’a pas manqué cette fois de le faire remarquer, l’éditorialiste du “Monde”, dont la conclusion, en partant de l’ambiguïté inhérente au texte, est sans appel : « le président de la République demeure, à défaut de réforme institutionnelle, politiquement irresponsable ».
Georges Benne
Courrier des lecteurs
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