“Ensemble, chrétiens et musulmans !”

22 septembre 2006

Concernant les retombées du discours de Benoît XVI à l’Université de Ratisbonne, je partage l’avis du Vice-président du Parlement européen, Mario Mauro : "(cela) a fait l’objet d’un malentendu et a été instrumentalisé par une partie du monde islamique et une partie des moyens de communication qui n’ont pas su saisir la pensée véritable du Pape". J’estime, surtout en matière de réflexion philosophique et théologique, qu’il faut travailler en amont sur la transmission et les conditions de réception des messages. Ce n’est pas évident... mais nécessaire.
Sur le fond, Benoît XVI s’est dit attristé et a affirmé que son discours "était et est une invitation au dialogue franc et sincère". Avec une sensibilité différente, Benoît XVI se situe dans la même ligne que Jean-Paul II. Dans le message que Benoît XVI avait déjà écrit en prévision du 20ème anniversaire de la réunion d’Assise (octobre 1986 - 2006) : "Les manifestations de violence ne peuvent pas être attribuées à la religion en tant que telle, mais aux limites culturelles dans lesquelles elle est vécue et se développe dans le temps. (...) En effet, des témoignages du lien intime qui existe entre le rapport avec Dieu et l’éthique de l’amour sont visibles dans toutes les grandes traditions religieuses".
Dans sa communication à l’Université de Ratisbonne, le Pape menait une réflexion de fond entre foi et raison. Le choix de la réflexion médiévale de Manuel II Paléologue comme point d’appui, a été ressenti comme blessant par une grande partie de la communauté musulmane, à tous les niveaux. Benoît XVI a envoyé aussi un avertissement à la culture occidentale afin que l’on évite "le mépris de Dieu et le cynisme qui considère la dérision du sacré comme un droit de la liberté (...). Une raison qui est sourde face au divin et repousse la religion dans le domaine des sous-cultures est incapable de s’insérer dans le dialogue des cultures".

À la suite des réactions à la clarification faite par Benoît XVI à l’angélus du 17 septembre, Mario Scialoja, conseiller de la Ligue musulmane mondiale en Italie, a déclaré : "À mon avis, c’est une réponse plus que suffisante et il me semble qu’il y a déjà eu des réactions favorables d’une partie du monde arabe. Je pense vraiment que cet incident ridicule peut être considéré comme définitivement clos. (...) Dans le monde d’aujourd’hui, sécularisé, où Dieu, en Occident, est souvent oublié, on a besoin de spiritualité mais aussi de la raison et de la rationalité. L’appel du Pape à l’usage de la raison est extrêmement opportun".
En août 2005, aux JMJ de Cologne, Benoît XVI s’était exprimé en ces termes "Ensemble, chrétiens et musulmans, (...) nous ne pouvons pas céder à la peur, ni au pessimisme. Nous devons plutôt cultiver l’optimisme et l’espérance. Le dialogue interreligieux et interculturel entre chrétiens et musulmans ne peut pas se réduire à un choix passager. C’est en effet une nécessité vitale dont dépend en grande partie notre avenir". L’heure est aux contacts, aux relations, aux clarifications. Le dialogue continue et continuera. À La Réunion, nous sommes relativement privilégiés. Il est bon de nous souvenir des paroles de Saint Paul : "... s’il me manque l’amour, je ne suis rien". (1 Co).

Gardons-nous bien de confondre Occident et Christianisme, Islam et Islamisme. Tout se mondialise mais exige de sortir des schémas simplistes pour analyser en profondeur les phénomènes de société où les dimensions religieuses interfèrent avec les données économiques et politiques. Le Christianisme est diversifié à travers le monde tout comme l’Islam s’est ramifié en divers courants. C’est de l’intérêt même des chrétiens et des musulmans d’être des gens raisonnables - au sens fort du terme - qui condamnent les extrémismes tout autant chez eux que chez les autres. Il y va du dialogue social avec les efforts persévérants d’un dialogue interreligieux dans la clarté et l’estime réciproque.

Monseigneur Gilbert Aubry


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