Le sens des responsabilités
10 juin, parNote de la Rédaction au sujet d’une tribune intitulée « Nommer le privilège zorey pour construire l’égalité à La Réunion »
Une exposition-rencontre entre 3 jeunes artistes
26 juillet 2006

Quand 3 jeunes artistes d’origines diverses, qui ont obtenu ensemble leur DNSEP (Diplôme National Supérieur d’Études Plastiques) à l’École des Beaux-Arts de La Réunion où ils se sont rencontrés, unissent leur art pour un même projet, cela donne une exposition unique en son genre, où la vidéo, la photo, les compositions graphiques ou simplement les images se heurtent, se complètent ou se séduisent... Avec un sous-titre : “Rencontre du visible et de l’invisible”.
Si le visible est... apparent, c’est au visiteur de s’emparer de l’invisible. Et les artistes Mounir Allaoui, Rohanne Gourouvin et Saïdi Mohamed invitent à cette découverte dans leur première recherche plastique. Première mais déjà complètement maîtrisée, tant les propositions sont des plongées dans l’imaginaire aussi bien des créateurs qu’un appel à celui des visiteurs.
Un espace dédié aux jeunes créateurs
Depuis 2001, au mois de juin de chaque année, l’Artothèque du Département accueille dans ses salles la “première” exposition d’un jeune créateur qui présente pour la première fois sa recherche plastique. Pour cette nouvelle édition, ce sont 3 jeunes artistes qui ont souhaité présenter ensemble leur toute première création.
Tous trois se sont liés d’amitié, et bien que leur recherche formelle soit différente, une communion d’esprit les rassemble qui fait de cette exposition un ensemble cohérent et profond.
Cet esprit de corps qui existe entre ces 3 jeunes artistes se double d’une unité dans le caractère essentiel qui préside à chacune de leur création aussi différente soit-elle. Leur démarche semble une quête spirituelle qui en fait les anime dans cette volonté de lier des couples opposés, le visible et l’invisible, le présent et l’absent. C’est dans ces contraires, dans ces intervalles, dans ces écarts que s’insinuent leurs créations. Et notre regard pour une révélation personnelle à découvrir.
Dans les installations évanescentes de Saïdi, on perçoit très parfaitement cette volonté de donner un corps aux disparus, aux esprits, mais aussi à la parole et à l’histoire ; leur présence à peine palpable est rendue perceptible.
De même, à travers sa vidéo, Mounir embrasse le temporel et l’intemporel en confrontant le discours d’un homme politique actuel à la voix d’une conteuse comorienne qui fait revivre une légende éternelle où s’unissent un monstre et son aimée. La parole donne ainsi corps à l’histoire et aux mythes ancestraux qui se trouvent associés aux promesses électorales très concrètes d’aujourd’hui.
Enfin, Rohanne, sa rencontre sacralisée avec des objets de rebus le place dans une relation émotionnelle très forte qui redonne vie à ces choses perdues ou abandonnées en leur conférant une âme.
Ces 3 propositions marquent une même volonté d’expression plastique qui évoquent en quelque sorte un mariage mystique, l’union du corps et de l’esprit, du matériel et du spirituel.
Compléments d’exposition
Un conte de Mounir Allaoui : “Mhaza Kungumanga”
Il était une jeune fille qui refusait chaque homme qui lui était proposé. C’est alors qu’un jour étant assise... C’était un vendredi. Elle vit un homme très bien vêtu. Il passa devant elle, s’en alla. L’ayant vu, elle dit : "C’est l’homme que je veux, c’est l’homme que je veux ! Je me marierai avec lui". Elle se leva, le répéta à sa famille. La famille décida de marier la jeune fille au jeune homme. Mais ce jeune homme était en fait un monstre.
Pas loin de là, quelque temps auparavant, un village fut entièrement dévoré par ce monstre. Ce dernier, après le mariage, installa la jeune fille et ses sœurs dans une grande maison au sein de ce village désert. Et il leur dit : "Asseyez-vous là, attendez-moi, je sors un moment. Je ramènerai mes amis afin qu’ils puissent te voir, te saluer. Asseyez-vous là, attendez-moi". Assises là, elles n’entendirent rien. Le silence régnait, rien ni personne ne bougeait dans ce village. Mais qui auraient-elles bien pu voir ou entendre là ?
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