La crise d’un modèle que l’on veut vendre aux Réunionnais
16 septembre 2008
La faillite de Lehman Brothers est retentissante. C’est la quatrième banque d’affaire des Etats-Unis qui vient d’être placée sous le régime des faillites afin de protéger les intérêts des actionnaires. C’est une banqueroute sans précédent dans l’Histoire financière des Etats-Unis. C’est le résultat de la crise des subprimes, un modèle où on vend du rêve à des familles pauvres en leur faisant croire qu’avec le crédit elles pourront s’acheter une maison. C’est ce modèle que l’on veut vendre aux Réunionnais en multipliant les offres de crédits à la consommation. C’est ce modèle qui est en crise. Les perdants sont les familles ruinées qui ont perdu leur maison et toutes l’épargne qu’elles ont investi pour contracter un prêt. Les gagnants sont les spéculateurs qui ont réussi à provoquer une crise sans précédent depuis 1929. Pour le monde, les conséquences de cette crise financière sont pire que celles du 11 septembre 2001.
Lehman Brothers en faillite hier : c’est un cataclysme pour la mondialisation libérale. Lehman Brothers en faillite : c’est une des plus grosses banque américaine qui dépose le bilan. Lehman Brothers, ce sont plus de 20.000 salariés, une banque fondée en 1850 qui avait traversé toutes les crises.
Lehman Brothers, c’est la faillite d’une banque qui a dans son portefeuille plus de 640 milliards de dollars d’actifs. La faillite permet pour le moment aux actionnaires de garder espoir, car elle permet à Lehman Brothers « de protéger ses actifs et de maximiser sa valeur ».
Hier encore, la troisième banque d’affaire américaine, Merill Lynch, a été rachetée pour 50 milliards de dollars par Bank of America (voir encadré).
Hier également, dix banques ont annoncé la création d’un fonds de garantie de 70 milliards de dollars. Les participants sont les banques américaines Bank of America, Citibank, Goldman Sachs, JPMorgan Chase, Merrill Lynch, Morgan Stanley, la britannique Barclays, l’allemande Deutsche Bank et les suisses Crédit Suisse et UBS. « Chacune des banques participantes amènera 7 milliards de dollars (soit 70 milliards de dollars au final) et chacune pourra obtenir jusqu’au tiers du montant du fonds en cas de difficultés de refinancement, ont-elles annoncé dans un communiqué commun », écrit "La Tribune".
Pour sa part, la Banque centrale des Etats-Unis (la FED) affirme que les banques peuvent lui emprunter de l’argent même si les garanties qu’elles donnent ne sont que des "titres pourris". D’ores et déjà, le dollar recommence à plonger. Que vaudra un dollar demain ?
Plus de 1.000 milliards de dollars
Rappelons que la semaine dernière, le gouvernement américain annonçait qu’il allait injecter 200 milliards de dollars pour nationaliser deux banques : Fannie Mae et Freddie Mac. C’est le sauve qui peut général, mais tout n’est pas perdu pour tout le monde.
C’est une nouvelle étape dans la crise financière créée par les subprimes. Les subprimes, c’est vendre du rêve à des familles qui n’ont pas les moyens d’emprunter pour acheter un logement. Des organismes bancaires leur proposent malgré tout un crédit, en sachant qu’avec la hausse des prix dans l’immobilier, la banque pourra récupérer sa mise si l’emprunteur n’est plus solvable.
Mais la tendance à la baisse de l’immobilier est à l’origine de la crise : les banques ne récupèrent plus leur argent, c’est le début du cyclone qui est en train de tout emporter aujourd’hui. Les unes après les autres, les banques s’écroulent. Les pouvoirs publics interviennent alors pour tenter de maintenir le système en place : sans doute plus de 1.000 milliards de dollars ont été "injectés" dans les marchés. Ces masses d’argent considérables ne permettent pas l’effondrement de grandes banques d’affaire. Les grands vainqueurs de la crise sont les spéculateurs qui ont misé sur la crise. Les grands perdants sont les familles qui ont perdu leur maison et l’épargne investie dedans, parce qu’elles ont cru au mirage du crédit.
Et La Réunion ?
C’est ce modèle en pleine déconfiture que l’on veut vendre aux Réunionnais. Partout s’étalent les publicités d’offres de crédits, alors que 52% de la population vit sous le seuil de pauvreté.
Le développement des crédits à la consommation, avec des taux de 20%, ne fait qu’appauvrir notre pays, car tôt ou tard, vient le moment de passer à la caisse. Les victimes des subprimes ont perdu leur capital, et leur épargne. Mais dans cette crise mondiale, aux conséquences bien plus importantes que celles du 11 septembre 2001, tout n’est pas perdu pour tout le monde.
Manuel Marchal
Naissance de la plus grande banque du monde
La fusion de ces deux groupes va donner naissance à la plus grande banque du monde, avec plus de 2.500 milliards d’actifs à gérer. Merill Lynch avait perdu plus de 52 milliards de dollars depuis le début de la crise financière. Son rachat permet de sauver la mise à ses actionnaires. « Cet accord va également faire de BofA le propriétaire de près de 50% du fonds d’investissement BlackRock, qui dispose d’un portefeuille sous gestion estimé à quelque 1.400 milliards de dollars », écrit notre confrère "la Tribune".
Le dollar plonge face à l’euro
Les marchés asiatiques et européens ont chuté lundi après le séisme provoqué à Wall Street par l’annonce de la banque d’investissement américaine Lehman Brothers de son intention de se placer sous la protection de la loi sur les faillites et celle du rachat de Merrill Lynch par Bank of America.
Reflet de l’inquiétude croissante pour le système financier international, les indices boursiers européens étaient en forte baisse dans la matinée : -2,72% pour le FTSE-100 à Londres, -3,52% pour le CAC-40 à Paris et -2,99% pour le DAX-30 à Francfort. Le dollar a plongé face à l’euro, qui a grimpé à 1,4299 dollars contre 1,4215 vendredi soir à New York.
En Asie, les principales places financières de Tokyo, Hong Kong et Séoul étaient fermées en raison d’un jour férié, mais tous les marchés ouverts ont chuté : -5,4% pour le Sensex en Inde, -4,1% à Taïwan, et -2,9% à Singapour. En Australie, le principal indice a perdu 2%.
Le transport aérien concerné
Le plus important client des constructeurs d’avion, le loueur International Lease Finance Corporation (ILFC), est en vente. Acheté 1,3 milliard de dollars en 1990, le propriétaire d’une flotte de 900 appareils appartient à AIG, un géant de l’assurance.
Ce dernier a besoin de 40 milliards de dollars pour faire face à la crise financière. La valeur des avions d’ILFC dépasse cette somme.
Le poids d’ILFC est tel qu’il est capable de négocier des rabais de 30% auprès d’Airbus ou de Boeing. Il a même annoncé qu’il comptait commander 300 avions aux deux avionneurs.
ILFC loue des avions à toutes les compagnies de notre région, c’est-à-dire Air Austral, Air Mauritius, Air Seychelles, Air Madagascar et aussi South African Airways. Air France est aussi un client d’ILFC.
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