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Histoires d’avocats…

2 mars 2009




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Dans la série de problèmes soulevés lors de l’affaire dite Mamodtaky, ma préférence va sans hésitation, et sans que cela soit à mettre sur l’amitié que je lui porte, à la position soutenue par Maître Rémi Boniface. L’avocat dionysien a su trouver les mots qu’il fallait pour nous rappeler que, parfois, le droit ne dit pas la Justice et que l’adage selon lequel « en Droit la forme garantit le fond » ne saurait être utilisé en toute circonstance.

Et puis, comment rester calme quand on entend des ténors de barreaux métropolitains confirmer qu’un avocat — c’est hélas la règle — se doit d’utiliser tout moyen pour disculper son client, peu importe la morale ?

Me reviennent en mémoire deux anecdotes :
La première, c’est Eric Magamootoo, alors avocat, qui me l’a racontée. C’était il y a plusieurs années. Un de ses confrères et associés venait de défendre un homme accusé de violence sur une femme. Les faits — et donc l’accusation — étaient particulièrement graves et le prévenu risquait une très lourde peine. Il avait assuré son défenseur qu’il était totalement innocent et ce dernier l’avait défendu, en plus de son talent habituel, avec conviction.

L’accusé écopa d’une peine légère… disons de principe… sans doute couverte par la détention qu’il avait déjà subie.

Dans la voiture qui les ramenait à Saint-Pierre, son confrère avait éclaté en sanglot avant de confier à Eric Magamootoo qu’après l’énoncé du jugement, son client lui avait dit que « au vu ce qu’il avait commis, c’était un succès », et qu’il en remerciait son avocat. L’homme du droit venait de comprendre qu’il avait été trompé par son client.

La seconde anecdote, je l’ai vécue personnellement. C’était au début des années 1990. Un administrateur judiciaire d’ici m’avait approché en ma qualité de Trésorier du PCR et m’avait demandé une somme d’agent assez conséquente pour éviter à un de mes camarades d’aller en prison. Connaissant le camarade visé, je ne crus mot de ce que m’avait raconté le maître chanteur. Je déposais plainte : la personnalité de l’homme et son rôle dans le monde économique m’en faisaient obligation morale. M. Bernard Legras, le Procureur d’alors, se saisit personnellement de l’affaire.

Dans le bureau du doyen des Juges d’Instruction, il y eut évidemment confrontation. Et qu’elle ne fut ma surprise de découvrir ce jour-là qu’un avocat pourrait “gober” toutes les invraisemblances que lui racontait son client !

Quelque temps après le procès qui, en toute logique, sanctionna l’étrange administrateur judiciaire, j’évoquais mon sentiment avec celui qui avait assuré sa défense. « Croyez-vous vraiment, lui dis-je en substance, que des juges allaient vous croire ? Ne fallait-il pas mieux plaider coupable ? ».

L’avocat me sourit et ne répondit pas. Et nous causâmes du nouveau “client” qu’il avait à défendre et sur lequel j’avais des renseignements favorables.

Raymond Lauret

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