Il était une fois... Leconte de Lisle

16 septembre 2008

Il y a des enseignants qui mettent de côté Leconte de Lisle sous prétexte que le coeur n’aurait pas sa place dans sa poésie. C’est vrai que les textes de notre poète ne sont pas tous de la même veine et si certains nous appellent à réfléchir, d’autres peuvent nous amuser, enfin d’autres encore s’adressent à notre sentiment d’appartenance à notre île. Il reste, bien entendu, que Leconte de Lisle doit avoir sa place dans les écoles, et également dans le coeur des enfants de La Réunion.

I- Le retour des cendres du poète

Il revient, quatre-vingt-trois ans après sa mort

 le 27 septembre 1977, un début d’après-midi à l’aéroport de Gillot, les officiels sont venus en nombre. Il y a là, le Préfet... des hauts gradés de l’armée... le maire de Saint-Denis, celui de Sainte-Marie, de Saint-Paul, également sans doute encore d’autres personnalités, des journalistes sans compter les militaires au garde à vous.
Le voilà qui passe devant eux, sans se presser, quasiment au pas, dans une jeep de l’armée enrubannée de bleu, de blanc et de rouge. Mais qui donc vient nous rendre visite aujourd’hui ? Peut-être le Premier ministre... ou bien le Président de La République, et si c’était le Pape ? Ce sont des gens qui aiment bien voyager. Non, c’est seulement un poète réunionnais mort en France, il y a bien longtemps, en 1894 mais qui revient aujourd’hui dans son pays natal. Quatre-vingt-trois ans après sa mort Leconte de Lisle revient chez lui.

Un lieu sauvage au rêve hospitalier


Leconte de Lisle, à l’écoute de ce nom-là, les anciens retrouvent leur jeune temps. Le temps où ils s’exténuaient à apprendre par coeur de longs poèmes. Certains redressent la tête avec fierté, raclent la gorge. Les souvenirs ressurgissent à la tête et dans le coeur :
« Perdu sur la montagne entre deux parois hautes,
Il est un lieu sauvage, au rêve hospitalier... »
Voilà que l’on se prend à rêver... on est vraiment dans un beau pays et sa beauté n’a pu qu’inspirer notre poète et ses poèmes chantent à nos oreilles, à notre coeur, à notre âme parce qu’il s’agit de notre île. Ah ! Le Bernica ! La Fontaine aux lianes ! La ravine Saint-Gilles ! Autant de raisons d’étudier Leconte de Lisle, d’admirer son oeuvre, mais ce ne sont pas les seules.

Non à l’esclavage, oui à son abolition


Tout d’abord, il faut étudier et connaître cet écrivain qui n’acceptait pas l’esclavage, un mal qui frappait notre pays à son époque. Il fallait du courage, en ce temps-là pour s’y opposer, pour écrire ce que l’on en pensait et notre poète a eu ce courage-là... A cette époque, dans la société coloniale, esclavagiste, raciste. Dire, en ce temps-là, dire qu’il fallait en finir avec l’esclavage constituait un acte de subversion, commis par un individu dangereux, voire criminel, se complaisant dans l’illégalité... Ainsi, dans une nouvelle intitulée “Sacatove”, le poète prend le contre-pied de l’opinion partagée par la majorité. Il met en scène un jeune esclave animé de bons sentiments, au coeur généreux parti en marronnage tandis que son maître, un blanc grossier ne connaissait comme réponse à la soif de liberté que la répression par les armes dans une chasse cruelle aux marrons... Tuer est pour lui la seule réponse possible... Aussi n’y avait-t-il rien d’étonnant à ce que la bonne société ne le portât pas dans son coeur. C’est ainsi qu’il s’est fâché avec sa propre famille et qu’il s’est réjoui de l’abolition de l’esclavage par le gouvernement mis en place après la révolution de février 1848.

Madame, je ne vous aime plus

Il ne faut pas seulement voir en Leconte de Lisle la solennité de ses poèmes aux vers si soigneusement ciselés, il faut aussi retenir ce que La Réunion lui a également donné : le goût de l’ironie, l’art de railler les gens qu’il n’aimait pas comme en d’autres temps Célimène, la muse de la Saline. Ainsi, dans une nouvelle intitulée "Mon premier amour en prose", il raconte l’histoire d’un jeune homme amoureux d’une jeune fille à qui il n’a jamais parlé dont il n’a vu que la jolie capeline garnie de roses blanches et d’un ruban couleur cerise. A peine s’il a deviné le contour de son visage, mais, il fond pour elle tellement ce qu’il a vu ou pressenti enflamme son âme...
La première fois qu’il rencontre la demoiselle, il reste debout au milieu du chemin et comme son manchis ne peut pas passer, la jeune fille menace ses esclaves, d’une voix de crécelle et si empreinte de méchanceté, de les faire fouetter. Le jeune homme en est tout dégoûté, et déclare à la demoiselle
interloquée : « madame, je ne vous aime plus ! »


(à suivre)



G et R. Gauvin 


Lavé in foi... Leconte de Lisle

Na d’zamontrër i borde Leconte de Lisle, i di li na poin n’kër ; la pa vré sa ! Dann toute bann tèks Leconte de Lisle la ékri, toute lé pa parèy, mé na in pë lé riskab fé réfléshi anou, amuz anou, toush noute santiman d’Rényoné. I fo Leconte de Lisle na son plass, in bon plass dan lékol, in gran plass dan le kër toute zanfan La Rényon.

I- Le poète i artourn dann son péi.




Katrovin zané apré sa mor.

 Té le 27 septanm 1977, laprémidi, dan lé troi z’hër par-la, su l’térin Gillot : Là zofisièl an poundiak, le préfé, bann gran militér, le maire Sinn-Ni, le maire Sint-Mari, in tralé journaliss osi san konté in bon pë solda deboute o-gardavou...
 Sé la k’li pass devan zot, san préssé, dan in jeep larmé èk drapo trikolor... Kisa sa hin ? Dawoir le premié miniss la France ! Somanké le Prézidan la Républik ! Pétèt mèm le Pape ! Non va, sa ziss in poète, in poète La Rényon, in poète lé mor an France depi 83 zan talér. Katre-vin-troi zan apré sa mor Leconte de Lisle i artourne dan son péi.

Un lieu sauvage au rève hospitalier

Leconte de Lisle... Kank Rényoné i antan se nom la, zot i san zot zènn tan armonté, le tan zot lété lékole, apo batay pou apran gran-gran fonnkër... Na in pë i rolèv la tète èk fierté, i drèss la gorje, souvnir i armont dan le kër, dan la tète : 
« Perdu dans la montagne entre deux parois hautes,
 Il est un lieu sauvage au rêve hospitalier... » La lé parti pou rêvé... Lé vré le joli son péi la mark Leconte de Lisle, soman a koté le bann fonnkër i intéresse anou parss i koz la Rényon :"Le Bernica", "La fontaine aux lianes", "La ravine Saint-Gilles", na d’ot rézon pou nou mië konèt ali, pou lir son bann livr, pou admir ali.

Karton rouj pou lésklavaj

Dabor inn i fo ni koné Leconte de Lisle té i siporte pa lesklavaj. Kouraj li navé pou dir, pou ékrir sak li té i panss. Dan in sosiété kolonial, dan in sosiété rasiss, si ou té i di, i fo fini èk lésklavaj, té konmsi ou té in boug danjéré, in kont-la-loi, in kriminél.. Dan in zistoir i apèl "Sakatov" Leconte de Lisle i di le kontrèr tout sak demoun anlér té i panss : li amontr anou le bon santiman, le gran kër in zènn noir parti maron, tandi k’le maitr, in blan in pë ariéré, i koné rienk fé koz son füzi, i koné rienk tié... Pa étonan si la bann blan "la bone sosiété" té i porte pa li dan z’ot kër. Pou sa-mèm li la-gate sanm zot, li la fashe sanm son prop famiy... Epi lérk gouvernman la déside fini sanm lésklavaj, navé poin persone pli kontant ke nout gran poète.

Madame, mi èm pu aou



Na ankor in ot rézon pou lire Leconte de Lisle : son gayar manière kasse ti-boi, son gou pou gaskone demoun li té ème pa... Na in pë va dire mi ramasse mantër... é pourtan, lir azot in kou "Mon premié amour en prose", zot va konprann amoin : sa zistoir in zènn boug i tonm amouré in manmzèl li la zamé koz ansanm ; li la vi ziss son zoli shapo garni sanm roz blan épi in gayar riban koulèr serise ; a pène si li la devine le figuir le manmzel... Mé li la mank tonm fèblèss télmann tousa té zoli...
 Premié kou li trouv aèl pou vréman : té dann in shemin séré ; katr noir té antrinn porte aél dan son manshy. Le zènn boug i rèst debout dann milië shemin, le manshy i gingn pa passé. Alorss le manmzèl i mète an kolèr kontre son zésklav parss zot lé lé bloké. Èl i ménass fé shabouk azot avèk in voi lé si télman ég an bilimbi, si télman méshan, i perss télman le zorèy demoun, sa l’assé pou dégoute le lamouré. Li rèst là, le kër ranpli sanm la tristèss épi li déklare le manmzèl, k’i koné mèm pa li, ké la pa dmann ali arien :

« Madame, je ne vous aime plus ! »... « Madam, mi èm pu aou !
 »

(la pankor fini)

G et R. Gauvin 


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