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Mort d’un soldat réunionnais

Il y a d’autres voies que celle de la violence

8 septembre 2009 Geoffroy GÉRAUD-LEGROS

Avec le décès de Johan Naguin, à la suite de l’explosion d’une bombe artisanale, c’est un second soldat Réunionnais qui trouve la mort sur le théâtre des opérations en Afghanistan. Par-delà la solidarité qu’expriment les cérémonies officielles, ce nouveau drame d’un conflit qui n’en finit pas rappelle la réalité de la guerre.




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C’est avec indifférence que nous côtoyons la guerre. C’est avec nonchalance que chaque jour nous entendons télévisions et radios égrener le chapelet des morts et des destructions ; c’est d’un regard oblique que nous avons pris l’habitude de considérer le spectacle des ruines et des morts que les médias donnent à voir avec complaisance. La victime de la guerre, qu’elle soit "civile" ou "militaire", c’est l’autre : un autre lointain et sans vrai visage, un autre sans nom, un autre que l’on ne se figure pas.
Pourtant, à une année d’intervalle, un Tamponnais, Anthony Rivière, et un Dionysien, Johan Naguin, ont trouvé la mort sur le sol de l’Afghanistan, où ils combattaient dans le rang des forces françaises.
Les visages de ces jeunes gens qui ressemblent à tant d’autres jeunes Réunionnais, la description, dans les journaux, de leurs vies, la reproduction de leurs courriers, et la douleur des familles, donnent alors brutalement un visage à la guerre, et nous rappelle que, quelque soient nos efforts pour la mettre à distance, elle fait partie de notre univers.

Comprendre toutes les souffrances

Les honneurs militaires rendus aux disparus, la sollicitude de l’opinion réunionnaise, portent à la conscience collective la mort de l’un des nôtres. Mais ce moment d’émotion ne pourrait-il pas être celui où les Réunionnais prennent conscience de l’ensemble des souffrances qu’entraînent les conflits armés ?
Car si, à travers la perte d’un jeune Réunionnais, l’absurdité de la guerre se révèle à nous, ceux qui subissent sur le sol de leur propre pays, la mort quotidienne de leurs proches et la destruction implacable de leurs existences doivent cesser d’être à nos yeux des statistiques, des chiffres ou des images que neutralise la routine du traitement médiatique : c’est par milliers que se comptent les victimes des opérations militaires qui ont débuté en 2001 sous le nom de "guerre contre le terrorisme".
En plus des combattants proprement dits, le conflit qui oppose une vaste coalition, dont la France est partie prenante, à plusieurs mouvements armés, est à l’origine d’un nombre croissant de victimes civiles, dont une part grandissante est imputable aux raids aériens des forces coalisées. L’ONU estime ainsi à plus de 2000 le nombre de civils tués pour la seule année 2008, dont près de la moitié imputables aux raids aériens menés par la coalition. Ces "erreurs" aboutissent régulièrement à de véritables massacres de non-combattants : dernier en date, le bombardement, il y a deux jours, par les avions de l’OTAN, de réservoirs d’hydrocarbures, qui aurait tué entre 50 et 90 personnes, dont un enfant. Au mois de mai dernier, près de 100 civils avaient trouvé la mort au cours de combats opposant Talibans et forces internationales.
De tels agissements nourrissent elles-mêmes la logique de conflit dans la région, où des populations humiliées et terrorisées croient de moins en moins à l’efficacité et au succès d’opérations de "maintien de la paix" qui frappent indistinctement soldats et civils, et ne s’accompagnent pas d’une amélioration des conditions de vie.

Le cycle de la violence

En effet, alors que l’Afghanistan est depuis près d’une décennie le théâtre d’un conflit au cours duquel sont expérimentées des armes au coût obscène, le niveau de vie ne s’est pratiquement pas amélioré. Le peuple afghan demeure condamné à vivre d’expédients et de l’aide internationale, tout en devant supporter une violence armée qui s’exprime à chaque instant et, de surcroît, la présence sur le sol national de dizaines de milliers de soldats étrangers. Parmi ces derniers, on compte de plus en plus de mercenaires employés par des compagnies privées dont les actions et exactions échappent encore à toute transparence que les membres des armées régulières.
La violence s’ajoute ainsi à la violence, créant toutes les conditions d’un enlisement prolongé du conflit et d’un accroissement du nombre de morts de part et d’autre : c’est à cette somme de souffrances, et à la nécessité de trouver d’autres voies que la guerre pour résoudre les contradictions de l’ordre international que doit nous rappeler la mort d’un jeune Réunionnais.

Geoffroy Géraud

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