Le sens des responsabilités
10 juin, parNote de la Rédaction au sujet d’une tribune intitulée « Nommer le privilège zorey pour construire l’égalité à La Réunion »
Daniel Ramassamy, un Réunionnais candidat à la Présidentielle 2007
10 janvier 2007

Ce n’est pas une plaisanterie. Daniel Ramassamy, la soixantaine passée, fonctionnaire aux impôts et n’appartenant à aucun parti politique, a décidé de poser sa candidature pour se présenter à la prochaine élection présidentielle. Un défi plus que difficile à relever, Daniel Ramassamy en est conscient, puisqu’il doit récolter les 500 signatures nécessaires à la candidature. Quel est donc le sens de sa démarche ? Pour lui, il s’agit avant tout d’une démarche citoyenne : pourquoi un simple citoyen, qui plus est un domien, ne pourrait-il pas se présenter à la présidentielle ? Rencontre.
Vous avez décidé de vous présenter à la candidature de l’élection présidentielle. Pourtant, votre nom n’évoque rien auprès de la population. Quel passé avez-vous dans le vie politique locale ?
- Entre 1981 et 1991 j’ai fait un bref passage dans la vie politique locale. J’ai créé un parti qui s’appelait Umin (Union pour une Même Identité Nationale). La situation sociale était dramatique. Si une personne ne travaillait pas pendant six mois, elle n’avait pas droit aux allocations familiales. Je revendiquais alors l’égalité sociale entre La Réunion et la métropole. J’ai participé aux élections législatives et aux municipales de Saint-Denis et Saint-André. L’année dernière, j’ai envoyé un essai politique à l’ensemble des partis, aux députés, au Conseil Régional et Général, à des personnalités de la vie civile, aux ministères. C’était une façon pour moi d’attirer l’attention sur les sujets qui préoccupent les Réunionnais. Je suis avant tout un humaniste. Je me définis comme un communiste de cœur, mais pas marxiste.
Si vous voulez devenir Président de la République, c’est que vous avez pensé à un programme. Quelles en sont les grandes lignes ?
- J’ai rédigé un document de huit pages, dont quatre consacrées aux DOM. L’objectif est de tourner le dos à cette politique discriminatoire, qui crée des inégalités entre les Réunionnais, et entre la métropole et l’Outre-mer. D’abord, je me pose des questions sur les institutions : le mode d’élection présidentielle est-il adapté à notre démocratie ? A-t-on besoin à La Réunion à la fois d’un Conseil Général et d’un Conseil Régional ? Un autre problème, c’est celui de l’immigration : ne peut-on pas mettre des moyens en œuvre pour aider les pays pauvres ? En ce qui concerne l’économie : pourquoi la France n’arrive-t-elle pas à créer des emplois ? A protéger ses chômeurs ? Alors que d’autres pays créent des richesses avec le même nombre d’heures de travail. A La Réunion : pourquoi former les jeunes pour ensuite les envoyer au Québec ? Ne peut-on pas garder nos forces vives ? Je propose d’aborder enfin les vraies problèmes et demande qu’on arrête de tourner le dos à nos spécificités.
Pensez-vous être en capacité de réunir ces 500 signatures ? Comment comptez-vous vous y prendre ?
- J’ai envoyé un courrier au préfet pour qu’il me fasse parvenir la liste des personnes susceptibles de légitimer une candidature à la présidentielle. Mais dès maintenant, je vais contacter les maires, les parlementaires, le Conseil Général et Régional. Chaque citoyen peut se présenter à ces élections. Nous sommes en démocratie. Mais comment parler d’égalité, de citoyenneté, si les citoyens n’ont aucune connaissance des personnes qui peuvent légitimer les candidatures ? Je veux savoir comment une personne indépendante, libre de tout parti peut être candidat.
Cette annonce de candidature n’est pas une façon pour vous de préparer le terrain pour une éventuelle insertion dans la vie politique locale ? Ce que vous n’avez pas réussi entre 1981 et 1991...
- Me présenter à l’élection présidentielle, ce n’est pas pour moi une ambition personnelle. Ce n’est qu’une façon d’apporter ma modeste contribution pour les Réunionnais. Je ne me présente pas pour moi, mais pour dire non au système de discrimination qui perdure. Je suis même prêt à arrêter cette démarche si d’autres personnes, plus expérimentées, veulent exprimer ce que j’exprime, et se présenter à la présidence. Nous avons des hommes politiques de mérite à La Réunion. Je pense à Paul Vergès, qui est l’un des plus éminents. Certaines personnes chez nous ont montré leur capacité au monde, alors pourquoi ne se présenteraient-ils pas ? J’attends un sursaut des politiques, qu’ils s’approprient ce message. Dans le cas contraire, je suis prêt à aller jusqu’au bout avec les Réunionnais. Et si finalement on veut faire appel à moi pour demander cette justice que l’on doit à l’ensemble de la population, quel que soit son niveau social, alors je serait prêt à apporter ma modeste contribution.
Entretien : Edith Poulbassia
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