Le sens des responsabilités
10 juin, parNote de la Rédaction au sujet d’une tribune intitulée « Nommer le privilège zorey pour construire l’égalité à La Réunion »
23 octobre 2007

C’est un slogan qui ne fait pas encore l’unanimité dans les faits. Les Réunionnais ne gardent plus les mêmes relations avec leurs anciens, comme c’était encore le cas il y a à peine quelques décennies. Il reste encore beaucoup à faire pour que les choses changent, pour que le lien intergénérationnel se crée de nouveau.
La Semaine Bleue est quasiment passée inaperçue. Pourtant, bien des actions se sont déroulées pour que jeunes et gramounes se rencontrent, échangent. Certains l’ont célébrée, il est vrai, dans un cadre plus privé. Ceux-là sont peut-être les rares personnes à accorder de la valeur à leurs aïeux. Le Conseil général a certes motivé ses personnels pour faire la fête avec les gramounes, dans un esprit de partage. Mais il est bien rare de voir des jeunes se mobiliser, sans contrepartie, pour les plus vieux. Tenez ! pour célébrer sa troisième jeunesse, la Résidence Les Pétales du Foyer Albert Barbot avait convié un groupe connu pour sa journée récréative. La configuration du spectacle se devait d’être fort plaisante, avec un repas lontan. Le groupe, soi-disant apprécié pour sa recherche des traditions lontan, aurait souhaité être payé pour sa performance, alors qu’il ne s’agissait que d’une invitation à la découverte de l’autre. Bref, les organisateurs ont donc fait appel à deux autres groupes, de jeunes encore, mais cette fois moins mercantiles, plus favorables au partage, à l’échange. Ainsi, quelques musiciens du groupe Andémya et quelques-uns de la formation Jala se sont retrouvés pour un bœuf avec les gramounes eux-mêmes. La formation originale, que l’on aurait pu appeler Jalandémya d’ailleurs, emmenée par Gilles Lauret, s’est donc lancée dans la partition. Séga lontan, maloya rock, maloya la kour, romances d’une autre époque ont été joués pour les gramounes. Cela se déroulait autour d’un bon repas traditionnel. Les gramounes ont même taquiné le micro. Cela, sans monnayer finances, ni indemnités. C’est ça l’esprit de partage.
Question de repères
Le meilleur dans cette aventure, c’est la parole des anciens, qui résonne comme des leçons pour plus tard. La vie d’autrefois était certes dure, mais les souvenirs sont nostalgiques. « Mi sanzré bien mon vi mintnan kont sat moin la pasé avan. Lontan, la vi té sinp, san konplikasion. Astèr, demoun i mor èk traka, bann zèn la po pèrd shemin, i vol, i tap, i viol, i tié », me confie une dame de la résidence. L’écoutant, j’essaie de deviner cette vie que l’on disait misérable. « La Rénion navé poin loto konm zordi. Inn foi le tan, n’i voiyé inn. Sinon, nou té marsh a pié. Nou té travay la tèr, dann kann, dann bitasion. Madam navé zot ran. Téi marsh pa le zonbri déor, la kilot déor, le tété déor. Demoun navé inn rézon, té gingn konport azot. Zordi, ti fiy la pokor sevré i marsh èk zinnzan, i sar bal la nuit. Avan, mounoir, navé le moman té vèy, sinonsa le gran frèr », poursuit-elle. Les choses ont en effet bien changé. Nous pouvons nous dire ces histoires, nous les connaissons, racontées tant de fois, rabâchées encore et encore. La jeunesse réunionnaise a pourtant besoin de quelques repères. Et puis, discuter avec ces gramounes nous dispense un certain recul, sur notre histoire, sur notre condition de vie. Mais saurons-nous faire ce pas ?
Animer leur quotidien
Que faire pour nos gramounes ? Juste les faire sortir de leur kaz, de leur chambre à l’hospice ? Juste discuter ? Taper la belote ? Jouer au domino ? Chacun peut s’investir, donner un peu de temps à celles et ceux qui nous ont donné vie, à celles et ceux qui ont fait La Réunion. Saurions-nous animer le quotidien des personnes âgées ? Certains veulent seulement les faire travailler, pour augmenter leur maigre pension. Non, parlons de voyage pour ceux qui n’ont jamais quitté l’île, ou de visites de musée, de pique-nique, de bal populaire comme il y en avait autrefois un peu partout dans l’île. Ce sont là quelques doléances recueillies auprès de quelques-uns d’entre eux. D’autres regrettent qu’il n’y ait qu’une Semaine Bleue par an. Il faudrait davantage de jours dédiés à notre troisième jeunesse, en tout cas beaucoup plus d’animations réunissant jeunes et vieux. Les écoles montent quelques fois des projets basés sur la relation intergénérationnelle, mais ils sont malheureusement ponctuels, voire dilués en termes d’efficacité. Mais bon, chaque geste compte. Alors, que ferez-vous pour nos gramounes avant la fin de l’année ?
Bbj
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