Le sens des responsabilités
10 juin, parNote de la Rédaction au sujet d’une tribune intitulée « Nommer le privilège zorey pour construire l’égalité à La Réunion »
Billet philosophique
22 avril 2011

Vendredi dernier, lors de la soirée organisée à Saint-Paul dans le cadre de la célébration de ’2011, l’Année d’Élie, un combattant réunionnais de la liberté’, la conteuse et militante culturelle Ketty Lisador a lu un texte intitulé ’La résistance’, qu’elle a rédigé avec l’écrivain et poète Armel Bataille. Ce texte propose notamment quelques réflexions sur le sens que nous pouvons donner aujourd’hui aux actions menées dans toute l’île pour rendre hommage à nos ancêtres qui ont résisté à toutes les formes d’oppressions et d’injustices sous l’esclavage, l’engagisme et la colonisation. En voici de larges extraits. C’est le ’billet philo’ de cette semaine, avec des inter-titres de ’Témoignages’ et cette question : kosa nou fé pou suiv lékzanp Élie èk son bann dalon ke la batayé pou la libèrté ?
La résistance, nous pouvons la voir surtout comme cette petite lueur rouge qui brille dans les ténèbres égoïstes de chacun d’entre nous. La résistance c’est d’abord cela : cette lueur, cette chaleur que Stéphane Hessel appelle la capacité à s’indigner. Parce que c’est d’abord la capacité à s’indigner qui par échauffement provoque la volonté d’engagement. (…)
Mais pour que nous soyons en mesure de résister, savoir ce qu’est la résistance ne suffit pas. Il nous faut savoir ce que nous sommes ; il nous faut également savoir ce que nous défendons ; et avoir une vision claire des obstacles et des freins que nous trouvons sur notre chemin. (…)
Héritiers des marronneurs…
Nous sommes les héritiers des marronneurs, ceux-là mêmes qui, selon l’expression de la philosophe réunionnaise Aude-Emmanuelle Hoareau, « passent de l’état de dépendance physique et morale à l’égard d’un tiers, à une autonomie radicale ». Nous sommes ceux-là, nous héritons de ce courage qui permet de « quitter l’habitude, s’arracher au rythme du quotidien et de l’ordre établi » (…).
Ce courage, cette démarche constituent une part importante de notre conception et de notre mémoire de la résistance. Nous sommes les héritiers de ceux qui ont résisté à l’ordre établi, en se réfugiant dans les Hauts, pour répéter les gestes des ancêtres, pour construire une vie, un avenir en perpétuant la mémoire.
… et des résistants de 1940
Nous sommes aussi les héritiers des résistants de 1940, qui luttaient contre le nazisme et voulaient construire un monde préservé de tout totalitarisme et des dangers de la tempête du progrès.
Nous sommes donc les héritiers de ces résistants de la Seconde Guerre mondiale. De ceux qui, après la défaite, un drame atroce, voulaient construire un monde où « l’intérêt général primerait sur l’intérêt particulier, un monde où le juste partage des richesses créé par le monde du travail primerait sur le pouvoir de l’argent ».
Stéphane Hessel, dans son texte intitulé "Indignez-vous", nous rappelle la société que voulaient construire les résistants. Le programme qu’ils avaient mis au point, au sein du Conseil National de la Résistance. Il nous dit que les véritables héritiers de ce Conseil ne sauraient cautionner cette société des sans-papiers, cette société des expulsions, des soupçons à l’égard des immigrés. Qu’ils doivent refuser que l’on remette en cause les retraites, les acquis de la Sécurité sociale. (…)
Le meilleur engrais
Ce ne sont pas les obstacles, les divisions, le mépris ou la brutalité des grandes féodalités économiques et financières, ni même les agissements des nostalgiques de l’ordre colonial, qui sont un empêchement à notre indignation, à notre résistance. Au contraire, c’est le meilleur engrais que l’on puisse trouver pour nos récoltes et nos champs de fleurs à venir.
C’est à chacun de réveiller notre grandeur qui a trop dormi. C’est à nous tous, c’est à chacun d’aller chercher la capacité d’indignation, le courage de contester. (…)
Du résistant…
au révolutionnaire
C’est dans le confort que l’on tente aujourd’hui d’étouffer toutes ces choses. C’est dans le confort ou dans l’aspiration au confort, qu’on ligote les bras de la résistance, qu’on dorlote l’égoïsme, qu’on fait ronronner les habitudes. (…)
Nous devons nous récrier devant cela, nous devons nous indigner, nous devons affirmer : non ! Il n’y a pas de résistance confortable. (…) Ne pas être prisonniers du confort, c’est la garantie de notre indépendance. Nous résistons toutes les fois où nous acceptons d’abandonner les câlineries amollissantes du confort matériel, ou les mots doux et sécurisants du confort intellectuel ou moral. (…) Nous évitons alors d’emprunter ces chemins où le confort se confond avec le conformisme.
Plus d’indignation, de la vigilance et de la volonté d’engagement. De cela, il naîtra de la résistance et de la solidarité, auxquelles nous ajouterons une fidélité et un attachement indéfectibles à notre héritage pour laisser le résistant en nous devenir ce que le Che appelait : le sommet de l’évolution humaine, le révolutionnaire.
(*) Merci d’envoyer vos critiques, remarques et contributions afin que nous philosophions ensemble… ! [email protected]
Note de la Rédaction au sujet d’une tribune intitulée « Nommer le privilège zorey pour construire l’égalité à La Réunion »
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