L’angélitude ?

26 avril 2008

Un grand hommage bien mérité de la République, des gens des îles et des lettrés a été rendu unanime à Aimé Césaire, chantre de la départementalisation en Outre-mer (il n’a pas demandé l’autonomie interne).
Aimé Césaire fut avec Léopold Sédar Senghor les portes-drapeau du mouvement de la négritude, en opposition au système colonial. Les deux compagnons (et ami de Georges Pompidou) furent profondément francophones. Rappelons-nous lorsque Léopold Sédar Senghor, alors Ministre de la République Française (IVe République), avant l’indépendance du Sénégal, fut interdit d’accès dans un hôtel de New-York pour cause de... couleur alors qu’il représentait la délégation française (la ségrégation raciale existait alors aux Etats-Unis et l’apartheid était de rigueur en Afrique du Sud).
Aujourd’hui, une nouvelle tendance idéologique nous draine vers la “créolitude”. Que d’étapes faut-il pour que tout simplement nous acceptions le principe humaniste, qui est de mettre l’Homme au centre de son destin. Comme nous le rappelle le romancier Barjavel dans son roman “La faim du tigre”, chaque règne semble se “substancer” plus ou moins de l’autre pour s’élever vers plus de grandeur... jusqu’au terme de l’ange. Aussi, la question du futur (ou actuelle ?) ne serait-elle pas celle de “l’angélitude” ? Les anges n’ont-ils pas aussi besoin de nous, tout comme nous avons besoin d’eux ? Tous les enfants du monde ne sont-ils pas dans la mesure où nous les rencontrons sur notre chemin nos enfants ?
Les évangiles dont s’inspirait le pasteur Martin Luther King ne prônent-elles pas, depuis deux mille ans, notamment dans Saint-Jean, cette réalité de l’Homme dont l’épicentre est l’Amour ?
La réalité d’Aimé Césaire, brillante et audacieuse, s’inscrit dans le 20ème siècle. Les données sociales et politiques sont aujourd’hui différentes, la vision réunionnaise de “créolie” qui fut murmurée dans “Rivages d’alizés”, puis sublimée dans « Cœur brûlant » par Gilbert Aubry ou celle de “Lady Sterne” et “L’arche du Comte d’Orphée” de Boris Gamaleya ne sont-elles pas, elles aussi, inspirantes ? Et les pouvoirs actuels, qui cherchent les références ailleurs, ont tort de ne pas voir qu’ici il existe aussi les conditions d’un envol pas toujours bien acceptées ou tout simplement pas encore comprises à leur juste mesure.

Christian Vittori


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