Éclairage sur la lutte des Antillais par Michel Branchi, économiste martiniquais

« L’économie de nos îles est dominée par huit familles de Békés »

16 février 2009

Michel Branchi est économiste, dirigeant du Parti communiste martiniquais, ex-commissaire de la Concurrence et de la Consommation. Il revient sur la flambée des prix et sur l’opacité qui entoure leur fixation, à l’origine de la colère à la Guadeloupe et à la Martinique. Il répond aux questions de notre consœur Rosa Moussaoui dans un article paru dans ’l’Humanité’ que nous reproduisons ci-après.

Pour quelles raisons la vie est-elle si chère aux Antilles et à la Guyane ?
— L’expression “vie chère” est utilisée ici de longue date. Dès les années 50, les fonctionnaires de l’État, après la départementalisation, se sont battus pour obtenir une prime dite de « vie chère » de 40%, toujours en vigueur aujourd’hui. Historiquement, les Antillais ont toujours été très sensibles à la différence de prix avec la France.
Il existe des raisons objectives à cette situation, liées à la dépendance coloniale. Depuis l’époque de l’esclavage, la plupart des denrées sont importées de France. L’alimentation de base, les salaisons, la farine, surnommée « farine-France », tout cela venait de France.
Dans une telle architecture économique, qui prévaut encore aujourd’hui, le différentiel de prix est justifié par les importateurs par le coût du transport. Qu’il y ait une différence de prix entre un produit fabriqué en France, vendu en France, et un produit vendu ici, ce n’est pas surprenant. Reste à savoir si cette différence de prix est justifiée par le surcoût engendré par l’éloignement. On peut assurément répondre « non ». L’écart atteint aujourd’hui des niveaux sans rapport avec le coût du transport et vient surtout grossir les profits des importateurs et des distributeurs.

Les grévistes dénoncent le rôle de « monopoles » et la mainmise d’une « minorité » sur l’économie de ces îles...
— L’économie de la Martinique et de la Guadeloupe est dominée par huit familles qui détiennent, par exemple, les grandes surfaces. Ce secteur est extrêmement concentré. La concurrence n’est pas inexistante, mais elle est très faible. On ne se fait pas la guerre, on est entre soi. Il y a des raisons historiques, culturelles et patrimoniales à ces comportements : ceux qui détiennent le monopole du commerce sont les Békés, descendants des colons esclavagistes.
Ces monopoles ont les mains d’autant plus libres que la dimension du pays leur assure un marché fermé, avec des consommateurs captifs. Plus généralement, la théorie libérale qui a conduit à la libération des prix, renvoyant leur régulation à la « main invisible » de la concurrence, a causé des dégâts épouvantables. Cette absence de règles a considérablement aggravé le différentiel de prix avec la France. L’État libéral est devenu impuissant. Il a renoncé à ses obligations. Il ne se donne même plus la peine d’étudier la structure des prix, de faire des relevés, de se pencher sur les facteurs à l’origine de la vie chère. Les administrations d’État chargées des ces tâches ont été progressivement démantelées, privées de moyens. Il n’y a plus ni évaluation, ni contrôle. Les distributeurs font ce qu’ils veulent, libres d’agir dans l’opacité la plus totale.

Ces groupes économiques pratiquent, par ailleurs, des politiques salariales très restrictives. Le blocage des salaires a-t-il attisé la crise sociale qui éclate aujourd’hui au grand jour ?
— Absolument. La Martinique et la Guadeloupe sont des pays de bas salaires. En 2005, les salaires étaient en moyenne de 12% moins élevés que ceux pratiqués en France hexagonale. Une étude récemment publiée par la revue “Business news” montre surtout que le niveau des salaires demeure le même tout au long d’une carrière. On peut commencer sa vie professionnelle au SMIC et la finir au SMIC. (…)

Entretien réalisé par Rosa Moussaoui

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Messages

  • M. BRANCHI, qualifié ici "d’économiste" martiniquais, se contente de répéter un des clichés complètement faux qui faussent le débat en tentant de faire des békés les boucs émissaires du mécontentement général.

    Il existe à la Martinique 8 hypermarchés :
    CARREFOUR Dillon (*)
    CARREFOUR Génipa (*)
    CARREFOUR Place d’Armes
    CORA Cluny
    GEANT Batelière
    GEANT Robert
    HYPER U Galléria
    HYPER U Rond-Point

    Seuls 2 d’entre eux (*), soit 25% en nombre et 13% en terme de chiffre d’affaires, appartiennent à une famille békée, le Groupe Bernard Hayot ; les autres hypers sont la propriété d’autres groupes Antillais dits "de couleur" (Ho-Hio-Hen, Lancry, Parfait) et d’un groupe métropolitain (Cora). Cette position minoritaire sur un marché aussi concurrentiel peut-elle permettre aux békés d’être tenus pour seuls responsables de la formation des prix ? Cela est peu crédible ! Si les CARREFOUR du Groupe Hayot pratiquaient des prix élevés, ils auraient disparu depuis longtemps !

    • le groupe hayot fait 1,6 milliard d’euros de chiffre d’affaire pour un pib de 7 milliards....
      plus de 20% du pib pour une même famille, ça laisse rêveur....


Témoignages - 82e année


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