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L’ère du faux

Point de vue

Ça a l’air vrai. Mais ça en a l’air seulement. Vous avez tout faux : ce n’est pas du vrai ! Pas vrai ? C’est du toc. De l’à peu près. Ça y ressemble. Osons le mot : c’est du faux ! N’est-ce pas ?
Nous vivons à l’ère du faux. On copie, on imite, on contrefait, on falsifie. Bref, on fabrique des faux.
Nous, Réunionnais, avons appris à nous passer des vrais produits. Trop chers ! Inabordables pour notre porte-monnaie. Coméla, i gaigne pu empare à ou, ek la crise !
Quand c’est vraiment vrai ou quand on voudra vous convaincre que ce n’est pas faux, on vous dira : “C’est d’origine ! C’est pays, çà !”. Et vous paierez au prix fort. “Moins qu’ça, i gaigne pu, coméla !”.
Tout cela engendre bien souvent la tentation. Tentation du vrai ou tentation du faux ? Il n’est plus rare qu’il y a tromperie sur la marchandise. Parfois, c’est signalé que vous n’avez pas affaire à du vrai (il existe encore des honnêtes gens, des vrais !). Mais on vous sortira que ce n’est pas du faux, que c’est du pareil au même et… en moins cher.
Ainsi des médicaments. Moi qui dois en avaler une tonne chaque jour pour me maintenir en vie, je sais de quoi je parle. Et c’est vrai, vraiment vrai !
Nous avons appris à nous contenter de ce qu’ils appellent « les génériques ». Un terme nouveau, qui sonne faux, que même les plus illettrés ont appris à connaître et vous en donneront la vraie définition. Grâce au sempiternel « trou d’la Sécu ». Votre pharmacien vous convaincra que « c’est la même chose », en beaucoup moins cher. Il reste néanmoins des irréductibles pour refuser de le croire : si c’est moins cher, pourquoi continuent-ils à fabriquer ce qui est plus cher ? Et de douter de l’efficacité du moins cher, qu’ils considèrent comme au rabais, comme… des faux. « Lé pas vrai, ça ! A cause n’avait point avant ? Zot i croient créoles lé couillons ?… ».
Justement, à propos des médicaments. J’ai entendu dire que Jacques Chirac, notre ancien Président de la République, se lance à l’assaut du trafic de faux médicaments : en visite à Cotonou (Bénin), où il a vu les dégâts causés par les médicaments falsifiés, il demande aux dirigeants politiques du monde entier de se mobiliser contre ces faux médicaments. Oui, un médicament sur dix est un faux. Voire un sur trois ou sur deux dans certaines spécialités. Sans ces faux médicaments, 200.000 vies au moins pourraient être sauvées chaque année. Jusqu’à 70% des anti-paludiques consommés en Afrique sont des faux médicaments.
Mais le marché est florissant (10% du secteur pharmaceutique mondial) au point où il est en train de dépasser le trafic de drogue. Même si ces faux médicaments contiennent des substances toxiques. Rappelons-nous, l’an dernier, au Nigeria, une centaine de bébés sont morts après avoir absorbé du faux sirop de paracétamol.
La lutte dont parle Jacques Chirac passe par le contrôle de la qualité des médicaments et les sanctions contre les producteurs et les distributeurs. Et quand on sait que les organisations mafieuses contrôlent production et distribution, c’est dire que la lutte anti-contrefaçon est vouée d’avance à l’échec. Ça relève de la grande délinquance ! Et pourtant, où sont fabriqués ces faux médicaments ? Dans n’importe quel pays, c’est possible. Pas trop loin de chez nous, en Inde, en Chine. Et ça passe certainement par chez nous, vrai de vrai !

Marc Kichenapanaïdou




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