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Dans "La Grande Invasion", Stéphane Horel alerte l’opinion et les pouvoirs publics
10 février 2012
Dans son documentaire diffusé fin janvier sur la chaîne télévisée Public Sénat, la journaliste Stéphane Horel sonne l’alarme sur les dégâts des produits chimiques qui envahissent et tuent notre environnement. Ce film, intitulé "La grande invasion", démontre comment les substances chimiques — plus de cent mille ont été mises au point au cours du 20ème siècle — ont envahi notre environnement, mais imprègnent aussi notre corps. Voici un entretien avec la réalisatrice publié par la revue "Télérama" en juillet dernier pour alerter les citoyens et les détenteurs de pouvoir sur la gravité de cette invasion.

Avec "La Grande Invasion", Stéphane Horel s’en prend aux substances chimiques qui ont envahi notre environnement et menacent la survie de l’humanité.
Le danger des perturbateurs endocriniens est-il aujourd’hui une certitude ?
En quatre ans, la recherche a beaucoup avancé. Quand, en 2007, j’ai écrit mon bouquin ("La Grande Invasion", parue aux éditions du Moment - NDLR), on parlait peu du bisphénol. Il y avait même tout un débat sur les effets des faibles doses. Quand je m’y suis remise en 2009, pour le documentaire, la toxicologue américaine Linda Birnbaum avait été nommée directrice du prestigieux National Institute for Environmental Health Sciences, aux États-Unis. En affirmant l’existence d’effets à faibles doses, elle validait ipso facto la question des perturbateurs endocriniens.
Des mesures sanitaires ont récemment été prises, comme l’interdiction des biberons en polycarbonate et des tickets de caisse contenant du bisphénol…
C’est une bonne chose, mais cela reste symbolique. On en oublie tous les autres objets, dans lesquels le bisphénol est également présent, comme dans les ordinateurs, l’électroménager, le matériel médical, les canettes, les colles… Pour supporter toute la documentation qui s’accumule chez moi, j’ai eu besoin de nouvelles étagères. Faute de trouver à un prix abordable des meubles en bois brut, sans traitement d’aucune sorte, il m’a fallu les fabriquer moi-même.
La chasse aux perturbateurs endocriniens peut-elle ainsi relever d’initiatives individuelles ?
Je ne le crois pas. On peut évidemment manger bio — à condition d’en avoir les moyens — et se garder d’utiliser des cosmétiques classiques, surtout lorsque l’on est enceinte. Mais ça ne suffit pas. La problématique des perturbateurs endocriniens est globale ; elle remet en question notre façon de fabriquer les objets, de consommer, et rejoint celles du capitalisme et de la décroissance. Voilà pourquoi le politique, sur ces questions, doit reprendre ses droits. Sans réglementation sur la fabrication des substances les plus dangereuses, rien ne sera résolu. Les enjeux économiques sont trop énormes pour qu’on attende de l’industrie qu’elle s’autorégule. Il faudra la contraindre à financer la mise au point de substances de substitution.
Nos politiques s’en préoccupent-ils ?
(…) Il faut voir par qui sont conseillés les pouvoirs publics : un petit groupe d’ingénieurs qui ont des liens d’intérêts, voire des conflits d’intérêts, avec l’industrie. Les décisions sont souvent prises sur la base d’expertises biaisées, sans que prime la santé publique.
• Comment remédier à cet état de fait ?
En appliquant une idée du Formindep (association pour l’indépendance de l’information médicale - NDLR), consistant à fonder une école européenne de l’expertise indépendante. En quatre ou cinq ans, elle formerait une élite d’experts pour les produits chimiques, comme pour les médicaments, les ondes électromagnétiques et le nucléaire.
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