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14 janvier 2009
Qu’elle arrive aujourd’hui sans crier gare, alors qu’elle était prévisible depuis longtemps déjà : les chefs de gouvernement qui ont partie liée avec les grands groupes industriels et financiers l’ayant soigneusement dissimulée ; qu’elle survienne sans provoquer jusqu’ici de plus vives inquiétudes sauf chez ses premières victimes menacées de perdre leurs économies ou leur emploi ; qu’elle éclate enfin dans une indifférence quasi générale dans l’attente d’un miracle venu d’en haut et non du Ciel, capable de dégripper la machine destinée à faire du profit pour une minorité de privilégiés et au détriment de la grande masse de la population réduite à la gêne, à la pauvreté, à la misère et même à la famine en ce début du 21ème siècle, voilà de quoi nous interroger sur l’état actuel de l’opinion.
Serions-nous à ce point « englués, poissés par une sorte de visqueuse doctrine qui, insensiblement, enveloppe tout raisonnement rebelle, l’inhibe, le trouble, le paralyse et finit par l’étouffer », selon l’amer constat fait par Ignacio Ramonet dans “Le Monde diplomatique” du mois de janvier 1995 - il y a exactement quatorze ans ?
Cette doctrine pour lui a un nom : « la pensée unique » - mot utilisé à contresens par Nicolas Sarkozy au cours de sa campagne pour l’élection présidentielle et que Ramonet définit ainsi : « la traduction en termes idéologiques à prétention universelle des intérêts d’un ensemble de forces économiques, celles, en particulier, du capital international ».
Le discours, fondé sur le principe : « l’économie l’emporte sur le politique », a pour seul critère le marché, le marché financier dont la règle d’or est le libre-échange avec comme corollaires : la privatisation, la déréglementation, la délocalisation, la division internationale du travail, la corruption, l’escroquerie, la criminalité financière... Il est repris par la plupart des hommes politiques, de droite comme de gauche, et largement répercuté par les médias. Ce qui fait que tout le monde ou presque en est totalement imprégné et perd ainsi progressivement tout esprit critique.
A la question posée à Dominique Strauss-Kahn alors ministre socialiste de l’industrie : « Qu’est-ce qui va changer si la droite l’emporte ? », il avait répondu par avance en mars 1993 : « Rien. Leur politique économique ne sera pas très différente ».
Alain Minc, l’un des chantres du libéralisme, ira encore plus loin dans ses affirmations : « Le capitalisme ne peut s’effondrer, c’est l’état naturel de la société. La démocratie n’est pas l’état naturel. Le marché oui ». En un sens, il a raison : si l’Homme laisse faire et n’intervient pas, c’est la loi de la jungle qui reprend naturellement le dessus.
Georges Benne
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