Le sens des responsabilités
10 juin, parNote de la Rédaction au sujet d’une tribune intitulée « Nommer le privilège zorey pour construire l’égalité à La Réunion »
24 juillet 2008

« La culture est désormais un secteur d’activités fortement imbriqué dans l’évolution du capitalisme » déclarait une spécialiste, au vu de tendances mondiales. En France, l’approche économique de la culture émerge en 1981. A l’échelle régionale, il faudra attendre les années 1990 pour que la culture intègre les stratégies de développement de La Réunion. Près de 20 ans plus tard, peut-on réellement dire que la culture réunionnaise est une niche économique porteuse d’emplois et de richesses ?
La culture, précise le rapport du CCEE, a été tout d’abord dynamisée et impulsée par l’éducation populaire à La Réunion. L’Association réunionnaise d’éducation populaire (AREP) a sûrement joué un rôle, déjà dans les années 1970, si ce n’est avant, avec pour principe fondamental : la priorité à l’Homme, dans son environnement, avec sa culture. L’ascension sociale ne se conçoit que par l’épanouissement culturel et identitaire ? Le sujet sera longtemps politique, certains jugeant bon de restreindre la place de notre culture et de notre langue. Allez ! disons que la "pleine" reconnaissance de la culture réunionnaise arrivera avec le 21ème siècle. Beaucoup diront : on ne vit pas de la culture, on la pratique sans velléités économiques. Certes, la départementalisation, puis la décentralisation favoriseront l’émergence de structures, comme le Fonds régional d’art contemporain (FRAC), le Centre national de région (CNR), ou encore l’Office départemental de la Culture (ODC). Aujourd’hui, notre île peut présenter un panel de lieux, d’actions de formation, d’aides financières directes à destination des professionnels et des amateurs. Nous accueillons plusieurs festivals aussi. Bref ! On ne peut pas nier qu’il existe un secteur dynamique d’activités culturelles, sûrement davantage public que privé ? D’ailleurs, à qui profite la culture réunionnaise ?
A qui profite la culture
Le dynamisme culturel est réel ici. Chaque semaine, chaque jour, notre agenda culturel témoigne de la production culturelle réunionnaise. Outre l’insularité, notre secteur culturel peut même se féliciter de se porter plutôt bien. Les acteurs privés, sûrement les plus chanceux, sinon les plus commerciaux, reconnaissent que leur activité y est plus facile que dans bon nombre de régions françaises. Il est vrai que nos artistes, au moins les plus connus, sont de plus en plus visibles, mais survivent grâce aux commandes publiques. Que dire des plasticiens ? Le rapport relève que le 1% est en panne. D’autres préfèrent pointer du doigt les quelques têtes couronnées, qui décrochent toujours la précieuse dotation. Il ne fait pas bon être jeune artiste à la Réunion. D’ailleurs, qui serait assez fou pour s’engager tête baissée dans un secteur qui paie rarement ? « Vien aou tèl jour, nana in kabar tèl plas. Na poin larjan, mé n’a amizé ». C’est une phrase que l’artiste musicien entend presque tous les jours. Pourtant, même si la qualité artistique est souvent discutable, on ne peut nier la production réunionnaise variée. Les maisons de disques écoulent leur édition. Mais au sortir de la chaîne de production et de diffusion, à quel niveau se place la rétribution du travail majeur de l’artiste ? La culture est un secteur économique. Peut-être que ce secteur ne profite qu’à un petit nombre. Imaginez maintenant la situation du poète réunionnais. « La poésie créole ne se vend pas » me confiait un jour un éditeur réunionnais alors installé à Marseille. Ah bon, la poésie créole est gratuite, et le fonnkézèr altruiste ? il faut dire que l’artiste tient parfois des propos qui flirtent l’incohérence. Il ne veut pas produire du commercial, mais espère vivre de son art. Alors, soyez au moins francs : demandez l’augmentation des cachets, et salaires divers. Yvan Hoarau a raison : il faut aussi prendre en compte le salaire. Les programmateurs en ont-ils seulement conscience ?
Bbj
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