« La France a les moyens et le devoir d’accroître son aide au développement aux pays de la zone »

1er avril 2008

Les Etats-Unis construisent un mur de 3.000 km sur leur frontière avec le Mexique, les Israéliens font de même avec la Bande de Gaza. Verra-t-on bientôt un “mur du littoral” pour isoler Mayotte d’Anjouan ?
(...)
Mayotte se vit aujourd’hui comme une citadelle assiégée qui doit se défendre des envahisseurs comoriens. Et quels envahisseurs ! Débarquant de leurs kwassa-kwassa - quand ils y arrivent - après des poursuites parfois meurtrières de la PAF, les Anjouanais sont la “population invisible” de Mayotte, celle qui se cache, celle qui voit ses cases de fortune brûlées par des “tontons macoutes” sous l’œil complice des forces de l’ordre, celle qui est surexploitée dans la production agricole, le BTP, les emplois de service (Ah ! La nénène anjouannaise payée 2 euros de l’heure !).
(...)
En lieu et place d’une aide au développement toujours squelettique, toujours bien inférieure aux 0,7% du PIB promis depuis des lustres et sans arrêt repoussée (de 2012 à 2015 une nouvelle fois) qui permettrait de réduire l’écart de niveau de vie, par exemple entre Mayotte et les îles comoriennes, la France préfère laisser des pays entiers s’enfoncer dans la misère et refouler leurs ressortissants au mépris du respect de toute dignité humaine. Les récentes déclarations de Christian Estrosi remettant la question le droit du sol, pour la seule île de Mayotte, en sont une évidente illustration.
Le résultat est la création d’une chaîne sans fin de haine et de racisme : le Réunionnais vit une situation de dominé, mais se venge sur le Mahorais, qui lui-même s’en prend à l’Anjouannais.
(...)
Bien entendu, il convient de livrer Bacar à la justice de son pays, bien entendu, il faut écouter les Mahorais lorsqu’ils réclament l’égalité de leurs droits, pour autant, ceci ne constitue pas une politique globale et équilibrée.
Celle-ci devrait prendre en compte le fait que Mahorais et Réunionnais, nous vivons dans l’Océan Indien. Qu’il est absurde de faire comme si nos voisins n’existaient pas, qu’il est criminel de susciter ici ou là des révolutions de palais, de soutenir tel ou tel dictateur corrompu.
Il faut rappeler que la France porte une responsabilité particulière dans notre région qu’elle a dominée et colonisée pendant trois siècles. Qu’elle a les moyens et le devoir d’accroître son aide au développement aux pays de la zone, de l’articuler avec le développement de “ses possessions”.
Faute de quoi, nous vivrons tous bientôt entourés de barrières, nous aurons perdu notre mémoire, notre passé, notre simple humanité.

Philippe Azema (MARON)


Signaler un contenu

Un message, un commentaire ?


Témoignages - 82e année


+ Lus