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Un hommage à tous ceux qui écrivent l’Histoire
5 janvier 2010
Au fondement de la Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise (MCUR) est l’idée d’édifier un lieu dédié à la mémoire de ceux dont ceux qui écrivent l’histoire ne retiennent pas le nom : esclaves, engagés, mais aussi ouvriers, planteurs…tous ceux que leur appartenance au monde du travail exclut de la notion classique de « patrimoine ».

Lorsque dans quelques décennies, un Réunionnais voudra savoir qui a construit la Route des Tamarins, il pourra connaître le visage et le nom de tous les ouvriers de ce grand chantier.
L’aptitude des Réunionnais à faire tenir ensemble dans une culture originale des éléments rapportés de toutes les civilisations est reconnue dans le monde entier. Pourtant, le métissage des hommes, de leurs pratiques et la création de leur vivre-ensemble n’est pas allé de soi. Il s’est construit sur les différents lieux de travail, qui parfois devenaient lieux de luttes, qui sont les véritables creusets de l’identité réunionnaise.
La M.C.U.R a pour ambition de mettre en lumière cette part décisive de l’héritage des Réunionnais.
Retrouver le patrimoine social
En effet, la notion de patrimoine est marquée par le préjugé social d’une supériorité esthétique des lieux de vie et des pratiques sociales des dominants ; Ainsi, les "Journées du patrimoine" à La Réunion sont en général consacrées à la visite des édifices coloniaux - dans lesquels vivent bien souvent des hauts fonctionnaires. De manière générale, ce sont ces édifices et ces œuvres d’art qui incarnent la part visible du patrimoine réunionnais.
C’est à cette révocation dans le fénoir de tout ce que l’ordre social considère comme indigne de considération et d’intérêt que la MCUR veut mettre un terme.
Le travail industriel, le monde de la canne et l’agriculture, les luttes sociales des ouvriers et des planteurs constituent une grande part du territoire encore inconnu qu’explorera la Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise. De même, les grands travaux au cours desquels s’est forgé le vivre-ensemble des Réunionnais trouveront eux aussi la place que néglige trop souvent une histoire consacrée aux évènements qui mettent en scène les puissants.
Lutter contre le racisme… social
Les ennemis du projet ne se privent d’ailleurs pas de se moquer des instruments de la vie quotidienne que les responsables de cette initiative ont intégré à leurs collections. N’a-t-on pas entendu des Couapel-Sauret et des Mazel parler avec mépris des « bertels », ou un Virapoullé railler les « ferrailles » ?
Comme il existe un racisme fondé sur les appartenances ethniques, il existe un racisme social. Et comment ne pas voir transparaître, au travers des insultes qui pleuvent sur ce lieu de mémoire, le mépris envers le monde social, le monde des travailleurs, leur vie quotidienne et leurs luttes ? Ce racisme social s’ajoute aux préjugés ethniques et culturels qui n’apparaissent que que trop clairement dans les prises de position des opposants les plus extrémistes au projet.
Geoffroy Géraud
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