Un vestige de la société esclavagiste est en train de tomber
11 juin, parCourrier des lecteurs
Billet philosophique
3 juillet 2009, par

Sous le titre "Mobilisation pour la philo", un groupe d’enseignants du second degré et d’universitaires ont publié en France un appel pour alerter l’opinion et les décideurs sur les graves menaces qui pèsent sur l’enseignement de la philosophie dans la République. (1) Dix jours plus tard, l’un de ces enseignants, le Martiniquais Guillaume Pigeard de Gurbert, professeur de philosophie en terminale et en première supérieure au lycée de Bellevue à Fort-de-France, a publié dans le même journal une "tribune libre" sur le même sujet, où il dénonce longuement ce qu’il appelle « un assassinat invisible et sans violence ». (2)
Dans le cadre de cette chronique du vendredi, nous publions ci-après de larges extraits de ces deux textes car ils vont dans le même sens que le combat mené ici par le Cercle Philosophique Réunionnais, présidé par le sociologue Laurent Médéa. Depuis sa fondation en 2007, cette association souhaite que l’enseignement de la philosophie soit renforcé à La Réunion. À cette fin, elle demande notamment que la Faculté des Lettres à l’Université de La Réunion soit dotée d’un Institut des Sciences Humaines, avec des départements Philosophie, Sociologie, Psychologie, Sciences Politiques… Elle milite également pour faire promouvoir l’enseignement philosophique dès l’école primaire.
Apprendre à penser par soi-même, à analyser une situation, à cultiver son esprit critique, à dialoguer avec les autres pour changer ensemble la société n’est-ce pas une contribution essentielle au combat pour un développement durable ? Voilà pourquoi, manifestement, la philosophie dérange…
R. O.
« Mobilisation pour la philo »
« La situation actuelle de l’enseignement de la philosophie en France est incertaine et préoccupante. La chute libre du nombre de postes mis aux concours d’enseignement ces trois dernières années, en rendant improbable l’accès aux carrières de professeur, a découragé nombre d’étudiants des facultés de philosophie, qui se tournent, dès qu’ils le peuvent, vers d’autres débouchés. Quant aux lauréats, ils deviennent, pour une durée indéterminée, des professeurs sans poste fixe, à la disposition des rectorats.
Autre source d’inquiétude : la réforme des lycées, théoriquement suspendue, mais expérimentée l’année prochaine dans cent vingt-trois établissements. Cette réforme, dans le cas de la philosophie, risque de réduire considérablement le volume des enseignements, mais aussi d’introduire subrepticement une altération de l’esprit du programme des classes terminales. (…)
Enfin, la formation continue, qui, partout où elle existe, est jugée bénéfique, subit, elle aussi, des réductions budgétaires qui privent le plus grand nombre des professeurs de la possibilité de travailler et de progresser en commun. (…) Aussi nous paraît-il nécessaire et urgent de nous réunir, professeurs de l’enseignement secondaire et supérieur, afin de faire un véritable état des lieux, d’élaborer un plan pour l’enseignement de la philosophie, respectueux de son volume horaire, de son programme, de sa libre pratique, et d’œuvrer pour que le plus grand nombre d’élèves et d’étudiants y aient accès. (…) ».
« Un assassinat invisible et sans violence »
« La stratégie propre à la gouvernementalité néolibérale consiste à obtenir d’une population le comportement désiré, non pas en lui interdisant de faire, mais en lui faisant faire, tout en maintenant, au niveau de la propagande, l’ancienne idéologie libérale du laissez-faire. Tel est bien le ressort de la réforme actuelle qui semble se préparer concernant la place de la philosophie au lycée. (…)
Cette réforme revendique haut et fort une nouvelle liberté pour les élèves, celle de choisir de suivre ou non un enseignement philosophique lourd, en faisant d’une partie de celui-ci une option, alors qu’on cherche de cette façon à faire renoncer les élèves littéraires à la philosophie, avec ici aussi quelques économies à la clé. Sans parler des économies substantielles que permettrait le passage à un module de trois heures pour les élèves qui en ont actuellement quatre ou huit. (…)
Rien d’étonnant dans ces conditions à ce que la formation continue des professeurs eux-mêmes soit visée et revue à la baisse : (…) « Penserions-nous beaucoup, et penserions-nous bien, si nous ne pensions pas pour ainsi dire en commun avec d’autres, qui nous font part de leurs pensées et auxquels nous communiquons les nôtres ? » (Kant).
La formation continue des professeurs n’est rien de moins que cet espace public où ne cesse de se faire et de se refaire l’enseignement philosophique. En d’autres termes, c’est le garant de sa vitalité. En diminuant la formation continue, c’est bien à la vie de l’enseignement philosophique que l’on attente. (…)
Des dangers immédiats menacent la philosophie au lycée. Il y a cet assassinat invisible et sans violence de l’enseignement philosophique par la réduction du volume horaire des cours et de la formation.
(…) Ce qui a bel et bien commencé et qui produit d’ores et déjà ses effets désastreux, c’est la diminution drastique des postes aux concours de recrutement de professeurs. Quel meilleur moyen de réduire la place de la philosophie au lycée et dans les universités que d’en tarir la source même ?
Plus largement et au-delà de l’enseignement philosophique, c’est le sens de l’école qui est la cible du néolibéralisme actuel (…) ».
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(1) Voir "l’Humanité" du 8 juin 2009.
(2) Voir "l’Humanité" du 18 juin 2009.
Courrier des lecteurs
Mézami , néna par-la dë somenn in sèrtin prézidan zétazini la di dann in konféranss de press li lé dakor pou ashté bannzil chagos mé sa sé in (…)
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