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La xénophobie d’État : charters et… kwassa-kwassa

4 septembre 2010 Geoffroy GÉRAUD-LEGROS




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Cet après-midi, nous nous rassemblerons sur l’Esplanade des Droits de l’Homme, pour refuser "la politique du pilori" d’un gouvernement qui remplit des avions de Roms dans le but de détourner l’attention de sa politique de casse sociale et de flatter l’électorat de l’extrême-droite.

Face au spectacle des familles brutalement déplacées, de la surenchère xénophobe, des violences et de l’entassement d’êtres humains dans des camps installés à la hâte, nous sommes nombreux à avoir ressenti que la xénophobie d’État achevait de s’institutionnaliser… Et qu’il fallait réagir, pour qu’après être devenue banale, elle ne devienne pas normale. Pour cela, les rassemblements qui se tiendront aujourd’hui sur tout le territoire de la République française seront une sommation citoyenne. Ils exigeront, aussi, que le droit européen, si implacable lorsqu’il s’agit de garantir la libre circulation des capitaux et des marchandises, s’applique envers ces citoyens européens que sont les Roms.

À 10.000 kilomètres de distance, nous avons été choqués et émus par la souffrance d’hommes et de femmes, que la plupart d’entre nous ne connaissent pas et n’ont jamais vus. Mais comme l’opinion française, l’immense majorité des Réunionnais ignore qu’à quelques centaines de kilomètres de nos côtes, entre les îles de Mayotte et Anjouan, la xénophobie d’État, la brutalité envers les migrants sont devenues depuis longtemps une macabre routine qui, pour satisfaire aux exigences d’une législation absurde, prélève chaque année un lourd tribut en vies humaines.

Depuis l’instauration en 1995 du visa dit "Balladur", la liberté de circulation entre les populations des deux îles, liées par d’innombrables liens familiaux, a été rompue. Pour continuer à vivre, à commercer, à se marier, Anjouanais et Mahorais s’entassent dans de minuscules embarcations - les "kwassa-kwassa" -, pour franchir les 70 kilomètres de mer qui séparent les deux terres. Bien souvent, ces barques fragiles sombrent et leurs occupants disparaissent, noyés, dans le grand silence de la mer.

Ce silence, quand sera-t-il brisé ? Quand l’opinion saura-t-elle qu’avec 16.000 Anjouanais chassés chaque année, la moitié des expulsions pratiquées par la France a lieu entre Anjouan et Mayotte ? Quand verra-t-elle que le camp de rétention de Pamandzi est le pire de la République ? Que les détenus qu’on y jette ne disposent même pas d’un mètre carré chacun, que femmes et enfants y sont retenus pèle-mêle, sans hygiène ni soins ? Quand le monde saura-t-il que, depuis 1995, c’est par milliers que se comptent les noyés, victimes d’une xénophobie d’État qui, loin du regard des caméras et des journalistes, a eu toute liberté pour affûter ses mécanismes ?

G.G.-L.

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