Le sens des responsabilités
10 juin, parNote de la Rédaction au sujet d’une tribune intitulée « Nommer le privilège zorey pour construire l’égalité à La Réunion »
17 novembre 2006

Laurent, ce n’est sans doute pas tout à fait un hasard si tes parents t’ont donné le prénom du Saint Patron des Bibliothécaires et des Archivistes. Tu fus non seulement un élève brillant, mais l’amour de la littérature était devenue ta seconde nature. T’offrir un bon livre, c’était à coup sûr t’offrir un plaisir désir, nourrir tes pensées d’un parfum d’authentique suavité. Je rêvais pour toi que tu devins un professionnel de ce qui s’écrit en philosophie, y ajoutant contes et romans, avec des mots simples ou fantastiques, avec une passion du verbe qui était pour toi beaucoup plus importante que n’importe qu’elle herbe à rêver. Seulement voilà, ta vie fut entrecoupée de larges plages d’errances et de souffrances. Nous étions tous deux frères de la même vivacité et de la même fragilité mentale. Nous étions tous deux affectés d’une même sensibilité qui, folle, s’envole. Tes parents m’ont prêté des livres essentiels - dont tu leur avais conseillé la lecture - pour mieux comprendre notre maladie maniaco-dépressive qui ne devait qu’être un handicap aux armes du paradis.
Quel dommage que devoir aujourd’hui t’accompagner au monde des fleurs coupées, moi qui ferais des Chrysanthèmes un poème, des Lis un chant de pureté, des Glaïeuls l’éclat douloureux d’un deuil subi.
Terrible nouvelle qu’apprendre que la grande faucheuse nous a volé ta fiévreuse jeunesse, que le courant d’air des cimetières est venu éteindre la flamme lumineuse de ton souriant regard. Laurent, je n’aime pas les cendres de novembre que souffle un vent de démence. Nous sommes là tous à regretter que si vite se soit arrêté ton amour de la liberté. Un père ne pouvait que faire confiance à son enfant. Il ne pouvait que se réjouir d’avoir jusqu’à la dernière seconde œuvré pour le bonheur de son fils. Seule la mort est coupable du mystère inavouable qui, cette nuit du 10 novembre 2006, a tout fait basculer dans la douleur et l’absurdité.
Laurent était pour moi un fils, le fils de mes meilleurs amis, j’avais et garderais toujours une réelle tendresse, une profonde affection pour ce garçon, ami sincère et très proche de nos deux enfants, Christophe et Véronique. Comme Laurent, mon fils Christophe emprunte presque chaque jour la route pour se rendre à moto à son travail. Dire que je ne suis pas inquiet serait mentir. Je souhaite qu’une chose, c’est qu’il ne prenne aucun risque - même si le “risque zéro n’existe pas” -, qu’il ne cède pas à la griserie de la vitesse, qu’il pense constamment que le bitume est une folle enclume qui ne pardonne pas l’écume de la précipitation, de l’imprudence, de l’inattendu aux yeux fourchus.
Mireille, bonne mère, ton fils était un peu le chemin de croix de diverses difficultés. Je sais combien tu l’aimais au point que tu portais dans ton corps et ton âme les flammes de ses souffrances, de sa difficulté de vivre en totale sérénité. Mireille, j’ai beaucoup d’affection pour toi, d’ailleurs tu le sais. René ne peut en être jaloux, parce que j’ai pour vous deux une grande ferveur, des élans que seule peut exprimer une solide amitié et une réelle fraternité.
Cécile ma fille, Laurent était pour toi ton dieu. Tu perds ton seul frère, un aîné qui t’était très cher. Nous sommes tous là pour te dire que nous sommes très fiers de savoir que tu assistes constamment l’existence de nouvelles vies qui, en leurs premiers cris, ouvrent les portes du paradis.
Anne-Marie me disait que Laurent considérait avec un grand élan d’humanité Ania comme sa “petite sœur de souffrance”. Ania a aussi rejoint le monde des anges. Laurent et Ania continuent et continueront inlassablement à vivre dans nos esprits. Enfants de la Terre, ils ont rejoint la grâce du Ciel.
Puisse le miel adoucir nos lèvres et nos cœurs, comme un champ de fleurs écoute la lyre qui bénit de pleurs les lèvres de l’infini.
Roger
Lu sur Internet : « Torturé afin qu’il livre les archives et les biens de l’église dont il était le dépositaire, Laurent sera inhumé à proximité de la voie tiburtine. Les actes de Saint Laurent, Passion en grande partie légendaire, inspireront de nombreux artistes, poètes (Prudence) et prédicateurs. Ce texte nous apprend que l’archidiacre, sommé par Valérien de lui livrer les richesses en sa possession, reviendra trois jours plus tard entouré de pauvres et d’infirmes, les véritables trésors de l’église. Laurent convertira un soldat au cours de son martyr, qui sera aussitôt exécuté. L’épisode du gril, sur lequel Laurent aurait péri, est légendaire (sans doute de sources phrygiennes). Les exécutions ne prenaient jamais cette forme à cette époque ».
« Laurent sera souvent associé, en Orient, à Etienne et à Vincent de Saragosse, autre diacre espagnol. Le saint sera l’objet d’un culte exceptionnel dès l’époque de Constantin (église Saint-Laurent-hors-les murs à Rome). Philippe II, voulant célébrer sa victoire à Saint-Quentin (10 août 1557), consacrera au saint du jour le célèbre Escurial, à qui il donnera la forme d’un gril ».
« On représente parfois Laurent portant une croix sur l’épaule droite, l’Evangile dans la main gauche, et marchant vers le gril chauffé sur un brasier. Un calice plein de pièces d’or évoque sa générosité. Des bourreaux ou des démons attisent le feu avec des soufflets (chapiteau du cloître de Moissac, vitraux des cathédrales de Bourges et de Poitiers, tympan de la cathédrale de Gênes) ».
« Laurent est aujourd’hui le patron de pauvres, des cuisiniers, des bibliothécaires et des archivistes ».
Note de la Rédaction au sujet d’une tribune intitulée « Nommer le privilège zorey pour construire l’égalité à La Réunion »
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