Le sens des responsabilités
10 juin, parNote de la Rédaction au sujet d’une tribune intitulée « Nommer le privilège zorey pour construire l’égalité à La Réunion »
Au Théâtre les Bambous
6 septembre 2007, par

Tout commence par la découverte de ce texte de Bruno Testa, écrit en 1992 : “Le cadavre du Blanc”. Arlette Nourly, co-directrice de la compagnie Antre-Deux propose alors à Françoise Lepoix, de la compagnie Cinétique et à Robin Frédéric du Théâtre les Bambous de travailler à la mise en scène du récit. La première représentation a lieu samedi soir aux Bambous.
« Lentement, je me suis mis à trembler. Il y a des jours où je pouvais à peine supporter le regard des autres. Face à celui qui me parlait, je faisais des efforts désespérés pour ne pas sombrer, honteux de me voir prisonnier de son oeil ». C’est ainsi que commence “Le cadavre du Blanc”, texte écrit par Bruno Testa, bien connu pour ses billets quotidiens dans le “JIR”. Ce récit, il l’a écrit de retour de La Réunion en 1992. Que s’est-il passé sur l’île pour qu’un tel bouleversement se produise en l’auteur ?
Bruno Testa arrive à La Réunion en 1987, embauché en tant que journaliste au “Quotidien”. Il connaissait déjà l’île, mais de loin, grâce à son ami Alain Lorraine, écrivain, poète et journaliste réunionnais qui donnait des cours de journalisme à Paris et grâce aux rencontres qu’il avait pu faire avec le monde associatif en métropole. Mais avec la découverte physique de l’île, jamais il n’aurait imaginé vivre une telle expérience. « Je venais de traverser un pays, une histoire, explique Bruno Testa. Et ce pays, cette histoire m’avait traversé en retour, et même déstabilisé. “Le Cadavre du Blanc” est donc la restitution de cette traversée parfois douloureuse, l’enregistrement sur papier du vacillement d’une identité. Mais aussi, parce que ce texte a été écrit après coup, une sorte de cartographie afin de sortir du labyrinthe de l’Histoire ».
« Un spectacle simple, modeste, mais ambitieux »
Arlette Nourly, co-directrice de la compagnie l’Antre-Deux, rencontre Bruno Testa à Paris, par l’intermédiaire d’Alain Lorraine. Le texte parle immédiatement à la chanteuse, comédienne et auteur qu’elle est. Bien que Réunionnaise, femme noire, Arlette Nourly a aussi ressenti cet « enfermement » exercé par l’île dont parle l’auteur du “Cadavre du Blanc”. « Alors que nous faisons aisément état du vécu de l’autochtone expatrié, estime Arlette Nourly, nous ne faisons cas de ce “blanc” porteur de l’histoire de son peuple qui résonne cruellement en nous et qui pour diverses raisons affronte, un jour ou l’autre, notre regard sur ce territoire circulaire ». L’idée de porter ce récit au théâtre a fait son chemin dans la tête d’Arlette Nourly.
Tout le travail du metteur en scène Françoise Lepoix a consisté à mieux faire entendre cette parole au théâtre. De retour sur les planches, Robin Frédéric, directeur du Théâtre les Bambous, incarne ce récit, accompagné du corps et du rythme d’Arlette Nourly. « C’est un spectacle simple, modeste mais ambitieux, estime Françoise Lepoix de la compagnie Cinétique. Le récit exprime cette relation douloureuse avec l’île, le regard que l’auteur présent sur lui, et il tente donc de trouver l’explication dans le passé, la place de la France dans cette histoire, la France des Lumières. C’est un maillage entre son expérience personnelle et la grande Histoire. D’où le mot cadavre. C’est ce Blanc-là qu’il faut enterrer ». C’est tout le poids de l’Histoire sur les individus. « Une Histoire qui attribue un rôle aux individus », souligne Robin Frédéric qui se souvient, pendant une partie de sa vie à Madagascar, avoir porté « ce masque du zoreil ».
Malgré la violence du texte, c’est aussi une parole d’espoir. Une invitation pour les métropolitains qui arrivent dans l’île à s’ouvrir à son Histoire, et pas simplement au « paradis des îles, le produit abouti, sans la trace de l’Histoire ». “Le cadavre du Blanc”, à voir et à entendre les 8, 11, 15, 18 et 22 septembre à 20h30 au Théâtre les Bambous. À noter, les mardis 11 et 18, la présence de Bruno Testa, pour un échange avec le public.
Edith Poulbassia
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