Le sens des responsabilités
10 juin, parNote de la Rédaction au sujet d’une tribune intitulée « Nommer le privilège zorey pour construire l’égalité à La Réunion »
Rodrigues / Décès d’Antoinette Prudence
3 avril 2007

On ne verra plus la bonne figure d’Antoinette Prudence coiffée de ses nattes africaines dans les réunions indianocaniques ; on n’entendra plus ses interventions toujours précises et concises formulées d’une voix tranquille, mais ferme comme ses convictions.
Elle est partie dimanche après-midi, à l’âge de 55 ans, dans un hôpital mauricien, après avoir eu un malaise la semaine précédente. Elle qui aimait tellement sa terre rodriguaise pour l’autonomie de laquelle elle avait tant luttée.
Mais cette militante restera dans nos cœurs comme une figure, un exemple. Après ses études, elle devient institutrice. Ses contacts avec les enfants induisent son engagement. Elle préside l’action catholique des enfants. « Le monde ne peut pas se construire sans les enfants », disait-elle avec un doux sourire.
Son action au sein de ce mouvement, structuré au niveau de la région, lui permet d’appréhender les convergences, les différences et les richesses des peuples de l’Indianocéanie. Et comme si rien ne pouvait l’arrêter, elle qui était le contraire d’une carriériste, devient secrétaire générale en 1983, puis présidente en 1986 du Mouvement international d’apostolat des enfants.
Elle revient à Rodrigues en 1987 pour enseigner à des enfants en difficulté. En 1990, elle décide de poursuivre des études supérieures. A La Réunion où l’Université de Paris VIII dispense une formation en sciences de l’éducation. Dans le même temps, elle assure la direction du Centre Carrefour qui coordonne l’action sociale de l’Église à Rodrigues.
Et puis, cette militante de l’Organisation du peuple rodriguais (OPR), assure la présidence du Local Council, un organisme consultatif composé des représentants des ONG qui planchent sur le développement. Elle est, en 1993, à l’origine de l’organisation de l’Université des Mascareignes, un outil où s’est forgé pendant plusieurs années des consciences indianocéanistes. Et parallèlement, cette travailleuse infatigable prend la responsabilité d’un regroupement de femmes. Toute sa démarche est tendue vers l’autonomie : travaux de la commission Sooben sur la réforme des collectivités locales, présidence du Front pour l’autonomie de Rodrigues, mission gouvernementale à Trinidad et Tobago...
Cette combattante aura vu avec joie sonner l’heure de l’autonomie, et avec regret, la déchirure de la majorité à l’assemblée autonome suite au transfuge de deux élus. Mais elle restera pour nous un vraie combattante au grand cœur capable de faire plusieurs kilomètres pour offrir à un petit garçon - mon fils - un cadeau évidemment “made in Rodrigues”.
Au revoir Antoinette, notre sœur en Indianocéanie. Tu as eu droit à un deuil national à Rodrigues, tu mérites évidemment un hommage indiaocéniste.
Yves Van Der Eecken
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