Un vestige de la société esclavagiste est en train de tomber
11 juin, parCourrier des lecteurs
11 septembre 2007

Pour moi, plus qu’un ami c’est un frère que j’ai perdu, avec l’espoir certains diront insensé de le retrouver un jour pour continuer nos longues conversations commencées il y a près d’un demi-siècle quand nous étions en 4ème année d’Ecole normale d’instituteurs à l’ancien lycée Leconte de l’Isle sous la direction de Monsieur Jean-Marie Arnoux ; conversations interrompues pendant de longues années - la vie nous ayant séparés - et reprises récemment depuis le jour où il m’adressait, de sa fine écriture, une lettre pour me dire qu’il m’avait reconnu par les billets qu’il lisait régulièrement dans le Courrier des lecteurs de la presse locale.
Je me rappellerai toujours ce grand gaillard, pince-sans-rire au premier abord mais d’une si bienveillante attention qui, jusqu’au bout avait gardé sa vive curiosité pour tout, son intelligence aigüe et cette malice mêlée de tendresse au fond des yeux et dans son sourire.
Ces dernières années, je me faisais une joie de gosse d’aller, au moins une fois chaque quinzaine, lui rendre visite, ainsi qu’à sa femme Claudette, dans leur maison de la Ravine-des-cabris, et de la Plaine-des-cafres en période de grande chaleur. Nos causeries nous surprenaient souvent à la tombée de la nuit ; je leur faisais à tous les deux la lecture : la dernière fois, malgré la maladie qui le faisait souffrir mais que pudiquement il cachait, il m’a écouté stoïquement lui dire tout un passage d’Aymerillot, le poème de Victor Hugo, sans montrer la moindre fatigue, et c’est Claudette qui m’a fait signe gentiment de m’arrêter.
Yves Bosquet, notre président des Amis de l’Université, m’a appris que sur la plaque du souvenir du funérarium de Saint-Denis, il avait vu écrit ‘‘la terre appartient aux vivants’’ . Je l’aurais étonné, Michel, lui qui se disait agnostique et qui avait cependant la plus vive admiration et la plus grande affection pour notre ami commun, le père Jean Cardonnel, je l’aurais étonné en lui citant la réponse de Jésus à la question du docteur de la Loi ‘‘Que dois-je faire pour avoir le vie éternelle ?’’ : ‘‘fais ce que tu lis dans le Grand Livre, et tu auras la vie’’. Oui, la vie.
Georges Benne
Courrier des lecteurs
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