Le sens des responsabilités
10 juin, parNote de la Rédaction au sujet d’une tribune intitulée « Nommer le privilège zorey pour construire l’égalité à La Réunion »
’2011 : l’Année d’Élie, un combattant Réunionnais de la Liberté’
5 août 2011

Hier soir à la mairie de Saint-Leu, dans le cadre de ’l’Année d’Élie’, Yannick Korpal (notre photo), docteur en archéologie, chercheur à l’université de La Réunion, a tenu une conférence-débat sur l’archéologie, l’histoire et l’esclavage. À l’invitation de ’Témoignages’, il répond ci-après à la question : qu’est-ce que l’archéologie ?
L’archéologie se place en partenaire de l’histoire. Les deux disciplines sont des sœurs depuis fort longtemps. L’archéologie, la petite sœur, a pris de l’ampleur, au point de marquer l’histoire contemporaine, les arts (pas seulement le cinéma) et les lettres du 20ème siècle (et un peu du 19ème aussi).
Dans l’imaginaire, l’archéologie ce sont les pyramides, les momies et les sarcophages. Ce sont les trésors cachés et parfois maudits. L’archéologie c’est le travail acharné dans les archives (de l’Histoire donc). Mais c’est surtout le travail sur le terrain (l’aventure).
L’archéologie à La Réunion a commencé il y a déjà longtemps. Mais elle a peu évolué depuis lors. Ici, c’est l’affaire des pirates, de leurs trésors et des traces qu’ils ont laissées. L’aventure de l’archéologie est donc l’affaire d’amateurs. C’est-à-dire de gens qui se passionnent.
Mais l’archéologie c’est aussi une science. Elle a évolué et acquis de la méthode. C’est une discipline de la science, qui se situe aux côtés de l’histoire. Elle explore le passé. Mais elle crée ses propres archives et peut donc partir de rien, enfin du moins de rien qui ne soit écrit. L’oralité, la tradition et les histoires sont des points de départ suffisants. Si l’histoire lui donne des pistes, cela en fait un outil encore plus puissant.
L’archéologie est donc à la croisée des sciences : l’histoire l’alimente. Mais elle va au-delà en devenant préhistoire. Elle s’allie avec la géologie, la géophysique, la géographie, la biologie. Mais aussi avec la physique, la chimie et même les mathématiques.
C’est comme cela d’ailleurs que j’en suis moi-même arrivé à faire de l’archéologie. Puisque je suis au départ un géologue passé à la paléontologie. Puis à la préhistoire et l’évolution de la lignée humaine. Mon parcours et mon profil sont donc ceux d’un scientifique (pas d’un littéraire).
Ma spécialité est la paléontologie humaine. C’est à dire de l’anatomie, de l’anatomie comparée, de la biologie, de la paléo-pathologie, de la paléo-pharmacologie, de l’évolution et de la biologie moléculaire. Avec même un peu de physique, de bio-mécanique et de paléo-écologie… La paléoanthropologie en somme. Pluridisciplinaire est le mot.
À Saint-Leu, les textes ont dit beaucoup. Ils ont révélé la révolte ; et ceux que l’on a découverts récemment ont permis de reconstituer les événements, les parcours et le dénouement dramatique.
Ce que les textes ne disent pas, l’archéologie pourra le dire. Car elle dispose des outils qui permettront de fouiller, d’explorer le sol et de mener l’enquête. En tant qu’experts, nous pourrons préciser des lieux, authentifier et compléter les descriptions des événements, voire même éclairer les points obscurs, les "où", les "si" et les "comment". Même les "quand", parfois…
Car l’histoire de la révolte de 1811 n’a pas encore révélé tous ses secrets, et certaines parties des événements ne sont pas encore éclaircies. Les esclaves se sont rassemblés, ont marché. Ils ont donc dormi, se sont nourris. Cela a dû laisser des traces que l’on peut retrouver et analyser.
Ils se sont battus aussi. Ils ont dévasté certains lieux et en ont épargné d’autres. Cela aussi a dû laisser des traces. Le parcours s’est terminé dramatiquement et cela aussi on peut le reconstituer.
L’exploration du terrain, menée en collaboration avec Sudel Fuma, sera un apport considérable dans la reconstitution des événements, avec des confirmations de parcours, des précisions sur des lieux et certaines durées. Et certainement de nouvelles questions.
Yannick Korpal, Dr. Docteur en Sciences du Muséum National d’Histoire Naturelle & post-doctorant en Bio-Archéologie et Archéologie funéraire. Chercheur associé CRESOI.
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