Un vestige de la société esclavagiste est en train de tomber
11 juin, parCourrier des lecteurs
14 février 2008

En ce temps de carême, dans un monde où deux milliards cinq cent millions d’habitants, soit 40 % de la population, vivent, ou plutôt survivent, avec moins de deux dollars par jour, et où, plus d’un milliard avec seulement moins d’un dollar, comment ne pas être saisi, remué jusqu’au fond du cœur par ces paroles qui nous viennent de si loin et qui nous parlent du jeûne que Dieu veut :
« Vous croyez que c’est un jeûne qui plaît à Dieu, celui de l’homme qui courbe l’échine, qui se plie en deux ?... Incliner la tête comme un roseau, se coucher sous les coups du destin, c’est ce que tu appelles un jeûne, un jour faste à la parole ? Allons donc !
Le jeûne qui me plaît, je vais te le dire : casser les chaînes injustes, détacher tout ce qui enchaîne, renvoyer libres les opprimés, briser toutes les servitudes, partager ton pain avec l’affamé, héberger les pauvres sans abri, vêtir celui que tu vois nu...
Alors, ta lumière poindra comme l’aurore, ta blessure sera vite cicatrisée, ta justice marchera devant et ma gloire derrière. Alors si tu cries, la Parole répondra - à tes appels ; elle dira : « Je suis là. »
Ces paroles sont du prophète Isaïe, elles ont traversé près de quarante siècles pour arriver jusqu’à nous et aujourd’hui elles résonnent encore plus fort que jamais. Mais aussi comme elles tranchent, par le ton, et surtout par le sens, par la portée, avec le message du pape Benoît XVI qui, à l’occasion du carême de l’année 2008, « voudrait s’arrêter pour réfléchir sur la pratique de l’aumône », « une manière concrète de venir en aide à ceux qui sont dans le besoin, et, en même temps, un exercice ascétique pour se libérer de l’attachement aux biens terrestres » ! Rien que ça !
Eh bien non, très Saint père, cela ne suffit pas. Voilà plus de deux mille ans qu’on nous ressasse la même rengaine. Ces trois milliards d’hommes, de femmes et d’enfants, qui du fond de leur détresse nous interpellent tous, n’ont que faire de la charité, fût-elle “théologale”, ce qu’ils veulent c’est tout simplement la justice, un partage plus équitable des richesses qui sont concentrées entre les mains d’une minorité. Il y a infiniment plus d’amour dans la justice cordiale que dans la charité. Ah ! si vous pouviez entendre, une seule fois entendre, ce que vous dit, ou plutôt ce que vous crie votre frère, le père Jean Cardonnel : « Tant que notre monde restera ce qu’il est, une mosaïque de clans, de tribus, fragmentés à l’infini, unis par le culte d’intérêts qui s’opposent nécessairement, la justice ne marchera pas en avant de nous et la gloire du Verbe créateur ne nous accompagnera pas. Notre prière n’en sera jamais une parce que prier suppose la volonté qui est grâce, de transformer le monde de fond en comble. C’est le seul bruit des chaînes qui parvient aux oreilles du Créateur. Si je conserve le monde en son état, j’ai beau crier, Dieu est sourd. Je pourrais égrener tous les chapelets de toutes les confréries, mes doigts s’useront et se décomposeront avant que la Parole ait répondu : “Je suis là.”
Georges Benne
Courrier des lecteurs
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