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Théatre : “La Religieuse” de Diderot

Le verbe fait chair

14 juin 2005

Amoureux de la langue française, il ne vous reste que ce soir pour toucher “La Religieuse” de Diderot, un roman devenu théâtre pour Anne Théron et cellule pour Marie-Laure Crochant qui prend les habits de Suzanne Simonin.




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(page 9)

En passant les portes du Théâtre, au sortir de “La Religieuse”, un sentiment de liberté ne peut que vous étreindre au regard de la souffrance de l’enferment auquel est contrainte Suzanne Simonin. Le personnage de Diderot peut aussi nous ramener face à nos propres fers. Comment épouser un état qui ne nous convient pas, mais auquel nous sommes contraints ? Sentiment de liberté aussi par rapport à l’actrice, Marie-Laure Crochant, enfermée dans les voiles, fondue dans le décor, réduite à n’être que la voix lucide qui lutte de tout son corps contre la folie dans laquelle la plongent toutes ces voix de mère qui la tiennent encore, la ligotent, l’enchaînent à une condition, à un état, qu’elle ne désire pas. Un texte dit comme une prière, c’est-à-dire émanant de l’être. Le verbe de Diderot se fait chair.
Toutes les figures de la femme pécheresse se côtoient au fond du puits où l’ordre établi veut faire croupir Suzanne Simonin. Elle est l’incarnation de toutes les culpabilités, celle de sa mère adultère qui refuse tout contact avec elle et l’oblige au couvent pour sauver son âme, celle d’une de ses mères supérieures dont elle est l’objet d’amour et de désir absolu avec qui elle commettra le péché de chair... Mais de quoi est coupable Suzanne Simonin ? De rien. Sa vie ne lui appartient pas, la place que le monde lui réserve est celle d’une cellule. Tous ses espoirs de liberté, de reconquête d’elle-même, lui font violence. Dans le silence, elle n’est qu’un cri.
Parviendrons-nous un jour à déchirer la toile dans laquelle nous sommes pris, à nous défaire des liens qui décident de nos vies ? C’est à nous de trouver la réponse.

Eiffel

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