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Les clubs de la région ouest : Entre sélection et discrimination

3 septembre 2007




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Les clubs saint-gillois pratiquent-ils une sélection selon la couleur de peau ? Ou s’agit-il simplement d’une perversion auquel un certain nombre de réunionnais sont confrontés chaque week-end ? Pourquoi sommes-nous des clients indésirables ? La sélection est-elle basée sur l’apparence physique ou sur une appartenance sociale ? Très correctement vêtus, samedi dernier nous avons mené une enquête dans trois clubs de la région balnéaire de l’ouest. Dans tous les cas, nous avons constaté avec amertume que le fait d’être non seulement de type blanc mais de l’être réellement facilite le passage, sans réservation et même si on n’est pas un habitué ! Nous nous sommes présentés devant l’entrée des clubs de façon stratégique : deux de nos amis (les blancs) se sont présentés quelques minutes avant nous et ont eu droit à un bon accueil « bonne soirée messieurs ». Notre tour arrivant (les métisses), le vigile (métisse) nous arrête et nous demande : « Avez-vous réservé ? », nous avons répondu « non », avec stupéfaction le vigile réplique « vous ne pouvez pas entrer, il fallait réserver ». Cela voudrait dire, très chers lecteurs, que si vous entendez à l’entrée d’une discothèque ou des clubs : « Avez-vous réservé ? » ou « réservé aux habitués », c’est que vous êtes certainement dans un groupe trop métissé. Nos amis nous ont rejoint bien évidement dix minutes plus tard, et nous avons décidé de lancer un appel à tous ceux qui comme nous, sont sensibles au principe d’égalité, suivant lequel « les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droit » (art. 1 Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789), et que la discrimination est une atteinte au principe d’égalité. Plus les inégalités sont fortes et plus il est difficile de rassembler les gens autour des valeurs de fraternité, de vivre ensemble, d’égalité et de respect. Nous ne porterons aucun jugement sur ces “pratiques”. Cependant, nous pensons qu’en tant que citoyens réunionnais, d’Europe et du Monde nous sommes unanimes pour comprendre qu’il y a là une inégalité. Car si un groupe métissé est refusé et qu’un groupe composé uniquement de personnes d’origine européenne est admis, c’est qu’il y a discrimination. Nous sommes des sujets de droit et disposons à ce titre des droits civiques et jouissons des libertés d’accéder à des lieux ouverts aux publics. Il est aujourd’hui admis que les discriminations racistes existent bel et bien en France ! Mais à La Réunion, c’était impensable et c’est inconcevable ! Nous constatons que notre exemple du vivre ensemble reste malheureusement un leurre ! Nous sommes par conséquent outrés de voir que nous vivons les uns contre les autres. Nos valeurs se perdent et une certaine violence s’installe et brise la solidarité, la fraternité, la tolérance qui est la nôtre ! Valeurs que, par ailleurs nos politiciens font la promotion et qui marque la singularité des réunionnais dans le Monde entier. Aujourd’hui, les réunionnais s’exportent de plus en plus dans le monde aux travers des événements sportifs, artistiques, culturels, intellectuels etc. De même, à l’heure du Sakifo festival qui fait couler beaucoup d’encre, d’échos et qui noue des dialogues et des échanges entre médias, artistes, publics venus d’horizons divers nous montrent l’intérêt de notre richesse de notre unité et de notre ouverture. Les valeurs d’égalités, de respect nous porte loin dans le monde, ce sont ces valeurs qui fondent La Réunion, terre aux multiples facettes. Rappelons ce qu’est le respect ; selon Tahar Ben Jelloun, c’est le fait de reconnaître à l’autre personne en face les mêmes droits et les mêmes devoirs qui sont les miens. Il souligne que reconnaître, c’est d’accepter le fait de l’égalité car il n’y a pas d’infériorité ni de supériorité basée sur des apparences et des préjugés. Nous nous ressemblons tous et nous sommes différents, chacun est unique, pour Edgar Morin, chaque individu se vit et s’éprouve comme sujet singulier et cette subjectivité singulière, qui différencie chacun d’autrui, est commune à tous. Terre accueillante et généreuse où tout le monde trouve sa place. Autour d’un héritage singulier qui fait aujourd’hui sa force et sa fierté, notre population est riche de sa diversité culturelle, religieuse au cœur de la tolérance. Une diversité assumée qui est au cœur de notre identité. Terre d’ouverture où le respect de l’autre est fondamentale pour construire le bien commun ensemble en portant la même ambition de respect et de justice ! Apprenons à vivre ensemble pour que vive le bien commun. Brisons ensemble ces murs de l’indifférence qui entourent la réalité des discriminations. Nous avons reçu en héritage une histoire, une culture, des valeurs, des idéaux qui nous unissent dans la joie et la tolérance, chacun doit en être fière. La tolérance se définit comme une acceptation de la différence entre groupes et individus, au sein d’une société. L’exemple de ces clubs nous désole et nous interpelle. Ces pratiques sont dangereuses pour l’avenir de notre île. En effet, si ces frontières se multiplient, cela engendrera le repli sur soi, l’égoïsme, la ghettoïsation, la division et surtout l’intolérance dans une île marquée par une histoire douloureuse basée sur la violence : conséquence de l’esclavagisme, de l’engagisme de la colonisation, et qui aujourd’hui pleure ses blessures et demande à se cicatriser. C’est pour cela que nous faisons appel à l’ensemble des citoyens. Nous souhaitons que toutes nos familles, que tous nos éducateurs, que tous nos acteurs de l’école et les autres partenaires qui participent de près ou de loin à l’accompagnement de nos enfants dans le cheminement du monde, à participer avec détermination à l’émergence d’une socialisation aux valeurs propres. Pour que demain, la question de discrimination ne se pose plus. L’école reste l’outil, l’arme idéale pour éradiquer ces comportements. D’ailleurs, L’école est le lieu d’acquisition et de transmission des valeurs, c’est l’instrument par excellence où l’on forme les citoyens de demain à la critique, au dialogue, à la liberté, et nous croyons en ces valeurs. Et ces valeurs, ne s’apprennent pas comme le dit Philippe Meirieu, elles se construisent dans l’ensemble des situations éducatives. L’école socialise à une culture universelle, elle permet de se transformer, de se construire. Elle apprend à juger, à discerner le vrai du faux. Néanmoins, même si ces clubs revendiquent le statut de club privé, une discrimination sur divers critères est parfaitement illégale et passible de sanctions sévères. Cela dit, nous comprenons très bien qu’une discothèque a le droit de refuser l’entrée à une personne connue par exemple pour son comportement violent. Aussi, nous savons que la difficulté dans bien des cas, c’est de savoir s’il y a eu vraiment discrimination ou si on a refusé l’entrée à quelqu’un qui avait trop bu et qui était agité ou violent. En ce qui nous concerne, nous pouvons vous garantir que ce n’était pas le cas, personne n’était en état d’ébriété. Par conséquent, les propriétaires de clubs et/ou de discothèques ont la responsabilité de sensibiliser leurs employés aux attitudes discriminatoires par une formation adéquate notamment à leurs vigiles souvent prétentieux. Nous vous rappelons qu’il existe des sanctions de plus en plus lourdes pour ce type de délit. En effet lorsque le refus discriminatoire est commis dans un lieu accueillant du public ou aux fins d’en interdire l’accès, la peine peut être portée à 5 ans et 75.000 euros d’amende. Et nous tenons à vous informer que lorsqu’on est victime de discrimination ou/et témoin, nous pouvons porter plainte auprès du Procureur de la République du Tribunal d’instance du département pour : « subordonner la fourniture d’un bien ou d’un service à une condition fondées sur la discrimination (ethnie, nation, religion) visé selon l’article 225-1 du Code Pénal (1). Nous ne porterons pas plainte, car notre combat idéologique repose sur des valeurs humanitaires, républicaines, et sociales. Notre petite société ne serait-elle pas traversée par un clivage social et identitaire ? C’est aussi la question que nous nous posons en observant quotidiennement tous ce qui se passe sur l’île.

Des citoyens réunionnais, d’Europe, du Monde aux couleurs de l’Océan Indien

(1) article 225-1 du code pénal : Constitue une discrimination toute distinction opérée entre les personnes physiques à raison de leur origine, de leur sexe, de leur situation de famille, de leur grossesse, de leur apparence physique, de leur patronyme, de leur état de santé, de leur handicap, de leurs caractéristiques génétiques, de leurs moeurs, de leur orientation sexuelle, de leur âge, de leurs opinions politiques, de leurs activités syndicales, de leur appartenance ou de leur non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée.

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2 Messages de forum

  • Bravo pour votre article ! Mais pourquoi n’êtes-vous pas allés jusqu’au bout ? c’est-à-dire faire constater les faots et déposer plainte ? Curieux, non ?
    Moi-même, je vous ai envoyé des articles où il était question de racisme et je n’en ai jamais eu d’écho ! ... ni réponse, ni publication !
    Le racisme est un thème qui rapporte aujourd’hui ! Comme si le racisme vient d’être découvert à la Réunion !
    Je serais bien satisfaite si je pouvais avoir une réponse !
    Koko

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  • > Entre annalyse et betise 5 septembre 2007 05:29, par jla

    Faire un aussi grand papier pour ,au bout du compte ne pas porter plainte....
    alors que c’est un droit qui s’use que si l’on ne s’en sert pas !surtout pour un assi grand nombre de personnes ( au moins cinq )

    Donner des leçons de morale , c’est aussi joindre l’acte à la parole pour que cela prenne valeur d’exemple.

    Une reflexion plus large sur les offres d’emploi de l’ ANPE qui stipulent que parler le créole est necessaire, cela s’appelle comment ?Alors que c’est un patois, c’est comme demander de parler le breton ou l’occitant....

    Parler de préférence régionnale pour une personne qui réside sur la région depuis 10 ans et que l’on considère comme un étranger et se retrouve exclue de fait à certains postes, vous lui donnez un nom à cette situation ?

    Pourquoi parler de la région ouest uniquement ?
    Pour désigner une population en particulier ou une catégorie de personnes ?

    Est ce que ce type de discourt ne relève pas d’une discrimination intellectuelle sur le public concerné par ce theme ?
    Il y a lieu de se poser des questions sur l’intéret à vouloir défendre certaines situations au nom de l’égalité alors que manifestement, il s’agit de mettre le feu pour monter des esprits contre d’autres...

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