Le sens des responsabilités
10 juin, parNote de la Rédaction au sujet d’une tribune intitulée « Nommer le privilège zorey pour construire l’égalité à La Réunion »
Plan Banlieue de Nicolas Sarkozy
11 février 2008

Nicolas Sarkozy a dévoilé le 8 février son plan très attendu pour les banlieues, en promettant, sans le chiffrer, un effort important de l’État en matière d’éducation et d’emploi, et en annonçant une « guerre sans merci » contre la délinquance. Nous revenons plus en détail sur certains aspects de ce plan sans moyens réels.
Développer les « écoles de la deuxième chance », créer des « internats d’excellence » pour les enfants issus de milieux défavorisés « qui montrent des bonnes aptitudes scolaires », mettre un terme à la carte scolaire dans les villes de banlieue... Nicolas Sarkozy a présenté un certain nombre de mesures pour l’Éducation dans le cadre de son Plan banlieue vendredi dernier. Des mesures qui laissent dubitatifs les syndicats.
• « Développer les écoles de la deuxième chance sur l’ensemble du territoire ».
« C’est bien, mais cela nécessite beaucoup de moyens et d’investissement pour peu de résultats », explique Frédérique Rolet, Secrétaire générale du Syndicat national des enseignants du second degré (SNES). « Il vaudrait mieux miser sur l’éducation prioritaire, en Primaire et dans le second degré. Pourquoi ne pas revoir l’implantation de certains collèges ou scinder des établissements en deux comme nous l’avions suggéré ? », s’interroge-t-elle.
« On nous propose des palliatifs, comme les écoles de la 2ème chance, mais rien pour prévenir l’échec », renchérit Gérard Aschieri, Secrétaire général de la Fédération majoritaire dans l’Education (FSU).
Anne Kerkhove, Président de la PEEP (parents d’élèves), s’interroge quant à elle sur l’utilisation de la taxe d’apprentissage pour augmenter les ressources de ces écoles. « À moins que cette taxe ne soit augmentée, cela risquerait de léser les lycées professionnels et technologiques qui en bénéficient aujourd’hui ».
• Créer au moins 4.000 places dans des « internats d’excellence », sur le modèle des internats de réussite éducative, à proximité des quartiers sensibles d’ici 3 ans.
« C’est bien pour les enfants qui ont des difficultés pour travailler chez eux, mais pourquoi le limiter à ceux qui “travaillent bien” ? », se demande Gérard Aschieri (FSU).
« Cette idée n’est intéressante que si la gratuité des internats est proposée aux parents. Un internat reste un internat, qu’il soit d’excellence ou pas », ironise Farid Hamana, Président de la Fédération des Conseils de parents d’élèves FCPE.
Anne Kerkhove (PEEP) soulève la question des moyens engagés pour encadrer les élèves : « Quel personnel et avec quelle formation s’en chargera ? ».
• Tous les proviseurs de lycée devront présenter 5% de leurs meilleurs élèves en classes préparatoires. Toute demande formulée par ces élèves sera automatiquement acceptée.
« Cela existe déjà », souligne Anne Kerkhove, « à part qu’il n’y avait pas de pourcentage fixé ». « Mieux vaudrait favoriser le développement des classes prépa au sein des lycées moins favorisés plutôt que de retirer tous les bons élèves des quartiers », note pour sa part Frédérique Rolet (Snes).
Farid Hamana (FCPE) renchérit : « Il faudrait que les critères de recrutement des classes préparatoires soient plus objectifs pour éviter de recourir à ces méthodes. Par ailleurs, les classes prépa ne sont pas l’alpha et l’omega de la réussite scolaire ».
• Expérimentation du “busing” (transport scolaire en autobus) pour permettre à des enfants des quartiers défavorisés de fréquenter des établissements scolaires d’autres quartiers ou des centres-villes. Et donc, mettre un terme à la carte scolaire en banlieue.
Le mot fait “sourire” Anne Kerkhove (PEEP), qui a deux questions : « Comment les enfants de ces quartiers favorisés seront sélectionnés, parce que les capacités d’accueil dans les établissements convoités seront forcément limitées. Et qui paiera le bus ? ».
Farid Hamana (FCPE) dénonce lui aussi « un leurre ». « Il y aura forcément des critères de sélection, sans doute de proximité, car les écoles de centre-ville ne pourront pas accueillir tout le monde ». Les syndicats se demandent dans l’ensemble pourquoi ne pas plutôt chercher à améliorer la situation des établissements dans les quartiers défavorisés.
• Création de « 30 sites d’excellence » scolaire dont au moins 6 « lycées des métiers » avec les meilleurs élèves de chaque niveau recrutés dans des « classes d’élite ».
Dans l’ensemble du plan, « on retrouve en fait toujours la même conception qui nie les inégalités sociales pour se concentrer sur les individus qui méritent ou qui ne méritent pas », analyse Gérard Aschieri (FSU). « L’égalité de l’accès au droit est subordonné au mérite des individus », regrette-t-il.
Tout en se demandant de quelles classes d’élite parle Nicolas Sarkozy, « puisqu’elles n’existent plus », Anne Kerkhove (PEEP) déplore également que les « élèves moyens » soient les grands oubliés de ce plan. « La grande masse ne s’y retrouve pas », lance également Frédérique Rolet (Snes).
Les responsables syndicaux rappellent aussi qu’il n’a jamais été fait mention des parents. « Il faut absolument les associer », plaident-ils.
Trente ans de politique de la ville
1977. Mars. Lancement, par Jacques Barrot, Secrétaire d’État au Logement, du programme “Habitat et vie sociale”, visant la réhabilitation des cités HLM.
1981. Juillet. Premières émeutes urbaines, à Vaulx-en-Velin (Rhône).
Création des Zones d’Éducation Prioritaire (ZEP).
1983. Novembre. Lancement de la Mission banlieue 89 pour lutter contre l’enclavement des quartiers défavorisés. Partie de Marseille, la Marche pour l’égalité et contre le racisme, dite “Marche des Beurs”, arrive à Paris.
1990. Création du premier Ministère de la Ville.
1991. Juillet. Loi d’orientation pour la ville (LOV), dite loi « anti-ghettos ».
1992. Avril. Bernard Tapie nommé Ministre de la Ville. Son Plan banlieue s’appuie sur les parrainages de quartiers par les grandes entreprises et l’intégration par le sport.
1994. Juin. Mise en place des 214 contrats de ville concernant 750 communes et 1.300 quartiers.
1996. Novembre. Instauration de 750 Zones Urbaines Sensibles (ZUS). Le gouvernement crée également des Zones Franches Urbaines (ZFU).
1999. Décembre. Programme de rénovation urbaine et de solidarité. 50 Grands Projets de Ville (GPV) sont créés et 30 Opérations de Renouvellement Urbain (ORU) sont engagées.
2000. Décembre. Promulgation de la loi sur la Solidarité et le Renouvellement Urbains (SRU) qui impose, à terme, un minimum de 20% de logements sociaux dans toutes les villes.
2003. Août. Loi d’orientation et de programmation pour la ville et la rénovation urbaine, dite « loi Borloo ».
2005. Octobre. Deux jeunes habitants de Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), poursuivis par la police, décèdent dans un transformateur EDF. S’ensuivent 3 semaines de violences urbaines.
2006. Janvier. Présentation de la loi pour l’Égalité des chances (apprentissage à 14 ans, Contrat de responsabilité parentale, Contrat première embauche, finalement abrogé).
Dans la presse...
• “L’Humanité”, Maurice Ulrich
« (...) Dans la logique libérale qui est celle du chef de l’État, sapant les acquis sociaux, la durée légale du travail, l’âge de la retraite, la Sécu, privilégiant les privilégiés, la banlieue n’est pas autre chose qu’un réservoir de main-d’œuvre où l’ordre, quand il vacille, doit être maintenu, mais où le progrès social n’est pas un objectif. Mais le discours est aussi à usage immédiat, à 1 mois des Municipales. Outre qu’il s’agit de donner aux Français pour le moins troublés le sentiment que le président revient sur le devant de la scène, résolu et tourné vers l’action, prenant à bras-le-corps leurs préoccupations, il s’agit de se faire entendre par l’électorat de droite le plus conservateur, aujourd’hui désorienté. Par de mâles propos sur la sécurité, l’appel à la mise en place de “volontaires citoyens de la police nationale”. Plus largement par la cohérence d’une prestation que l’on pourrait au fond résumer comme suit : il y a les bons, les méritants, courageux et travailleurs, ceux qui acceptent de se lever tôt, et les autres, les assistés, les glandeurs et les voyous ».
• “La voix du Nord”, Hervé Faure
« (...) Mais on ne voit pas dans le dispositif annoncé hier les moyens financiers nouveaux qui permettraient d’offrir à des dispositifs déjà rodés ici ou là une deuxième chance de réussite, cette fois dans l’ensemble des 3.000 quartiers relevant de la politique de la ville. De même, si on ne peut qu’applaudir l’engagement d’accompagner en 3 ans 100.000 jeunes vers l’emploi, on ne peut que s’interroger sur l’absence de crédits en face du nouveau "contrat d’autonomie". Du discours présidentiel, les jeunes des quartiers sensibles risquent de ne retenir que le volet sécuritaire (...) ».
• “La Marseillaise”, Nadjib Touaibia
« (...) Multiplier les opportunités de "deuxième chance", offrir des possibilités d’accompagnement individuel, aider à la création d’entreprise ? Parfait ! Mais encore faut-il prendre les engagements financiers pour ce faire. C’est ce que ne dit pas le chef de l’Etat. La formule est toute trouvée, en revanche, pour contourner cet aspect décisif du financement. Plutôt qu’un "Plan Marshall", l’action en direction des banlieues est subitement dénommée "dynamique". Et voilà même que l’argent n’est plus le nerf de la guerre. On l’aura vite compris, il s’agira tout au plus de saupoudrage, mais pas de véritable soutien aux communes pauvres. D’écrémage parmi les jeunes, mais pas de véritables barrages à la reproduction de l’exclusion sociale, comme une malédiction. Finalement, les maires concernés ont sans doute raison de se montrer sceptiques. On les comprend, le "Plan banlieue" ressemble à un coup de bluff ».
Note de la Rédaction au sujet d’une tribune intitulée « Nommer le privilège zorey pour construire l’égalité à La Réunion »
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