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15 janvier 2009
Le statut prévu pour Mayotte est un tout qu’il convient d’examiner dans sa globalité.
Sur le plan institutionnel, une assemblée unique - Conseil général et Conseil régional - sera élue sur la base de cantons. Soit l’organisation administrative que la Commission Balladur proposera pour la République. Il n’y aura pas une grande région du Sud-Ouest de l’océan Indien avec La Réunion et Mayotte et les TAAF, un temps proposé.
Sur la base d’un donnant-donnant, l’extension et l’harmonisation des mesures sociales se feront progressivement, au même rythme que la mise en place de la fiscalité. Les spécificités domiennes - l’abattement de 30% de l’impôt sur les revenus, l’octroi de mer - seront-elles étendues ? Comment les Mahorais vivront-ils l’arrivée des impôts ?
Sur le plan culturel, Paris accentuera sa politique de “dé-islamisation”, en enlevant aux autorités musulmanes leurs prérogatives (état civil, éducation des enfants, système de mariage, etc...)
Mayotte deviendra une RUP éligible aux fonds structurels européens des Régions ultrapériphériques. Or, le projet de Traité constitutionnel européen - rejeté par referendum - reconnaissait Mayotte entame RUP potentielle, le Traité de Lisbonne est plus ambigu. S’il n’est pas adopté, Mayotte ne serait pas RUP.
Quels enjeux avec le futur statut ?
Dans sa départementalisation de Mayotte, Paris ne semble tirer aucune leçon des difficultés des DOM. Au contraire, il va accentuer un processus d’intégration, amorcé avec le statut actuel de l’archipel.
Sur le plan culturel, aucune concession n’est faite aux traditions de l’île. Aucune “mahorisation” des emplois n’est préconisée. L’occupation de la majorité des postes d’encadrement, dans le privé comme dans le public, par des métropolitains s’accélérera et la situation d’apartheid, lisible sur le terrain (lieux de résidence pour blancs et d’autres pour autochtones), se développera.
Il n’est prévu aucun plan de développement économique pour accompagner la départementalisation. Par contre, on voit se déployer dans l’île la société de consommation occidentale : arrivée de grandes surfaces, installation de concessionnaires automobiles... Conséquences : introduction d’un autre mode de vie ; prix élevés, (pratiquement tout est importé), déséquilibre commercial, coupure de Mayotte avec son environnement comorien, etc... En termes d’infrastructures, Paris a priorisé la construction d’établissements scolaires (pour combattre l’influence des écoles coraniques) et de routes. La voiture s’est développée au détriment du déplacement traditionnel par mer, favorisant l’arrivée de concessionnaires automobiles. La plupart des entreprises implantées sont métropolitaines, sinon réunionnaises. On ne voit pas se développer un capitalisme local.
Mayotte connaît, sur une période plus courte, le même processus subi par La Réunion : un accroissement des transferts non accompagné par un développement économique avec création de plus-values et d’emplois locaux. Les crédits publics servent à payer un encadrement métropolitain, sinon repartent à Paris sous forme de bénéfices des sociétés françaises installées sur place.
Il n’est pas prévu les mesures permettant à Mayotte de faire face à son explosion démographique, aux effets du changement climatique et facilitant son insertion dans la zone.
L’extension des mesures sociales prendra entre 10 et 15 ans. Le décollage économique restera hypothétique. Conséquence : dans la décennie à venir, les Mahorais émigreront toujours vers La Réunion pour peser sur sa balance démographique. Il y aura deux catégories de Mahorais : ceux au pays sans tous les droits et les exilés avec tous les avantages de la citoyenneté française. Tandis que les DOM partageront avec le nouveau venu des fonds nationaux ou européens qui ont tendance à diminuer, ils en auront moins.
Un nouveau statut enrichira la panoplie des collectivités d’Outre-mer. Le futur referendum calédonien, la nouvelle organisation demandée en Martinique et en Guyane, installeront une diversité, la France ultramarine où chaque territoire aura son propre statut.
Pour Mayotte, il faut se demander si les conditions ne seront pas créées pour que les premières décennies de la départementalisation ne se traduisent pas par désillusions et déceptions comme ce fut le cas dans les années 50 et 60 pour La Réunion.
Après la création des DOM en 46 et la courte expérience de Saint-Pierre et Miquelon (devenue DOM avant de redevenir TOM), la France mènera, pour la première fois depuis 50 ans, une expérience de « départementalisation » ultramarine. En ce début du XXlème siècle, comment se fait l’insertion d’un territoire sous-développé au sein d’un État occidental développé ? Paris fournira-t-il l’exemple d’un dialogue fructueux avec une terre lointaine pratiquant un islam modéré ? Quelle image va-t-il donner à un monde où les rapports, d’une part avec les pays sous-développés, et d’autre part la communauté musulmane, comptent en ces temps ci ?
Manuel Socratès
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