Le sens des responsabilités
10 juin, parNote de la Rédaction au sujet d’une tribune intitulée « Nommer le privilège zorey pour construire l’égalité à La Réunion »
À 20 heures 30 sur Paris Première Canal Satellite : ’La fureur de vivre’
30 août 2005

Film américain de Nicholas Ray avec James Dean, Natalie Wood, Denis Hooper, Corey Allen...
Arrivé depuis peu dans une petite ville universitaire, Jim, adolescent trop gâté, rêve de devenir un homme. Au poste de police où il a été conduit après une nuit de beuverie, il rencontre Judy, une jeune fille privée d’affection parentale. Pour la conquérir, il affronte jusqu’à un risque mortel la bande de désaxés dont elle est l’égérie. Dans le même temps, il prend sous sa protection Platon, orphelin richissime et angoissé, qui possède un revolver et joue avec l’idée de s’en servir.
Tous trois s’isolent du monde dans une villa fantomatique. Mais tandis que la tendresse de Judy apaise Jim révolté contre ses parents, Platon apprend que la bande cherche à venger la mort accidentelle de son chef. Affolé, il s’enferme dans l’Université ; Jim se dévoue pour l’en faire sortir, mais, par erreur, la police abat Platon.
Sorti en fin d’année 1955, peu de temps après la mort de sa star James Dean, "La fureur de vivre" que nous verrons ce soir, retrace 24 heures de la vie de 3 adolescents de la classe moyenne de Los Angeles, aux prises avec leurs démons et la volonté de fuir un monde d’adultes qui ne les comprennent guère. C’est sûrement le film le plus marquant de la carrière de James Dean. Le mythe des années 50 aura en tout et pour tout tourné 3 longs-métrages, mais sans aucun doute, c’est dans "La fureur de vivre" qu’il dévoilera le mieux sa vision de la vie.
Au début des années 50, le cinéma rend compte du malaise de la jeunesse américaine : après la bande de motards menée par Marlon Brando dans "L’Équipée sauvage", sorti en 1954 et les élèves révoltés de "Graine de violence" à l’affiche en 1955, c’est James Dean qui symbolise l’adolescence rebelle dans "La fureur de vivre". Dans ces années là, seuls les adolescents qui ont une vie dorée ressentent le mal de vivre, du moins, ils sont les seuls à le laisser transparaître dans leurs attitudes et leurs frasques. Mais après le tournage de ce film, plus rien ne sera pareil. Une jeunesse toute entière s’identifiera au mythe James Dean et c’est sa mort, le 30 septembre 1955, qui sacralisera l’idole, après qu’il se soit lancé à pleine vitesse sur une route de Californie avec sa toute nouvelle Porsche qu’il venait d’acquérir grâce au cachet de son dernier film "Géant".
Un des meilleurs regards portés sur la jeunesse
James Dean disait : « Il faut vivre vite, mourir jeune pour faire un beau cadavre ». Cette phrase résume assez bien les désirs d’adolescents. L’adolescence est une "maladie" qui, si elle n’est pas bien soignée, peut entraîner la mort.
Ce film nous retrace les symptômes de cette affection, mais il est aussi un des meilleurs regards qui aient été portés sur la jeunesse. Depuis sa sortie, rien n’a été écrit, fait ni filmé sur le mal-être des jeunes avec autant de justesse. Nous verrons au court de cette projection que le phénomène de la "pousse" que nous connaissons bien ici à La Réunion n’est pas une nouveauté, mais que tous les jeunes, à un moment ou à un autre, ont mis leurs vies en danger pour se prouver leur bravoure.
Cette échappatoire c’est le chemin initiatique offert à l’adolescent. Il y trouve sa force, et nous adultes, ne le comprendrons que si nous réussissons un retour sur nous-mêmes et si nous réussissons à dépasser le mal de notre jeunesse.
Il n’est pas rare d’entendre : “de mon temps on n’était pas comme ci ou comme ça”, mais le film "La fureur de vivre" est une preuve jetée à notre face, de notre amnésie. La jeunesse a besoin de braver les interdits. C’est en cela qu’elle trouve ses repères pour une vie future. Hélas dans cette quête, il y a des morts, et nous les adultes, nous devons nous pencher toujours plus près de nos jeunes pour éviter les dérives. Mais si nous levons certains interdits, les jeunes iront en chercher d’autres à braver. C’est le lot de l’humain que de forger son chemin et nous savons tous que plus les tabous tombent, plus ceux qui restent en place sont dangereux à contourner.
Un film intemporel
Pour en revenir au mal de notre jeunesse que nous portons tous plus ou moins en nous, le plus grand des avatars reste celui de la mode du "jeunisme". Nous ne cessons de vouloir paraître jeunes, privant ainsi nos adolescents de leur initiation. Il suffit que les jeunes adoptent une mode pour qu’aussitôt les adultes s’en emparent. Alors on voit déambuler dans les rues des vieux-beaux avec les vêtements d’un gamin de 15 ans, on voit des mères qui veulent ressembler à leurs filles. Il ne reste plus à l’adolescent qu’à aller chercher plus loin ses marques et ses différences.
Il y a un âge pour toute chose, ainsi devrait aller le monde.
Pour bien étayer mon propos, je me souviens d’un reportage sur les Jeans 501 où le responsable de la marque disait alors que ce qui avait tué l’entreprise, c’était le fait que la jeunesse des années 60 arrivant à l’âge adulte continuait à porter ce vêtement, privant ainsi les générations qui suivirent de la marque de leur révolte.
Soyons guéris du mal de notre jeunesse, et ce soir, pendant que nos jeunes regarderont "La fureur de vivre", tâchons de ne pas les déranger, mais subrepticement, jetons un coup d’œil dans l’entrebâillement de la porte pour y voir comme dans un rétroviseur notre adolescence, leur adolescence. Car ce film, tout comme le mal de vivre des jeunes, est intemporel.
Philippe Tesseron
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