Mémona Affejee, journaliste ébloui...ssante

11 septembre 2007

Tête haute, le livre de Mémona Hintermann publié chez J C Lattès n’est ni un conte, ni une fable, ni un roman, mais le témoignage d’une femme courage qui a su trouver des mots justes pour faire refleurir le parterre d’une vie difficile mais exemplaire. Son récit est donc ni imaginaire, ni empêtré dans un jargon philosophique : il est simple, il ne triche pas, il vibre avec le réel, il nous interpelle.
« Si tu veux, tu peux » lui a dit Marie-Claire Séry, sa mère.
Momine s’est d’abord accrochée à la vie avec opiniâtreté pour ne pas mourir, pour ne pas finir à la fosse commune comme quatre de ses frères, donc être livrée à l’ignominie d’un lieu sans mémoire. Elle a su saisir avec reconnaissance la chance de pouvoir accéder à l’instruction publique ; « l’École : ma bouée de sauvetage » écrit-elle avec la conscience vive d’avoir échappé au grand naufrage de l’analphabétisme ! Elle n’a pas oublié ni Mlle Dambelle, ni surtout Mme Prugnières qui lui a inculqué « le goût de la liberté, sans bourrage de crâne idéologique ».
Mémona n’a pas honte de nous révéler qu’elle fit son « entrée solennelle en sixième, pieds nus, parce que nous étions trop pauvres pour acheter des chaussures », qu’elle dû marcher « presque dix kilomètres à l’aller, bien sûr autant le soir » pour rejoindre le collège au Tampon. Quand elle nous apprend qu’elle se servit d’une fourchette, pour la première fois, seulement à 18 ans, on peut tout de suite deviner quelle fut la pauvreté, la précarité de sa famille monoparentale.
Méritante tout au long de son existence, elle illustre parfaitement ce dicton créole à connotation végétale : « Margose lé amer le grain lé doux », dans la mesure où son front fit plus que se couvrir de Laurier (Laurus nobilis), où sa vie professionnelle est devenue un combat à haut risque (grand journaliste pour France 3 sur divers points chauds de la planète, reporter des grands conflits armés dont le dernier qui continue à nous déranger, l’Irak).
Mémona, « Réunionnaise et 100% Française » a toujours tenu à son indépendance, à sa liberté. Elle ne s’est pas fourvoyée dans l’incarcération d’un parti politique, rencontrant aussi bien Paul Vergès que Michel Debré, sans compromission. Elle dénonce aussi bien la « discrimination positive » - quel affreux concept ! - que les revanchards de l’ère post coloniale. Son analyse est fine et lucide.
Je vous invite à lire, relire et faire lire son livre qui a ma plus haute estime. À l’heure où l’intégration, l’effort, la réussite ne sont pas devenus des vains mots, Mémona sait prendre le taureau par les cornes : « J’imagine les ricanements bruyants et méprisants des enfants gâtés, accrochés aux privilèges d’un pays repu [...]. Ils ne connaissent rien de la pauvreté qui sape le moral, détruit l’estime de soi, ronge la santé, ce dénuement qui donne aussi une rage de vivre et de réussir ».

Roger Lavergne


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Messages

  • Bonsoir,
    Merveilleuse Mémona, courage, force, râge de vaincre, sourire que des qualités dont elle s’est servi pour sortir de sa condition. Tous les réunionnais doivent être très fiers de compter dans leurs rangs des personnages qui font resplendir votre île par le monde entier. Combien de réunionnais vous font honneur sur le sol métropolitain, chanteurs, écrivains, journalistes etc...J’ai lu, relu et rerelu son livre et je l’ai adoré. Que tous les jeunes en fassent autant pour garder courage ! Rien n’est figé, tout arrive même si cela est dur. Bon courage à tous. Michelle


Témoignages - 82e année


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