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Monnet, cinquième édition !
4 novembre 2008
N’en déplaise à M.K. (qui signe toujours par lâcheté ses lettres anonymes en prenant mes initiales), le cinquième buste de l’abbé Monnet a été inauguré le 28 octobre 2008 à Mouchin.
Alexandre Monnet, né à Mouchin le 4 janvier 1812, fut missionnaire sur l’Ile de La Réunion où il mena une action déterminante en faveur de l’abolition de l’esclavage. Dans le cadre de sa mission d’évangélisation, il contribua à l’émancipation des esclaves en leur apportant l’instruction et l’esprit de solidarité. Sa méthode lui valut le surnom de "Père des noirs". Ses idées allaient à l’encontre des intérêts des colons qui parvinrent à le faire expulser le 12 septembre 1847. L’œuvre d’Alexandre Monnet fut reconnue par le roi Louis Philippe puis en 1848 sous la seconde république, époque pendant laquelle il oeuvra avec Monsieur Victor Schoelcher au sein de la commission pour l’application du décret d’abolition de l’esclavage du 27 avril 1848. Suite à cette action très remarquée dans l’Océan Indien, le pape Pie IX le nomma préfet apostolique de Bourbon, puis évêque de Pella et vicaire apostolique de Madagascar le 8 octobre 1848.
C’est en retournant dans l’Océan Indien qu’il décèdera le 1er décembre 1849 sur l’Ile de Mayotte. Sa dépouille mortelle sera par la suite transférée dans l’église de la Rivière des Pluies, qu’il avait construite, sur la terre Réunionnaise, sa patrie adoptive. Le buste d’Alexandre Monnet qui sera dévoilé lors de l’inauguration a été moulé d’après l’œuvre de Daniel Cornillon, sculpteur, en cinq exemplaires dont trois sont installés sur l’Ile de La Réunion et un à Paris.
Dorénavant Mouchin (ville de 700 habitants) aura son centre culturel qui portera le nom "Espace Alexandre Monnet". Ont été présents à cette inauguration : Daniel Canepa, préfet du nord ; Bernard Derosier, président du conseil général. Également Monseigneur Gilbert Aubry, évêque de La Réunion et Paul Hoarau, président du comité Abbé Monnet et représentant du G.R.A.H.TER (Groupe de Recherches sur l’Archéologique et de l’Histoire de la Terre Réunionnaise), Madame Anne-Marie PAYET, sénatrice de La Réunion... et d’autres parlementaires du Nord.
Notre activité théâtrale nous a empêché d’être plus nombreux à cette inauguration. Nous préparons pour les 160 ans de l’abolition de l’esclavage, une pièce de théâtre "Moali, l’Esclave". Notre objectif est de montrer à travers son leader Moali que beaucoup d’esclaves n’ont pas accepté l’esclavage. Ils ont lutté de toutes leurs forces pour se libérer. A travers Moali, nous rendons hommage à nos sœurs, à nos frères qui ont versé leur sang, qui sont morts sous le coup de chabouc, de sabre, de fusil.
Le rôle de Christine est très important. Elle dit ces paroles vis-à-vis de ceux qui font la morale : « ...L’océan d’amour devient une goutte de pitié. Dans le cercle des blancs de la colonie, on parle du bien, de Dieu. Ils glorifient Dieu d’avoir créé les noirs pour être des esclaves et les blancs pour être les maîtres. Le juge crache sur la loi. Le prêtre crache sur le Christ... » et, Moali dans sa proclamation appelle à la responsabilité de chacun d’entre nous en proclamant : « Frèr, sèr, zordi ni sava dan’boi, ni rend’ à nou mèms libre, ni priv’ in blanc son main-d’œuvre bon marsé. Demin y fo nou lé osi for. Ni doi arraz tout’ nout bann’ frèr é sèr dan la misèr, sou le joug bann blancs... ». Il rend également hommage à d’autres esclaves en citant leurs noms à la fin de la pièce : « Cimendef, Marianne, Anchaing, Eva, Mafate, Diampare, Dimitile, Tambi ... »
Pour ces 160 ans de l’abolition de l’esclavage, nous souhaitons que le maximum des Réunionnaises et Réunionnais puissent voir cette pièce de théâtre avec nos quarante comédiennes et comédiens qui ont travaillé depuis plus de six mois à la création de cette grande fresque historique théâtrale "Moali, l’Esclave" (Prix de Littérature Leconte Delisle en 1980 du Conseil Général).
Nous savons que l’esclavage n’est pas tout à fait aboli, bien des bastilles restent à tomber. Le Journal "Le monde" du 23 octobre nous le dit clairement : « Combien d’êtres humains sont-ils réduits à l’état d’esclaves, soumis au travail forcé, exploités à des fins sexuelles ou victimes du trafic d’organes ? De 800.000 à 2,4 millions de personnes subissent une de ces formes de traite, selon l’Organisation internationale du travail. Un trafic lucratif du 27 milliards d’euros de chiffre d’affaires annuel, qui arriverait troisième derrière ceux des armes et des drogues. Pas moins de 137 Etats sont concernés comme pays d’origine, estime l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe.
Des fourchettes larges et des contours imprécis qui freinent l’élaboration de politiques adaptées, dénoncent Caritas Europa et le réseau Coatnet. Ces ONG ont réitéré, samedi 18 octobre à l’occasion de la journée européenne de lutte contre la traite d’êtres humains, leur demande d’un observatoire européen susceptible de fournir des données fiables. Les associations demandent aussi aux Etats qui ont signé la Convention du Conseil de l’Europe contre la traite des êtres humains mais sans la ratifier de le faire. Ce texte, axé sur la protection des victimes de la traite et la sauvegarde de leurs droits, est entré en vigueur le 1er février 2008. »
Mais si nous croisons les bras, si nous ne faisons rien, nous regretterons demain la méconnaissance de l’histoire par notre jeunesse.
Marc Kichenapanaïdou
Président du G.R.A.H.TER (Groupe de Recherches sur l’Archéologie Et l’Histoire de la Terre Réunionnaise)
Email : grahter.saline@wanadoo.fr
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