Le sens des responsabilités
10 juin, parNote de la Rédaction au sujet d’une tribune intitulée « Nommer le privilège zorey pour construire l’égalité à La Réunion »
14 septembre 2006

L’île de La Réunion est souvent citée en exemple de coexistence de plusieurs ethnies, religions et cultures. On parle ainsi de société multiculturelle ou pluri-culturelle, à l’instar de contextes anglo-saxons comme les États-Unis, le Canada, ou la Grande-Bretagne. Nous devrions nous interroger sur le sens exact des mots. La Réunion ne possède pas de population souche, dans le sens où nous pourrions identifier une base originelle du peuplement à venir. Il en résulte un brassage où chaque nouvel arrivant fut intégré dans une construction identitaire qui se transformait et évoluait à mesure que des apports étaient effectués. De par l’insularité géographique, aucun individu ne restait imperméable aux interactions qui se mettaient en œuvre dès lors que ce qu’il apportait avec lui (mœurs, coutumes, habitus) entrait en contact avec la réalité mouvante de l’île. Se produisaient des transformations, des bouleversements, des ajustements qui existent encore aujourd’hui au sein de la population réunionnaise et remodèlent son corps social. Personne ne peut s’isoler et se targuer d’être le détenteur d’une culture basique ou essentielle. C’est ici que s’opère la différence entre société multiculturelle et société interculturelle. La première génère une juxtaposition des communautés d’où résultent rapidement une ghettoïsation des comportements et une séparation des idéaux, tandis que la seconde invite au partage des savoirs, à la connaissance des coutumes de l’autre, bref, à une imbrication et à une interpénétration mutuelles.
La Réunion s’est construite sur le second schéma. À l’heure où le “choc des civilisations” (S. Huttington) séduit les extrêmes sur le plan mondial, notre île expérimente un visage original de laïcité, la valorisation de sa langue (Office de la langue), la reconnaissance de ses talents artistiques et de ses compétences intellectuelles, symboles vivants de son dynamisme et de sa vitalité. Nous devons nous battre pour que chaque Réunionnais, quelle que soit son origine raciale, ethnique, sa confession religieuse, sa classe sociale, puisse s’intégrer, réaliser “l’objectif d’égalité” (Amartya Sen, Prix Nobel d’économie) indispensable au contrat social, et enrichir l’identité réunionnaise plutôt que de s’isoler et venir grossir les rangs des défavorisés, nourrissant amertume et désillusion, s’exprimant par et dans la violence.
Nos ancêtres, dans des conditions extrêmes, avaient compris une chose qui honore l’intelligence : il est toujours plus difficile d’inclure que d’exclure, mais les fruits du processus sont à la mesure de l’effort entrepris. Une société qui se focalise sur la division et la peur de l’autre crée une rupture dans sa dialectique civilisationnelle, se sclérose et finit par mourir. Une autre qui adopte l’attitude inverse peut connaître des difficultés pour réaliser la synthèse indispensable à l’expression équitable de ses différentes composantes, mais jouit d’un potentiel insurpassable et trouvera toujours en elle les ressources pour affronter les défis, même les plus imprévisibles.
Radjah Véloupoulé
Note de la Rédaction au sujet d’une tribune intitulée « Nommer le privilège zorey pour construire l’égalité à La Réunion »
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Messages
9 mars 2011, 20:17
Bonjour,
Je suis une étudiante de l’IUFM de Martinique et je m’intéresse aux manisfestations de l’interculturel et du multiculturel dans les écoles primaires. J’aimerais échanger avec vous sur ce sujet afin de voir si il ya des similitudes dans les façons de procéder dans nos écoles face aux manisfestations du multiculturel .