“Alon filozofé” ... !*

« Ne plus faire Paris-Nice en avion »

Billet philosophique

3 août 2007, par Roger Orlu

Dans son édition du 12 juillet dernier, le journal “L’Humanité Dimanche” consacre un numéro spécial au thème “Développement durable dès maintenant ? Chiche !”. Dominique Bourg, philosophe à l’Université de Lausanne et membre d’un groupe de travail préparant le “Grenelle de l’Environnement”, y donne sa définition du développement durable : « C’est la volonté de réduire deux grands déséquilibres. Le premier est social et concerne la répartition de la richesse. Au 18ème siècle, les écarts de richesse entre les différents pays étaient inférieurs au rapport de 1 à 2. Il n’y avait à proprement parler ni pays riches, ni pays pauvres. En 2000, le même rapport était de 1 à 74.
Le deuxième déséquilibre touche l’environnement global. Les problèmes d’environnement ont toujours existé, mais ils ont changé d’échelle, ils sont devenus globaux, comme le changement climatique ou l’érosion de la biodiversité. (...) Ce que nous ferons dans les 10 à 20 ans aura des conséquences pour les X prochaines générations ».

Dominique Bourg prône des mesures concrètes pour mettre un terme aux modes de vie injustes et polluants. « Par exemple, on ne devrait plus pouvoir faire Paris-Nice en avion », dit-il. Un tel exemple donne à réfléchir sur le fait qu’il y a tout à changer dans nos rapports de production, dans nos façons de produire et de commercer, dans nos modes de déplacements, dans nos manières de consommer, de gouverner, d’informer, d’éduquer, de nous distraire ou nous cultiver etc...
En effet - comme l’a dit également ici Yves Paccalet -, « pour la première fois, l’humanité se voit opposer la finitude du système Terre. Nous entrons dans un monde nouveau. Nous devons associer les réponses aux problèmes d’environnement à la justice », conclut l’auteur de “Le Développement durable, maintenant ou jamais”.

Cette nouvelle définition du progrès fait partie de la philosophie de l’UNESCO (l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture), dont La Réunion accueille actuellement l’ancien Directeur de l’Information, Alcinou Da Costa. Cette agence spécialisée des Nations Unies « a toujours entretenu des liens étroits avec la philosophie ; non pas une philosophie spéculative ou normative, mais un questionnement critique qui permet de donner un sens à la vie et à l’action dans le contexte international », explique Pierre Sané, son Sous-directeur général pour les sciences sociales et humaines.
« L’UNESCO est née d’une interrogation sur les conditions de possibilité de faire régner dans le monde, d’une manière durable, la paix et la sécurité », ajoute Pierre Sané, qui conclut : « Employons-nous à atteler la puissance des idées afin d’influer sur les transformations sociales ».

Le 22 novembre prochain, l’UNESCO invite ses 198 États membres ou associés et toutes les personnes physiques ou morales intéressées à célébrer pour la 3ème fois la Journée mondiale de la Philosophie. Dans l’esprit décrit plus haut, ne serait-il pas intéressant que La Réunion participe activement à cette célébration ?

Roger Orlu

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