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27 novembre 2007
« Le nez de Cléopâtre, s’il eût été plus court, toute la face de la terre aurait changé. » Paraphrasant Pascal, nous pourrions nous demander quelle serait la situation en France si, à la place de Nicolas Sarkozy, Ségolène Royal avait été élue.
« Pour moi, bien meilleure, m’a répondu quelqu’un, à condition cependant de rester fidèle aux principes qu’elle avait si vaillamment défendus avant même l’ouverture de la campagne présidentielle... » C’est vrai qu’elle nous avait littéralement soufflés quand elle a fait sortir du placard la sublime devise de la République et qu’elle a fait descendre des frontons de nos établissements publics les trois mots-clés : liberté, égalité, fraternité, avec leur traduction concrète par la « démocratie participative » et les « jurys de citoyens ».
Aussi, quel désenchantement depuis ! Pour commencer, quand elle a rencontré sur son passage plusieurs membres de sa propre famille politique, qui ont préféré ne pas la suivre dans cette voie pour ne rien changer qui puisse couper leurs liens avec le monde des affaires, se contentant pour donner le change, en créant les mêmes illusions chez leurs électeurs, de remettre au goût du jour les bonnes vieilles recettes de la social-démocratie. Et à la fin, quand elle s’est retrouvée sur le même terrain que son principal adversaire, chantant avec lui le même hymne : travail, famille, patrie.
C’est cette ambiguïté dans les relations avec le monde de la grande industrie et de la finance, et partant le manque de foi dans l’idéal du Parti socialiste à l’origine, que dénonce à sa façon Danielle Mitterrand : « Ce n’est pas parce qu’on prend une carte qu’on est socialiste. Foncièrement, depuis quelques années, les dirigeants socialistes n’ont pas la tripe socialiste. Ils ont un regard beaucoup trop attendri pour l’argent. Ils ne réagissent pas, ne respirent pas ce désir de société que nous avions (...) » Après avoir fait « un choix de société au fil des ans qui n’est pas celui du PS puisqu’ils se sont rapprochés du système dans lequel on vit. Peut-être veulent-ils l’amender, mais moi je veux en sortir. »
Comment ne pas la rejoindre ici, mais en faisant entièrement nôtre la belle devise de la République, en nous y engageant tous à fond, avec le plus grand nombre possible, pour lui donner toute sa force de réalisation effective, afin qu’elle ne reste pas un mot en l’air. Et surtout en ne reprenant jamais à notre compte le propos atténuateur de Ségolène Royal : « L’économie de marché est incontournable. » Puisqu’il faut dire au contraire, dans la fidélité à liberté, égalité, fraternité : raison de plus pour contourner l’incontournable.
Georges Benne et Jean Cardonnel
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