Le sens des responsabilités
10 juin, parNote de la Rédaction au sujet d’une tribune intitulée « Nommer le privilège zorey pour construire l’égalité à La Réunion »
26 novembre 2008

Le Boulevard Sud, en voie d’achèvement, a été conçu comme un boulevard urbain assurant principalement la desserte de la moitié Sud de la ville. Il était nécessaire et remplit bien sa tâche même s’il reste à régler le problème des carrefours pour fluidifier le flux. Il doit être complété par la voie de piémont qui reliera les quartiers des collines entre eux. Moins de 10% du trafic automobile traverse complètement la ville. 90% du trafic vient de l’extérieur vers Saint-Denis et ses quartiers.
Certains réclament cependant un nouvel ouvrage souterrain dédié lui aussi à la voiture. C’est un vieux projet datant de l’époque où régnait sans partage l’idéologie du tout automobile : une voie souterraine allant de la caserne Lambert à l’ancienne gare en passant sous le Barachois. Elle est censée mettre fin à ce goulot d’étranglement où se concentre le trafic. Ce “souterrain” permettrait d’assurer la continuité à 4 voies. Mais le projet que la municipalité défend est incomplet, incertain et financièrement irréaliste.
Quelles sont les options possibles ?
1- la poursuite en digue de la route du Littoral jusqu’à l’ancienne gare : la logique de la RN2 voie rapide doit alors être préservée.
2- une galerie préfabriquée en mer sur l’actuelle plage : projet pharaonique, pas d’accès sauf aux extrémités, gestion difficile et très coûteuse
3- une trémie sous la nationale actuelle : accès difficiles, même avec des voies de secours et des ouvertures (exploitée comme un tunnel fermé)
4- utilisation de la Nationale actuelle pour un sens et de la rue de Nice pour l’autre. Séduisant, mais cela suppose une opération urbanistique et immobilière d’envergure avec rénovation urbaine, recouvrement des voies par une dalle piétonnière, etc...
5- tunnel direct sous le centre-ville : le plus direct, le plus long, le plus cher.
A l’heure où l’on parle de réchauffement climatique et de montée du niveau des océans, il serait irréaliste d’enterrer sous le niveau de la mer un tel ouvrage. Il faut au contraire profiter des travaux pour renforcer la protection du front de mer. Outre les pollutions et nuisances engendrées par un éventrement urbain, il y aussi le coût : les 120 millions d’euros évoqués seront vraisemblablement très insuffisants. De plus, un ouvrage totalement souterrain aurait un fort coût d’exploitation à cause des règles de sécurité, notamment incendie. Le tunnel du Prado à Marseille, qui a servi de modèle initial, est payant, le péage y est à 2,50 euros en tarif plein et la circulation y est toujours très difficile aux heures de pointe.
Ce projet de “boulevard souterrain” inefficace et coûteux repose surtout sur l’idée fausse qu’il y a encore un avenir possible au développement du déplacement automobile à Saint-Denis. Est-il légitime de prétendre bloquer l’arrivée du Tram-train dans le chef lieu au nom d’une politique du tout automobile ? Les Verts de Saint-Denis disent clairement non.
Il reste une solution moins coûteuse inspirée d’un rapport des Ponts & Chaussées : transformer la RN1 en “boulevard de promenade de front de mer” sur le modèle de la Promenade des Anglais à Nice ou encore du front de mer de Saint-Pierre. Les chaussées seraient séparées par de vastes terre pleins arborés et la vitesse de circulation réduite à 40 km/h, en appliquant la technique de “l’onde verte”, c’est-à-dire en régulant la circulation par la succession d’intersections dotées de feux : une voiture qui roule à la vitesse de l’onde ne rencontrera pas de feu rouge une fois la première intersection dépassée. Les voies perpendiculaires irriguant le tissu urbain environnant sont ouvertes sur le boulevard de front de mer par des carrefours équipés de feux gérés en “onde verte” tous les 120 mètres environ. Ces carrefours sont organisés pour la traversée des piétons (à niveau ou en dénivelé), les voitures, elles, étant astreintes à un plan de circulation. L’ensemble inclut de nombreux accès et des voies réservées aux vélos. Préserver le passage du Tram-train, réduire la pression de l’automobile sur la ville et rendre aux Dionysiens l’accès à l’océan, tels sont les objectifs d’un développement d’abord soucieux de la qualité de la vie.
Jean-Pierre Marchau,
porte-parole des Verts de Saint-Denis
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