Un vestige de la société esclavagiste est en train de tomber
11 juin, parCourrier des lecteurs
Tribune libre
27 décembre 2008

Il n’est en rien surprenant que l’annonce par le Président de la Région Réunion d’une augmentation de l’Octroi de mer sur les alcools en 2009 n’ait pas, loin s’en faut, réjoui les fabricants de rhum. Même si, dans les milieux des industriels, une certaine compréhension de l’initiative annoncée par Paul Vergès est perceptible. En effet :
Tout d’abord, il y a eu concertation.
Depuis plus de deux ans, tous ceux qui sont concernés par la question des méfaits de la consommation d’alcool dans notre île ont été associés à un large débat. Certains de nos collègues, et plus particulièrement Catherine Gaud et Maya Césari, n’ont pas ménagé leur temps pour une mobilisation exemplaire. Un large consensus en est ressorti : l’alcool ne fait pas que tuer. L’alcool, en démolissant nombre de nos compatriotes, affaiblit notre société réunionnaise. Le prix payé avec les violences conjugales, les faits-divers qui virent à la tragédie, les accidents de la route, les dépenses de santé, le prix payé est lourd, très lourd.
De cette concertation, il ne pouvait pas ne pas ressortir des décisions dont la netteté, évidemment, ne convient pas à certains. L’historien Roger Martelli a bien expliqué les raisons de « ce frisson qui nous prend quand il nous faut passer d’un état à un autre ».
Ensuite, il y a un souci de pénaliser les alcools importés.
La taxe sur les bières importées était (déjà) à 28%. Elle passera à 34,5%. Celle qui frappait les rhums et alcools forts venus de l’extérieur était à 28% également. Elle passera au maximum, soit 51%. Ces taux sont à comparer à ceux qui touchent les produits fabriqués localement : pour la bière, l’Octroi de mer passera de 0 à 6,5% ; pour les rhums et alcools forts, de 0 à 23%. Le différentiel (28% pour la bière et pour les rhums et alcools forts, soit exactement comme maintenant) laisse à la production locale, on le voit, la même marge concurrentielle. Les fabricants locaux ne peuvent donc continuer, passé le moment bien compréhensible d’une légitime émotion, de faire comme si la Région n’avait pas tenu compte de l’existence de leur activité qui, historiquement, est également celle de tous les Réunionnais.
II y a aussi les chiffres de notre exportation.
Les alcools produits localement (rhums, punchs...) se répartissent ainsi : 30.000 hectolitres consommés sur l’île et 150.000 hectolitres (soit 5 fois plus) exportés. Nous ne pouvons que nous féliciter de la belle percée de nos rhums arrangés et autres punchs sur les marchés européens, là où ceux qui nous les achètent s’autorisent, personne n’en doute, de substantiels bénéfices. Avec l’augmentation attendue de notre population et le savoir-faire de nos producteurs, on peut raisonnablement tabler sur un maintien de la consommation locale au moins à son niveau actuel et sur un accroissement des volumes qui nous seront commandés par les grandes enseignes d’Europe. La production locale n’est en tout cas pas menacée.
Enfin, il y a la quasi unanimité de la classe politique.
Je l’ai vérifié mardi dernier 23 décembre. Le matin, lors de l’examen de cette question par la Commission des Affaires Générales de la Région, tous ses membres, opposition compris, ont salué la proposition d’augmentation de l’Octroi de mer sur les alcools. L’après-midi, à la Commission du Développement Economique dont j’ai la responsabilité de l’animation, ce fut la même unanimité, ma collègue de l’opposition rappelant même qu’elle se félicite qu’une mesure qu’elle avait avec d’autres préconisée trouve enfin son aboutissement. Elle manifestait cependant un gros regret : que la réglementation européenne ne nous autorise pas d’aller bien au-delà de 51% de taux. Pleinement en phase avec vous, chère collègue. Mais cela relève d’un autre combat, d’un tout autre combat. Aujourd’hui, il s’agit pour nous, responsables politiques et responsables de notre monde économique, d’œuvrer pour que soient soulignés les aspects vertueux.
Reste qu’une obligation s’impose aujourd’hui : celle pour la classe politique d’investir le domaine de la socio-pédagogie. Sachant qu’il n’est jamais simple, ni gagné d’avance de faire changer nos habitudes. Fussent-elles mortelles pour notre société et notamment les plus exposés d’entre nous. Sachant encore que le compteur de ma voiture (et de la vôtre) m’autorise à faire ce que nos lois nous interdisent : monter jusqu’à 220 km/h. Chercher la contradiction !
Raymond Lauret, Conseiller régional
Courrier des lecteurs
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