Rodrigues

Pêche à la senne

7 avril 2006

Le jour est à peine levé quand nous arrivons à Baie Diamant (Rodrigues). Malgré notre lever précoce, les pêcheurs à la senne (filets) sont déjà partis. C’est la marée qui régit tout. La pêche à la senne se pratique dans le lagon (220 km2 pour une île de 108 km2). Il est important de gagner les sites de pêche avant que la marée basse, en découvrant les blocs de coraux, n’empêche la navigation.
Avec Marcel aux commandes, notre barque à moteur glisse paresseusement sur l’eau. Le fond n’est pas très visible. En effet, la mer est un peu agitée et il ne sera pas facile aux chefs de pêche de repérer les bancs de poissons et surtout de vérifier la présence du fameux "mulet voleur", roi de ce jour d’ouverture de la pêche à la senne.
"Mulet voleur" est la déformation de mulet voilé, une appellation due à la présence d’une membrane sur son œil. Ce poisson de 30 à 50 cm de couleur claire a la particularité de sauter quand il rencontre un obstacle. C’est la raison pour laquelle sa présence dans un banc décide de la pose ou non de "canards".
Le mulet est surtout pêché le premier jour, après quoi, effrayé par les battues, il quitte le lagon. Nous approchons tout doucement d’un premier site de pêche. Deux barques s’éloignent du groupe, chacune portant la moitié du filet replié. Tout en les écartant l’une de l’autre, les pêcheurs qui s’y trouvent laissent aller entre elles la senne qui par l’action combinée des lièges et des plombs prend une position verticale.
Après avoir mouillé suffisamment de longueur, les 2 barques entament l’encerclement au terme duquel elles finiront par se rejoindre. Pendant ce temps, sous la Direction du chef de pêche, les 7 à 8 autres barques ont pris position. Ce sont les rabatteurs. Une fois bien en ligne, côte à côte, ils vont avancer tous ensemble en direction du filet.
Sur un signe du chef de pêche, ils se mettent à battre sur leur coque à l’aide d’un bâton, le mayosse, faisant courir sur la mer une onde sonore trépidante qui pousse le poisson vers la senne. Les pêcheurs des 2 barques principales, tout en réduisant le cercle, relèvent peu à peu le filet, prélevant au passage le poisson pris au piège.

Les "canards" sont posés

La 2ème séquence de pêche est encore plus intéressante et esthétique. En raison de la présence de mulets voleurs dans le banc repéré, elle se fait "aux canards". Les "gales" (gaules en bois de 3 à 4 mètres de long qui servent notamment à la propulsion des barques) sont plantées verticalement dans le sable à espace régulier. Elles suivent un demi-cercle et deviennent ainsi des "canards".
L’eau étant peu profonde, ces gaules dépassent du niveau de la mer de presque 2 mètres. La senne y est alors fixée à mi-hauteur formant ainsi une "clôture" aussi bien aérienne que sous-marine. Les mulets voleurs devenus volants seront ainsi retenus quand ils essaieront de franchir en sautant la partie immergée du filet qui leur barre la route.
La manœuvre de rabattage reste la même, avec cette tension palpable que fait naître le bruit des "mayosses" sur les coques.
Après plusieurs pêches, les poissons sont regroupés dans une barque qui gagne la côte où la population se presse. Une queue de plusieurs dizaines de personnes s’est formée. Chacun se présentera à son tour pour acheter 4 ou 5 poissons préalablement pesés sur une balance à fléau.
Pour ce jour d’ouverture, la prise est estimée à quelque 200 kg par pêcherie. C’est peu, beaucoup rentreront chez eux sans le moindre poisson. Le lendemain sera meilleur avec environ 500 kg de poissons par équipe.
Le poisson est nettement moins abondant à Rodrigues depuis le tsunami de décembre 2004 qui a changé les fonds, disent certains. D’autres reconnaissent qu’il y a une surpêche dans le lagon et que d’année en année, le poisson diminue. Les autorités envisagent d’ailleurs de réduire le nombre de licences et réfléchissent à des solutions alternatives pour ceux qui accepteraient d’y renoncer. Il s’agirait principalement de les aider à s’orienter vers la pêche en haute mer tout en créant dans le lagon des réserves où la faune marine pourrait se reconstituer.
Les années à venir verront-elles un arrêt temporaire de la pêche à la senne ? Rien n’attristerait plus le Rodriguais viscéralement attaché à cette tradition et nombre d’entre eux se refusent à y croire.


Strictement réglementée

La pêche à la senne se pratique couramment sur toutes les côtes de la planète et concerne les poissons de petite taille se déplaçant en banc. Elle nécessite la mise bout à bout de filets pour atteindre une longueur de plusieurs centaines de mètres sur environ 2 mètres de large. La senne ainsi constituée est ensuite équipée sur un côté de lièges et sur l’autre côté de plombs. Ce long filet sera ensuite disposé en mer (plombs et lièges assurant sa verticalité dans l’eau) en un large demi-cercle qui sera progressivement refermé, emprisonnant le poisson qui y aura été rabattu.
La pêche à la senne peut aussi se faire à pied à partir de la plage. C’est ainsi que les pêches cavales sont souvent pêchées à La Réunion. À Rodrigues, la pêche à la senne est très réglementée. Elle ne peut être pratiquée sans licence. Les pêcheurs professionnels, inscrits auprès des Affaires maritimes se regroupent à l’intérieur de "pêcheries" sous l’autorité d’un chef de pêche. Il en existe 9 à Rodrigues. Chaque pêcherie dispose d’une dizaine de bateaux à raison de 2 à 3 pêcheurs par bateau. La pêche se pratique tous les jours (sauf le dimanche) pendant la période d’ouverture.
Les pêcheurs sont rémunérés en fonction des prises. Si la pêche est bonne, la paie peut aller jusqu’à 4.000 roupies par quinzaine. En cas de mauvaise météo, ils perçoivent une indemnité du gouvernement (actuellement l’allocation est de 145 roupies par jour de mauvais temps). La pêche est contrôlée par 25 gardes-pêche des Affaires maritimes. Ils vérifient les filets (grandeur des mailles, utilisation de plombs et lièges conformes aux règlements...). Ils veillent aussi au respect des heures, dates et lieux de pêche. Malgré cette surveillance, cette pêche est l’objet de fraudes notoires.
À Rodrigues, la pêche à la senne se pratique durant 6 mois. Elle est ouverte officiellement le 1er mars, on mesure donc l’importance de cette date dans le calendrier rodriguais.


Comment y assister ?

Il est facile de trouver un pêcheur pour vous "promener" entre les différentes équipes de pêche. Il suffit pour cela d’interroger votre hébergeur ou les pêcheurs que vous ne manquerez pas de rencontrer sur la plage. Tous, avec leur gentillesse inégalable, se feront un plaisir de vous renseigner. Il faut prévoir au moins une demi-journée, avec un départ probable aux petites heures pour profiter de la marée. Il est possible de combiner cette sortie avec un pique-nique sur l’Ile aux cocos (réserve naturelle d’oiseaux : fous, frégates, sternes brunes...).
Il est important d’avoir avec soi tout ce qui est nécessaire pour se protéger du soleil : vêtements à manches longues, écran total..., et un chapeau qui ne s’envolera pas à la première brise sous peine de passer votre matinée à le repêcher, ce qui peut certes être une source d’amusement.


Hébergement

Vivre chez l’habitant est une très bonne formule. Gîtes et chambres d’hôtes offrent un bon rapport qualité-prix sans parler des possibilités de belles rencontres. La plupart proposent des sorties en mer ou des randonnées à la demande. Ils peuvent également organiser vos transferts de et vers l’aéroport.
Tarifs à titre indicatif : à partir de 35 euros la chambre double (petit déjeuner inclus) et 10 euros le repas (qui vaut le détour) par personne.

- à Port Mathurin et environs
Le Ravenal 00230-83-10-644 - [email protected] - www.filaosetravenal-rodrigues.com

- Palmiste Marron - 00230-83-12-368 - [email protected]

- Chez Claude et Benett - 00230-83-10-033 - (message à : [email protected])

- Résidence Esplanade - 00230-83-20-148 - [email protected] -

- Villa Mon trésor - 00230-83-11-660 - [email protected]

- Le Limonier - 00230-83-11-653 - [email protected]

- Les goyaviers - 00230-83-11-859 - [email protected]

- Rodrigues évasion - 00230-83-12-041 - [email protected]

- gîte Bellevue - 00230-83-11-665 - http://gitebellevue.bizhat.com

- à Saint-François (plage de pointe Coton à une douzaine de km de Port Mathurin)

- Chez Claudine - 00230-83-18-242 - [email protected]


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