L’urgence de se mobiliser pour éviter la ruine des Réunionnais dans la mondialisation
12 juin, parAPE UE-Afoa : Après la clôture des négociations entre l’UE et les pays voisins
6 février 2007

En décembre dernier, le 21 très exactement, à l’Hôtel de Région, le philosophe africain Aloyse-Raymond N’Diaye nous a gratifié d’une conférence dont le sujet était la fidélité à l’Afrique et l’ouverture à l’universel.
D’entrée de jeu, Monsieur N’Diaye a proposé une déconstruction de la question en proposant de mettre entre guillemets l’expression « philosophie africaine ». Pourquoi ?
Pendant la décolonisation, les intellectuels africains se sont penchés sur les productions culturelles de leurs peuples pour construire le sentiment d’identité nationale, ce sentiment étant le ciment de nations en devenir. Ils ont appelé alors « philosophie » toute forme culturelle partagée par une communauté, que ce soit des mythes, contes, légendes, des rites, des coutumes, des traditions. L’ouvrage de référence étant alors l’oeuvre du R. P. Tempels, La philosophie bantoue, dont la première édition date de 1945.
En reconnaissant au peuple baluba du Congo « un système philosophique développé », Tempels semblait briser le regard hautain et méprisant que les philosophes européens avaient jeté sur les peuples des autres continents.
Pourtant, cette oeuvre ambiguë engagea la philosophie africaine dans l’impasse de l’ethnophilosophie, car en identifiant philosophie et culture, la philosophie perdait sa spécificité : de méthode critique de discussion, elle devenait contenu figé, système de vérités inconscientes toutes faites, qu’il suffisait de recueillir comme un trésor. En faisant de la philosophie une « vision du monde » propre à un peuple, voire une tribu, on la particularisait, on la relativisait. « A chaque peuple sa philosophie » reprenait en écho « à chacun sa vérité ».
Or s’il n’y a plus de vérités qui dépassent les différences, on tombe dans des opinions incommensurables qui ne peuvent plus s’imposer aux autres que par la force. Tel fut le Destin funeste de l’Afrique post-coloniale.
Tel fut le piège de l’ethnophilosophie dans lequel le Père Tempels enferma la philosophie africaine. « L’Enfer est pavé de bonnes intentions », dit-on.
Pour sortir de cette impasse, le Professeur N’Diaye nous a proposé une réflexion sur l’oeuvre de Léopold Sédar Senghor. De cette oeuvre abondante, à la fois poétique, philosophique et politique, une idée mérite d’être portée à l’attention des lecteurs : l’idée de « civilisation de l’universel ».
Cette civilisation de l’universel n’est bien évidemment pas la civilisation mondiale imposée par la force des armes ou de l’argent du capitalisme.
En effet, il y a deux manières de concevoir l’universel : une manière abstraite, unilatérale, négatrice des différences, violente, terroriste. Cette manière est celle des colonisateurs de toutes sortes.
L’autre manière est concrète : les différences ne sont pas niées, mais conservées tout en étant dépassées dans leur particularité. Cette manière de vivre nos différences dans notre identité commune d’êtres humains est celle de l’humanisme classique qu’il faudrait redécouvrir. Seule une prise en compte de ce qui est commun à tout être humain peut nous permettre d’éviter de tomber dans le piège grossier du « choc des civilisations ».
Bernard Pitou,
Vice-président du Cercle philosophique réunionnais
APE UE-Afoa : Après la clôture des négociations entre l’UE et les pays voisins
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