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La Réunion face à une zone de libre-échange de 1,5 milliard d’habitants

Un nouveau cadre s’impose devant une nouvelle réalité

Témoignages.re / 14 octobre 2017

L’annonce de la création d’une Zone de libre échange continentale par les membres de l’Union africaine va encore amplifier l’impact du futur accord de partenariat économique entre les pays voisins et l’Union européenne. Comment l’économie réunionnaise pourra-t-elle résister à une telle concurrence ? C’est pourtant la menace qui pèse sur notre île avec le cadre actuel.

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L’Union africaine travaille à la création d’une zone de libre échange continentale.

Pendant que l’Union européenne négocie avec les pays voisins un accord de partenariat économique visant à ouvrir le marché des régions européennes à la production des États de notre région, d’autres discussions ont lieu à l’échelle continentale pour un projet encore plus vaste : la Zone de Libre Echange Continentale entre les membres de l’Union africaine. Une dépêche de l’Agence panafricaine de presse donne des détails au sujet d’une réunion qui s’est tenue la semaine dernière en Ethiopie :

« L’Union africaine (UA) a annoncé mercredi une percée dans les négociations pour créer une zone de libre-échange avec un marché de 1,5 milliard de personnes et une richesse totale de 2190 milliards de dollars américains.

Les pourparlers pour créer la zone de libre-échange continentale ont abouti à une nouvelle feuille de route menant à un accord sur le texte juridique à adopter à la date convenue de décembre 2017, a déclaré l’UA dans un communiqué publié jeudi.

Le groupe de négociateurs en chef et d’experts en commerce des Etats membres de l’UA s’est réuni, du 2 au 7 octobre 2017 au siège de l’UA, à Addis-Abeba, pour discuter du calendrier de conclusion d’un accord. Les experts ont participé à la 7e réunion du Forum de Négociations de Zone de Libre Echange Continentale (ZLEC), où la feuille de route menant à la création de la zone commerciale continentale a été cernée.

« Les participants ont fait des progrès substantiels, acceptant d’adhérer à la date limite de décembre 2017 pour compléter le projet de texte juridique tel que demandé par l’Assemblée des chefs d’Etat et de gouvernement de l’UA », a déclaré l’UA dans un communiqué. Les experts sont parvenus à un accord sur le nom et le contenu du texte juridique qui conduirait à la création de la zone commerciale. L’accord sera dénommé « Accord établissant la zone de libre-échange continentale », a déclaré l’UA.

« La création de la ZLEC est le premier projet phare de l’Agenda 2063 à être achevé dans le cadre de la feuille de route établie par le Plan de mise en œuvre de l’Agenda 2063 de dix ans », a déclaré l’UA. Le Sommet de l’UA de juin 2015 tenu à Johannesburg, en Afrique du Sud, a conduit la deuxième phase des négociations sur la zone de libre-échange pour entamer des négociations sur les investissements, les droits de propriété intellectuelle et la politique de la concurrence après que des accords ont convenu de la création de la zone de libre-échange ».

À une distance de plusieurs milliers de kilomètres à la ronde, tous les voisins de La Réunion sont membres de l’Union africaine. La création de la ZLEC a donc pour conséquence d’ouvrir le marché des plus proches pays de La Réunion à tous les produits fabriqués sur le continent africain. Comme d’autre part l’Union européenne discute d’Accord de partenariat économique avec tous les États d’Afrique regroupés dans différents blocs régionaux, cela veut dire qu’au terme de ces deux cycles parallèles de négociations, la production réunionnaise sera concurrencée à La Réunion par la totalité de ce qui se produit en Afrique. Cette fois, ce ne sont plus seulement les États de notre région qui verront s’ouvrir les portes du marché réunionnais, mais tout ce qui vient d’un continent peuplé de plus de 1,5 milliard d’habitants. Comment le secteur productif réunionnais pourra-t-il résister à une telle concurrence ?

La menace est de transformer irrémédiablement notre île en une machine à transformer des transferts publics en profits privés, car il sera plus intéressant financièrement d’importer plutôt que de produire des richesses sur place.

Devant cette menace, la responsabilité est une alternative. Elle s’appuie en effet sur une collectivité unique dotée de compétences permettant de négocier les accords commerciaux avec les pays voisins. C’est ainsi que La Réunion pourra être défendue.

M.M.