Quand le communisme chinois séduit l’Américain
13 juin, parLe monde a changé
René Payet, journaliste à ’Témoignages’
15 septembre 2011

Samedi 5 et dimanche 6 novembre 1988
Les bidonvilles du centre-ville
Une famille par pièce
Rue Félix Guyon, à Saint-Denis, à quelques dizaines de mètres de la mairie et de la colonne... de la Victoire face au parc super entretenu sur lequel s’ouvre le Crédit Agricole, tient encore debout une vieille case créole. Là-bas, au bout de ce qui devait être, autrefois, une superbe allée fleurie. Quinze familles — Ia plupart d’origine comorienne — dans quinze pièces. Une saleté insupportable. C’est l’envers du décor de notre capitale.
On nous l’a signalé. Nous sommes allés voir. Vous devez le savoir. C’est mercredi. Les enfants sont là, éparpillés dans la cour ; ça grouille de moune. Devant la maison, ils ne peuvent guère s’ébattre. C’est comme un chantier : saignées dans le sol, dépôts de matériaux, ici et là. La mairie a décidé de faire construire 6 cabinets et 6 douches. Cette cour, en effet, est propriété municipale. Il n’y avait jusqu’ici qu’un seul "cabinet" et une seule "douche", de même qu’il n’y a encore qu’un seul robinet dans la cour, à tout soleil et à tout vent.
Une espèce de lavoir en deux parties : une pour laver le linge, l’autre pour la vaisselle. Ceux qui sont à l’étage ont leurs "toilettes", mais les tuyaux descellés laissent échapper un jus qui envahit les chambres du rez-de-chaussée et étalent, dans la cour , des flaques nauséabondes.
Une cour qui, sous les manguiers, a pris l’allure d’une décharge publique.
Quinze familles, dont quelques-unes ont jusqu’à 6 et 7 enfants (âgés de 1 à 17 ans !) dans une seule pièce ! Pas de cuisine. Il faut faire cuire le manger la minm — ou dehors sur un réchaud contre un mur.
La vie en plein air
Ceux qui habitent la longère qui s’étire tout le long du mur de clôture sont encore les moins mal lotis. De chacune des pièces déborde tout un bric-à-brac et même des cuisinières, sous un abri de fortune. Ceux-là vivent en plein air, dans une cour bariolée de guirlandes de linge tendu, à sécher... Quand il pleut, on se demande comment tout ce monde-là arrive à se mettre à l’abri.
"Zenfan lé toultan malad, i rante i sorte lopitaf. Pas étonnant.
C’est plutôt extraordinaire qu’il n’y ait pas davantage de victimes. Les quinze familles - comme dans les autres bidonvilles - ont toutes déposé des demandes de logement à la SIDR depuis 6 à 8 ans. Toujours rien ! "Po voté, nou lé la, i trouv a nou, pou in lozman vi konte pa" — "Dopi 15 an moin lé la Rényon. na 9 an mi domann in lozman".
Est-ce que l’on n’est pas en train, à La Réunion — par une marginalisation calculée — de constituer des ghettos de Comoriens ou de Malgaches et autres démunis ?
Une façon de signifier notre refus de les intégrer... A tous les niveaux de responsabilité, peut-on faire ça ou laisser faire ? Le racisme de la société réunionnaise transpire ou éclate au grand jour dans la politique de l’habitat menée en ville comme à la campagne.
Olivier Thienbo
Le monde a changé
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